LA CIRE


culot de ciergeRécupérés, notamment auprès des églises dans une “économie de bouts de chandelles”, les culots des cierges consumés ont pu constituer la base de la cire utilisée dans bien des ateliers monastiques.
Ces résidus étaient grattés pour en extraire la saleté incrustée, avant d'être rassemblés et fondus ensemble. La cire obtenue était ensuite versée sur de grandes tôles pour la refroidir avant de subir une énième fonte. Jusqu'au XIXe siècle, suivant un long procédé, la cire d’abeille était étendue en lamelles pour être blanchie par le soleil; refondue elle était à nouveau mise au soleil plusieurs jours durant, l'opération se répétant autant qu'il le fallait, toutes les cires ne se prêtant pas au même blanchîment. Cette technique permettait de donner aux visages des personnages une transparence et une carnation naturelles. Cette pratique a été observée principalement pour la Sainte Famille; pour les autres, la cire d'abeilles étant moins travaillée, la transparence et la carnation légèrement rosée laissaient la place à une plus grande opacité et à la teinte originelle de la cire; les recettes constituèrent des secrets d'ateliers réservés aux sœurs qui avaient prononcé leurs vœux définitifs. Aux plus habiles étaient confiés les personnages de la Sainte Famille.
La cire d'abeille était communément utilisée en France; par contre, dans les Colonies, la cire à base de blanc de baleine (ou spermaceti) était prisée pour sa blancheur. Car les expériences tendant à blanchir chimiquement la cire d'abeilles étaient encore bien peu satisfaisantes au début du XIXe siècle.
Il fallut attendre les recherches des savants sur les graisses animales. En 1823, Michel-Eugène Chevreul publiait ses «Recherches chimiques sur les corps gras d’origine animale »


Marie Rmile Chevreul

"On doit tendre avec effort à l'infaillibilité sans y prétendre".
Devise de Mallebranche reprise par Michel-Eugène Chevreul photographié ici par Nadar

 
L'une des conséquences pratiques de sa découverte fut la fabrication des bougies en stéarine enrobée ensuite de paraffine ou de cérésine; elles remplacèrent les chandelles de suif qui fumaient beaucoup et les bougies de cire d'abeilles.                     
Le nouveau composé ne nécessitait pas d'être décoloré par le soleil, comme la cire d'abeilles. Bien au contraire, les moniales durent y adjoindre un pigment pour la couleur (alizarine), un additif pour augmenter l’opacité (oxyde de titane) et un autre pour une meilleure résistance de la cire à la chaleur.


moules

L'étape suivante consistait à verser la cire fondue dans chaque partie du moule. Le démoulage pouvait se faire lorsque la cire avait suffisamment durci. C'est cette étape qui demandait le plus d'habileté, obligeant parfois à réitérer l'opération. Ensuite, les imperfections étaient corrigées avec des ajouts de cire, avant que les parties du corps ne soient soudées ensemble à l’aide de petites gouttes de cire fondue. Aucune colle n’entrait dans la fabrication, tous les ajouts étant faits selon la technique du « goutte à goutte » . La cire était polie avec un tissu de laine avant que ne soient posées les petites dents, et que les yeux ne soient insérés à l'intérieur de la tête et placés dans leurs orbites. En verre soufflé ou moulés, ils étaient insérés à chaud, le refroidissement assurant l’adhésion.

La tête le cou, les épaules et les membres étaient réalisés en cire moulée. Seul le corps de l'Enfant Jésus était entièrement moulé en cire. La qualité dépendait de la création artistique d'origine puisque c'est à partir d'elle que des moules en plâtre étaient exécutés.

Pour rendre la cire moins fragile les têtes ont pu être parfois fabriquées en papier mâché et trempées dans la cire fondue. Cette technique fut adoptée pour le spoupées de cire fabriquées en Allemagne. Cette couche de cire permettait de teinter et d'obtenir un aspect plus réaliste qu'une tête en papier mâché standard. Les fabricants ont expérimenté des couches simples et multiples de cire, bien que l’épaisseur finale ne dépasse normalement pas 3 millimètres. Mais la cire y perdait de sa transparence. C'est pourquoi, dans les monastères fut préférée la confection en cire, en particulier pour la Sainte Famille. Les autres santons en papier mâché recouvert d'une fine couche de plâtre coloré provenaient d'autres ateliers  fabriquant notament les marionettes ; leurs moules étaient repris aux personnages de cire.

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