L'ÉPÎTRE  AUX  HÉBREUX  : ANNOTATIONS
S Chabert d'Hyères
© Copyright 2005


   I -  JEAN  LE  BAPTISTE   

1-1 Dieu ayant parlé dans les prophètes.
L'auteur se servait de la préposition dans et non de par; ce qui est bien noté des commentateurs, par étant une préposition  instrumentale, à la différence de dans. Dieu ne se sert pas des hommes mais leur parle et agit avec eux. Pour Jésus, Jean Baptiste était le  plus grand des prophètes (cf. Lc 7,28) ; son témoignage de vie, jusque dans la mort, fut non moins important que l'enseignement qu'il délivra.

1-2 Au dernier de ces jours :
Comme l'adjectif dernier est au singulier, l'expression n’a pas à être confondue avec celle au pluriel  “dans les derniers des jours” des livres prophétiques (Ez 38,16, Dn 2,28) et des manuscrits de la Mer Morte.
L'auteur se démarquait donc de ses prédécesseurs. Jésus avait parlé d'un jour de lumière comme “son Jour” après avoir dit que la loi et les prophètes avaient prophétisé jusqu'à Jean-Baptiste et que, dès lors, était annoncée la bonne nouvelle de la Royauté de Dieu. Ainsi la venue du Christ dans sa résurrection glorieuse couronnait les jours annoncés par le(s) prophète(s)(cf Lc 16:16 et 17:24).

2-1: Les choses entendues:
L'auteur ne faisait-il pas allusion à la voix céleste entendue au baptême dans le Jourdain et disant: Tu es mon Fils moi aujourd'hui je t'ai engendré ?

Nous laisser aller dans le courant:
Littéralement le verbe signifie couler, s'écouler, glisser le long de. N'y- aurait-il pas une allusion sous-jacente au baptême qui avait eu lieu dans le Jourdain? Ne pas prêter attention à la teneur de l'évènement revenait à  laisser l'essentiel, s'écouler avec les péchés,  dans le courant du fleuve.

2-3 un tel salut ayant pris commencement:
L'expression prendre commencement est obscure; elle est généralement considérée comme une simple locution adverbiale. Cependant au vu du verset 6-1, l'auteur dissociait le commencement du salut, du ministère même du Christ, puisque le baptême proposé par Jean avait constitué le commencement du salut et préparé la venue du Messie. Dans le désert Jean proclamait: "et toute chair verra le salut de Dieu" (Lc 3,6), tandis que la foule, et parmi elle des militaires, lui demandait ce qu'il lui fallait faire pour être sauvée (un refrain qui revient par trois fois en Lc 3 D05). En se préoccupant du salut, Jean avait préparé le peuple à la venue de son Messie.

5-12 le lait; -13 partenaire de lait:
Une telle expression évoque les frères de lait , le lait étant la nourriture liée à la mère; la comparaison entre le lait de la première enfance et la nourriture solide servait d'introduction à la synthèse d'un enseignement initial, nourri par la religion-mère, et que l'auteur invitait à  dépasser. Il convient d'y voir Jean et son rapport à la Torah. Paul s'est servi, à son tour, de l'image du lait en s'adressant aux Corinthiens  divisés entre lui et Apollos, il semblait reconnaître que l'enseignement donné jusque là, parce qu'il avait surtout flatté leurs envies, n'avait pas été un enseignement suffisamment solide (1Co 3:2). Mais, chez lui, le rapport à la religion mère n'était pas en cause.

6-1 sans à nouveau reprendre le fondement.
Sans les développer l'auteur énumérait cependant les points fondamentaux d'un enseignement de base qui correspondait étroitement à celui de Jean au commencement du ministère de Jésus tel qu'il est chez les Synoptiques et en particulier chez Luc au chapitre 3:

Le repentir des oeuvres mortes: "produisez des fruits dignes du repentir" n'avait cessé de dire Jean (Lc 3:8) qui rappelant Isaïe invitait à tracer des sentiers droits notamment en partageant de son nécessaire; c'était préférable à l'offrande sacrificielle d'animaux.

la confiance en Dieu : "Dieu peut, de ces pierres, susciter des enfants à Abraham" (Lc3:8). Telle devait être la foi en la puissance de Dieu capable de convertir les coeurs. 

9-28 :Le Christ ...apparaîtra un seconde fois
Jésus doit-il venir  une nouvelle fois dans le monde?
Le Chrétien attend un second avènement du Christ. Selon quelles prophéties?
Jean, lorsqu'il était en prison  s'interrogeant à ce sujet  fit demander à Jésus: “es-tu le venant ou  autre (allon) attendons-nous?” (Lc 7:19). Jean se demandait si Jésus ne devait pas se manifester d'une manière “autre”. Et, sur la montagne,  Jésus  apparut à sesdisciples avec un visage “autre” (allon), répondant ainsi à la question posée (Lc 9:29).  Celle-ci la lui avait été présentée par deux envoyés, mais  avec une nuance qui révélait leur propre compréhension du sujet: “es-tu celui qui vient ou autre (eteron = un second) attendons-nous?”Lc 7:19D05. Ils avaient répercuté l'attente discernable dans les manuscrits de la Mer Morte d'un messie royal et d' un messie sacerdotal selon deux personnages distincts. Or  ces deux envoyés étaient très probablement les deux qui furent présentés pour remplacer Judas, à savoir Barnabé et Matthias, puisqu'ils correspondaient au critère demandé: “avoir suivi depuis le baptême de Jean”.
L'auteur de l'épître unissant le principe de deux messies au principe d'un avènement de Jésus sous une forme autre, était dans l'attente d'un second avènement du Christ, si bien qu'il passait  la résurrection sous silence, ou presque.



   L' AUTEUR  DE L 'ÉPÎTRE     

2-1:“C'est pourquoi il importe que nous prêtions bien plus d'attention aux choses entendues”,
l'auteur venait de citer le verset du Psaume 110 que Jésus avait repris à son compte en parlant du Messie Davidique (Lc 20:43) et il semblait se ranger parmi ses témoins.  Cependant il ajoutait:
3 Le salut fut confirmé pour nous par les ayants-entendu:
Avait-il été oui ou non parmi les témoins de la première heure? Comment croiser ce verset avec le précédent? Cela posait problème puisque le verset 2-1 fut retiré de quelques manuscrits tardifs (X et XIV s.). On se trouve devant  la subtilité du prologue où Luc parlait d'évènements accomplis “parmi nous", que “nous ont transmis ceux qui ont vu par eux mêmes”. Entendre le témoignage des autres n'empêche pas d'avoir été témoin soi -mêem, mais dans les deux cas, les auteurs ont préféré considérer ces “nous” comme des exhortations de caractère général, où l'auteur s'incluait pour des raisons pédagogiques ou spirituelles, sans avoir été directement concerné.

Cependant, si le rédacteur de l'épître était Barnabé, et s'il fut témoin de l'enseignement donné par Jean dans le Jourdain, il n'en restait pas moins redevable aux Apôtres de lui avoir fait part de leurs premiers moments avec le Christ avant que lui-même ne devienne l'un des (Soixante-douze) disciples après la mort de Jean. De leur bouche il reçut vraisemblablement connaissance de la manifestation glorieuse de Jésus entre Moïse et Elie sur la montagne et de la parole entendue par eux: “Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis ma complaisance, écoutez-le!”. Parole confirmant celle entendue lors du baptême de Jésus.

2-12 Je dirai des hymnes pour toi:
le verbe est assez peu fréquent dans le NT pour être relevé à propos du Lévite qu'était  Barnabé. Au temple, les Lévites assuraient la récitation des psaumes.

4-2b la parole prêchée:
Littéralement, parole de l'écoute, c'est à dire une parole transmise oralement, une parole de la tradition orale.

9 -1-6 La première (alliance) avait un sanctuaire terrestre ... une tente fut installée ... les prêtres entrent
Les premiers versets du chapitre IX décrivent non le temple de Jérusalem mais la tente de la rencontre de l'époque de l' Exode, comme modèle des réalités d'En-Haut; c'est pourquoi les verbes étaient à l'imparfait; mais si l'auteur revenait au présent pour parler au v.6 de l'action accomplie par les prêtres au moment où il écrivait, c'est bien parce que ceux-ci continuaient à offrir des sacrifices dans un temple qui était encore debout;  sinon il aurait utilisé l'imparfait  à leur propos. Il écrivait avant 70.

9-8 tant que la première tente existe:
Le verbe est au présent; la première tente devenue le temple était toujours debout; l'auteur n'avait pas vu sa ruine. Il considérait le temple comme une parabole, jusqu'au temps du “redressement” (diorthôsis 9:10). Thème repris par l'évangéliste Marc qui, sentant venir les évènements, attendait objectivement la destruction du temple pour voir s'en rebâtir un nouveau, non fait de main d'homme (Mc 13,2 D05).

10:33 donnés en spectacle:
Littéralement: théâtralisés. Le terme assez rare est employé de manière générique pour une personne produite en public. Paul à Ephèse dut affonter la foule rassemblée dans le théâtre. Il serait  abusif d'établir un lien direct avec les jeux du cirque auxquels les chrétiens furent soumis sous Néron et Domitien. Après la persécution du temps d'Étienne qui visait les synagogues avec emprisonnement et disparitions à l'insu de l'autorité civile, la persécution d'Agrippa I contre Jacques et Pierre revêtit un caractère public et celle de Claude  contre les Chrétiens de Rome vers 51 s' accompagna, forcément, de la spoliation de leurs biens.

13:7 le résultat de leur comportement:
Les deux termes étaient repris séparément par Paul; ekbasis  en 1Co10:13 comme “voie d'issue” et ailleurs à plusieurs reprises anastrophê avec le sens de “conduite ancienne”. L'expression a été comprise comme marquant la fin de vie des dirigeants de la communauté. Que leur attitude ait été  exemplaire ne signifiait pas pour autant qu'ils aient succombé jusqu'à être enterrés sous la couronne du martyr; or ce verset est invoqué pour dire que l'auteur appartenait à la seconde génération de Chrétiens, les premiers dirigeants étant morts. C'est une interprétation.

 13:21 et 25 : Amen!
Le premier  Amen paraissait terminer la lettre. Un second, qui n'est que dans la moitié des manuscrits , mêem s'il est davantage là où on l'attend,  pourrait avoir été rajouté tardivement. En effet "la grâce avec vous" termine habituellement les lettres de Paul, mais pas le Amen. C'est ce qui a laissé penser qu'il avait été détenteur d'une lettre écrite par un autre et qu'il l'aurait adressée à une communauté en ajoutant sa propre salutation. Peut-être se trouvait-il alors à Corinthe avec Aquila et Prisca venus d'Italie.



   LA PERSONNE DE JÉSUS   

1-2 Il nous a parlé en un fils:
Surprend l'absence de l'article défini devant “fils” comme une réflexion sur la nature et l'intensité de la filiation comme en 5:8 et 7:28: était-elle d'ordre spirituel, adoptive ou bien réelle? À Rapprocher de cette parole de Jésus : Personne ne connaît qui est le Fils sinon le Père, (Lc 10,22).

1-2qu'il a établi héritier de tout:
L'
héritage vient d'une succession à la mort d'un parent. Le français comme le grec donne au terme une acception étroite. Mais l' emploi par la LXX s'est élargi au sens de l'Hébreu Iaresh qui signifie plus généralement entrer en possession (de là hériter d'une succession, avoir en partage). Le choix du terme en He 1,2 et 4 a pu être commandé par la phrase"je te donnerai des nations en héritage, pour jouissance les extrémités de la terre" qui est le verset 8 du Psaume 2 cité explicitement au v. 5.
- Héritier de tout , correspondrait à la parole  de Jésus: Tout me fut remis par le Père (Lc 10:22). Paul  reprit le terme, mais dans sa juste acceptation en parlant des fidèles comme héritiers du Christ, qui  à la différence de Dieu-Père, connut la mort.

1-3 réverbération de sa gloire”:
AP-AUGASMA: éclat lumineux à partir de, d'où réverbération ; c'était une référence au livre de la Sagesse : La sagesse est une effluve de la puissance de Dieu, une pure irradiation de la gloire du Tout-Puissant, nulle souillure ne se glisse en elle, elle est réverbération de la lumière éternelle...et image de sa bonté"Sg 7,25-26.

Le Christ qui s'était montré à trois de ses disciples dans un vêtement d'éclair (Lc 9,29) se disait être cet éclair même lors de son Jour : "Comme l'éclair jaillissant brille d'un bout de l'horizon à l'autre, ainsi le Fils de l'homme dans son Jour. Mais il faut auparavant qu'il souffre beaucoup et soit rejeté de cette génération"(Lc 17,24).

1-3 "empreinte de sa substance" :
XARAKTHR, ce qui est gravé dans, une empreinte; c'était plus fort que l'idée d'image . Ces mots trouvent un écho dans les hymnes liturgiques gardées par Paul : en forme de Dieu...égal à Dieu (Ph 2,6-9); habite corporellement en lui la plénitude de la divinité (Col 2:9). Paul, pour sa part, reprenant la Sagesse, voyait en Jésus l'image de Dieu (2Co4,4)

1-3 à la droite de la majesté:
Un rappel de la parole du Christ devant le sanhédrin:“Vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite de la puissance”.Lc 22,69

1-4 Il a hérité d'un nom :
Celui de Fils. (plutôt qu'une l'identification au Nom YHWH comme en Luc 2:21)
Le thème du nom réapparaît dans l'hymne transmis par Paul dans son épître aux Philippiens: "Il lui a donné le nom au-dessus de tout nom"Ph 2:9, où le nom est celui de "Seigneur Jésus Christ" Ph2:11, qui rejoint la confession de foi apostolique. L' hymne qui est bien dans la mouvance de l'épître aux Hébreux est vraisemblablement du même auteur, soit qu'il manifeste un stade ultérieur de sa pensée, soit - et ce qui est plus probable - qu'il ait été retouché par Paul.

1-5 Je t'ai engendré :
Un anthropomorphisme  qui se trouve en Luc  3,21 selon  D05 et l'Itala; la citation est ici en lien avec la venue au monde du Fils premier né (v6). Un peu plus loin en He 5,5 ce même verbe était, comme dans le Psaume qu'il citait (2,7), pris au sens d'une paternité adoptive et associé à l'onction messianique, royale et sacerdotale. Paul, s'éloignant de ces lectures, y voyait une image de la résurrection du Christ par le Père (cf Ac13,33).

Le verbe (Hebr holid) aurait été lu, avant qu'il ne s'efface, en 1Q28a/2 (?)11:"Procédure pour la [réu]nion des hommes renommés [...]au banquet tenu par la communauté du Yahad quand [Dieu] aura en[gen]dré le Messie" Manifesté a semblé davantage crédible à d'autres.

1-6 Le premier-né :
Luc avait écrit que Marie mit au monde son fils "le premier-né"(Lc 2,7). Le premier-né était une des caractéristiques accompagnant le titre du Messie dit "Fils de Joseph", car le Joseph de la Bible avait été béni par son père comme son taureau "premier-né"(Dt 33:17); premier-né de Rachel et fils préféré de Jacob, il s'imposa finalement à ses frères comme leur aîné. Le Psaume 89 donnait ce rang au Messie Fils de David: J'ai conclu une alliance avec mon élu jurant à David mon serviteur: j'établis ta lignée pour toujours...Lui m'appellera mon père...et moi je l'instituerai premier-né, le très-haut parmi les rois de la terre." Le psalmiste unifiait sous un seul chef le messie fils de David et fils de Joseph. Ce titre est encore sur un fragment des manuscrits de la Mer Morte: "1Ton Nom; tu assignas son héritage afin de pouvoir y établir ton Nom...6 dans la lumière éternelle, et Tu le nommas ton fils premier-[né, Personne ne peut]7l'égaler comme prince et maître de ton monde habité..." 4Q369; 1col 2. Pour le Midrash, Shemoth Rabbah 19.7 le “premier-né” était Jacob-Israël, ou le peuple selon Ex 4:22
L'expression "premier-né de toutes créatures" de l'hymne transmise par Paul(Col 1,13-20) fait référence à ce verset de l'épître aux Hébreux, mais son sens obvie un peu différent devrait être traduit par “prototype”: "Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né (le prototype) de toute créature".
Le premier-né renvoie aussi à une image sous-jacente à  l'épître: la mort des premiers-nés des égyptiens

1-8: Mais quant aux Fils (il dit): “Ton trône, ô Dieu, demeure aux siècles des siècles; c'est un sceptre de droiture que le sceptre de ton règne”.
À travers cette citation l'auteur égalait le Fils au Père, comme Dieu.

1:9 - L'impiété,
Littéralement la “non-loi”, un terme qui se retrouve en Luc dans cette phrase "écartez-vous de moi vous artisans de la non-loi".

1-10  Toi Seigneur tu as fondé la terre:
Citation du Ps 102,26. Qui en était le sujet,  Dieu ou son Messie? Dans la façon d'intégrer la citation au texte, l'identification du sujet n'était pas plus claire qu'au v.7. Le v.10 du chapitre suivant posait clairement comme cause et agent de la Création Dieu lui-même (He 2:10). Par contre ce rôle était reconnu au Christ dans l'hymne gardée par l'épître aux Colossiens "tout a été créé par lui et pour lui"(Col 1,16 ).

1-11 [Terre et cieux] périront, Toi tu subsistes: reflet de la parole de Jésus: "Ciel et terre passeront, mes paroles ne passeront pas" Lc 21,33

1-13: Siège à ma droite: Ps 110 cité par Jésus lui-même , s'adressant aux Sadducéens à propos du titre davidique du Messie (Lc 20,42).

2-6 Qu'est-ce que le fils d'homme?:
Citation du Psaume 8 qui parlait de l'homme en général, de tout humain né d'un autre humain; l'auteur de l'épître, jouant sur les mots, y voyait Jésus sous son titre “le Fils de l' homme”, (Lc 5,24) mais sans ajouter l'article dans la citation.

2:14 Puisque les enfants ont en commun le sang et la chair, lui pareillement a partagé les mêmes conditions, afin par la mort de rendre impuissant celui qui avait la domination de la mort -
Pour avoir besoin de préciser cela, l'auteur ne se figurait pas le Christ comme un simple homme divinisé par Dieu, mais comme issu de Dieu et venant partager la condition humaine avec des frères. Il donnait un sens à l'incarnation: la puissance sur la mort. Qu'il ait pris la condition d'esclave, se faisant semblable aux hommes était une affirmation de l'hymne de Philippiens 2,7.

3-3 celui qui organise:
Le verbe grec (kataskeuazô) concerne la construction intérieure d'une ville d'un édifice etc, son aménagement interne. La maison est à prendre bien sûr au sens de famille. Comme au chapitre premier à propos du créateur le sujet du verbe passe de Jésus à Dieu au v.4, suggérant, mais sans l'énoncer, l'équation entre Jésus et Dieu.

4-1 son repos: Dieu s'était reposé au septième jour, ce que commémorait le repos sabbatique. Le terme est en Lc 16,D05 avec Lazare reposant dans le sein d'Abraham.

7-14 il est manifeste que notre Seigneur a surgi de Juda:
Le Maître de Justice était sensé, lui aussi, relever de la tribu de Juda et ses partisans auraient vu en lui le Messie roi et prêtre devant venir à la fin des temps. Se focalisant sur la tribu, l'auteur de l'épître évitait soigneusement la maison dont le Christ était issu à l'intérieur de la tribu; pour se faire Luc avait choisi l'allusion: Il a fait retentir la corne du Salut dans la maison de David son serviteur. Lc 1:69. Il s'était arrangé de manière à ne pas dire explicitement que Jésus relevait de cette tribu, mais Joseph et que, si Jésus était fils de David, il n'en était pas moins son seigneur.


    LES   ANGES   

1-6 Il dit: Que devant lui se prosternent les anges : se prosterner étant réservé à l'acte d'adoration de Dieu, et de Dieu seul, comme le rappelait Luc (4,8) qui gardait le verbe à ce seul usage, l'auteur de l'épître faisait du Chist l'égal de Dieu. Il se basait des exhortations comme "prosternez-vous devant lui vous toutes les divinités! (Ps 96) ou du Psaume 2 v 12: rois, rendez hommage au Fils; ou encore "Que se prosternent les fils de Dieu devant lui et que les anges de Dieu soient forts pour lui" Dt 32,43 selon le document de Qumrân qui respecte la hiérarchie entre les humains (fils de Dieu) et les Anges. Mais en présentant Dieu intimant directement aux anges l'ordre de se prosterner devant le premier-né, marquait-il assez de déférence envers eux?
Paul s'est servi du verbe se prosterner pour un nouvel arrivant dans l'assemblée qui, surpris par une prophétie, se mettait à adorer Dieu (1Co14,25). Mais on ne voit pas qu'il ait invité à se prosterner devant le Christ.

1:7 - Faisant de ses anges des souffles, (peut se lire également: faisant des vents ses messagers / anges).
Le lecteur ne sait s'il doit considérer comme sujet du verbe Dieu ou bien le Fils. L'adaptation du Psaume 104:4 aux Anges ne jouait pas en leur faveur, les rabaissant à l'état d'instruments entre les mains divines sinon à de simples diacres des hommes (v14). Si par ce mouvement s'inscrivait une hiérarchie de nature entre le Christ et les Anges , d'un autre côté s'inscrivait une dépréciation qui n'est ni chez Luc ni chez Paul ni dans les autres livres du NT; c'est à se demander si l'auteur ne se rattachait pas aux Sadducéens - dont Barnabé pouvait être un tenant en tant que Lévite - qui se tenaient à distance des idées tant esséniennes que pharisiennes sur les anges et les esprits (Ac 23:8).

2-2 une parole dite par des anges : généralement comprise comme la parole donnée à Moïse sur le Sinaï, la Torah.




     III - ÉCONOMIE  DU  SALUT   

1-3 la purification des péchés
Cette expression est en Job 7,21 et dans le Testament de Levi; elle est heureusement peu fréquente car elle est peu adroite; en effet ce ne sont pas les péchés qui sont à purifier mais la personne qui est à purifier de ses péchés (une maladresse qui n'est pas sans rappeler la guérison des maladies). Dans les manuscrits de la Mer Morte le thème de la purification revient souvent “Tu as purifié l'esprit perverti d'une grande faute”(1QH col11,21; également 4Q284,fr3,5, 4Q512 col 7, fr 29-32, 9)

2-2 une juste rétribution salariale :
Traduction littérale de  misthapodosia, un hapax legomenon. L'auteur de l'épître qualifiait de rétribution salariale les châtiments encourus par les Hébreux pour avoir médit de Moïse et d'Aaron; ils s'étaient attiré des fléaux, comme la morsure de serpents (Nb 21). Le châtiment intervient pour réprimer un acte mauvais ou criminel quand il ne vise pas l'expiation d'une faute ou la correction d'une attitude en vue d'une réintégration au sein de la communauté; mais un châtiment n'est pas synonyme de rétribution salariale. Le terme misqapodosia réapparaît en 10:35 et cette fois dans le sens attendu, de récompense. Son emploi ici serait sujet à caution.

2-9 par grâce de Dieu, pour tout un chacun, il a goûté la mort: goûter la mort, une expression employée par les Rabbins à propos de Moïse : face à la terre promise, Dieu l'aurait, par un baiser divin, couché dans la mort; le lieu de sa sépulture ne fut pas connu. Moïse fut le premier avec Elie à fouler  la terre promise de la Résurrection. À leur propos, Jésus avait dit qu'ils ne goûteraient pas la mort avant d'avoir vu la royauté de Dieu manifestée avec puissance; après avoir contemplé son visage devenu autre, ils furent soustraits aux regards en entrant dans la nuée. Elie comme Hénoch évoqué un peu plus loin (He 9,2)  n'aurait pas connu la mort, sinon une mort que lui aurait donné de goûter la main du Ciel.
Face à ces exemples, il est clair que l'expression goûter la mort ne s'adapte pas à la mort ignomigneuse du Christ. Si le Christ, en remettant son esprit entre les mains du Père, s'est laissé emporter par le baiser divin, il convient de dissocier cet évènement précis de la façon dont la mort lui fut infligée par les humains et qui elle reste un meurtre. Le passer  sous silence permettait de mettre cette mort sous le sceau de la grâce divine.

6-4 ayant goûté le don céleste: Le verbe   est pris là encore au sens figuré, mais dans son “juste” sens qui est positif; le don céleste est celui du Saint Esprit. (Ac 2,38; 8,20 etc).
 
2-10 : Il convenait que...à travers ses souffrances:
Ce verset était un rappel de l'engagement pris quatre fois par Jésus (Lc 9:22,44; 17:25; 18:33) puis rappelé trois fois (Lc 24:7,26 et 46) de ne pas se soustraire à ce que les hommes avaient préparé pour lui; et une seule fois, il avait parlé de sa gloire plutôt que de sa résurrection:
“Ne fallait-il pas pour le Christ souffrir et entrer dans sa gloire?” (Lc 24,26 ).
La Bible de Jérusalem donne de ce verset la traduction suivante :
"Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire?"
La souffrance “endurée” serait condition de la gloire.
En fait l'auteur de l'épître aux Hébreux  avait écrit au verset précédent que Jésus avait été couronné de gloire parce qu'il avait souffert la mort. Son entrée en gloire était donc la récompense de son martyr. Mais irait-on dire que la résurrection ait été, elle aussi, une récompense? N'était-elle pas plutôt une restauration rendue nécessaire après la souffrance infligée par les humains? En évitant ici la notion de Résurrection, l'auteur de l'épître aux Hébreux valorisait dans la mort de Jésus l'aspect du martyr, parce que celui-ci aurait été nécessaire.

2-5 : le monde à venir:
Littéralement le monde habité sur le point d'advenir ; la précision “celui dont nous parlons” l'identifiait au monde sauvé par le Christ. De manière plus vague les auteurs du NT parlent de l'ère à venir ou de ce qui vient.

2-8 tu as tout soumis sous ses pieds: Citation du Psaume 8 v.7; que “tout” ait été soumis au Christ revient par trois fois (et 2 fois au v 10) avec une insistance qui va jusqu'à faire dire à l'auteur que Dieu ne lui avait rien laissé d'insoumis. Ce n'était plus de l'homme en général dont il était question, comme dans le Psaume, mais du Christ. Paul en 1Co15,27 en reprenant ce thème , ne prenait pas soin de se justifier en citant le Psaume qui en était le support; il se contentait d'allusions se faisant l'écho de l'épître aux Hébreux.
 
2-14 Le diable qui avait la domination sur la mort:
En arrière fond se détache la tentation présentée depuis le faîte du temple par le diable disant à Jésus “jette-toi en bas” , l'incitant à vaincre la mort par une intervention extérieure. La repoussant, Jésus a offert aux humains de vaincre leur propre mort à travers sa passion et sa résurrection.

2-16: Il aide la semence d'Abraham:
Qui éait concerné par le salut apporté par Jésus? Comme Luc, l'auteur de l'épître aux Hébreux élargissait le champ des fils d'Israël aux fils d'Abraham. À deux reprises, en effet, Jésus avait fait bénéficier du salut deux personnes, en insistant sur leur filiation par rapport à Abraham: une femme courbée dans une synagogue (Lc 13,10) et le collecteur d'impôts, Zachée(Lc 19,9). Dans la descendance d'Abraham se laissaient inclure les Samaritains que Jésus avait mis à l'honneur dans sa prédication et auxquels s'adressèrent les Apôtres après la persécution d'Etienne.
En commentant ce passage dans son épître aux Romains (ch 5 et 6), Paul étendait le salut aux fils d'Adam, c'est à-dire à tous les humains sans exclusion. De toute évidence, son épître était beaucoup plus tardive que celle aux Hébreux rédigée avant que la prédication apostolique ne gagne les Païens.

2-17 il devait être semblable en tout à ses frères en vue d'“ilaskomai” les fautes:
Le verbe ilaskomai signifie: apaiser la colère, se rendre favorable par des sacrifices; dans la LXX il recouvre l' hébreu Kipour, qu'il convient de traduire par couvrir la faute, pardonner comme dans le Psaume 64(65):4, où Dieu est celui qui couvre les fautes, qui les pardonne quand ce sont des fautes involontaires. Pourtant le verset qui fait suite impose un autre sens:

2-18 ayant souffert pour avoir été mis à l'épreuve il peut venir en aide aux éprouvés:
Jésus ne venait pas pour pardonner mais il venait souffrir pour expier. Cette phrase impose de donner à ilaskomai le sens du verbe ekthuô : expier une faute par un châtiment ; apaiser la colère encourue; détourner par un sacrifice l'effet d'un prodige; exercer une vengeance.
Exemples dans le Latin correspondant, plus fréquent- expiatus dolor: douleur vengée. - expiatae victoriis clades : défaites vengées par des victoires. - alicujus supplicio religionem expiare : punir le sacrilège de qqn. La faute d'Hélène ne pouvait être expiée que par le sacrifice d'Hyphigénie (Galius Junius Hyginus, la guerre de Troie). "tes crimes, les dieux immortels les ont expiés dans nos soldats" Cicéron (Orationes 45, Pis 85).
La pensée de l'auteur était plus proche du verbe ekthuô et de son corrélat latin; mais comme il n'était pas dans la LXX, à laquelle sans cesse il se référait,  il a eu recours à ilaskomai. Mais se rendait-il compte qu'en se conformant à ce vocabulaire, il conférait au verbe ilaskomai un sens qui n'était pas le sien?

Cet emploi eut des répercussions sur la manière de traduire la Bible et de comprendre le rituel du temple.

- en ce qu'il a souffert: verbe PASXW.

Les dieux immortels des païens étaient sensés ne pas éprouver les sentiments ni les souffrances des humains; c'est pourquoi Barnabé, et Paul avec lui, conjurant les gens de Lystres de ne pas leur offrir un sacrifice s'écriaient :"hommes qu'allez-vous faire? Nous aussi, nous sommes des hommes de même pathos que vous, vous apportant la bonne nouvelle de Dieu, de sorte que loin de ces vanités vous vous tourniez vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui est en eux. (Ac 14:14-15).
Par sa souffrance Le Christ rendait compte de sa nature humaine.

4-3 s'ils entreront dans mon repos! tournure sémitique généralement rendue par une négation: ils n'entreront pas dans mon repos! formulation similaire en Mc8: 12; LXX, Gen. xiv. 23; Deut. 1. 35; 1 Rois 1 :51; 2. 8.

 5:7 des prières et des supplications:
Le deuxième terme se trouve deux fois dans la LXX pour des supplications hypocrites présentées par l'adversaire (IKETHRIA Job 40:27; 2M 9:18) ; il correspondait à un rite grec où un suppliant parce qu'il était en danger de mort, portait un rameau d'olivier permettant de l'identifier comme tel. Pour un Hébreu ce rite était profane, païen. L'auteur de l'épître pour avoir cotôyé ce genre de coutumes et les intégrer à son discours, était vraisemblablement de la Diaspora. Il prenait la prière de Jésus pour un cri et sa sueur de sang pour des larmes. Son combat intérieur devenait la supplication de celui qui craignait de mourir. Cette interprétation  eut des répercussions sur l'évangéliste Marc qui reprit en la  "retournant" la prière de Jésus synthétisée par Luc . Son combat n'était pas la peur de sa mort, mais l'infinie sensibilité aux répercussions sur le Père de ce qu'il allait vivre.

6-6 ceux qui sont retombés: De qui parlait l'auteur? de cas précis, connus de lui? En les comparant ensuite à la terre qui produit ronces et épines, il reprenait la parabole du semeur à travers laquelle Jésus mettait en garde ceux qui avaient suivi (dont Judas) de se voir ôter par le diable la parole semée en eux (Lc 8:12 D05).
 
6:18-19 l'ancre de l'espérance... qui pénètre à l'intérieur [au delà] du voile: Deux images se superposent: avec l'ancre surgit celle de la voile du navire (katapetasma étant un voile tendu d'en haut); sinon le voile du temple (terme adopté par la LXX) se fendant par le milieu, signe de la mort du Christ (Lc 23:45). Déchirement et révélation.

9-7 les inadvertances du peuple:
Agnoêma, litt. sans connaissance soit les fautes commises involontairement, par ignorance des prescriptions. Les péchés dont le fidèle trouvait réparation par un sacrifice étaient les fautes involontaires ; les principes de base étaient les suivants:

- Jamais un sacrifice n'était offert au temple pour une faute commise volontairement ou avec préméditation.
- Le sacrifice n'avait pas pour objet de se concilier la divinité ni d'apaiser son courroux, ni -  à la différence des cultes païens - de lire des présages à travers la vivisection. Son but était de permettre aux Israélites de se rapprocher de Dieu et de reprendre leur place dans l'assemblée. Il y avait les sacrifices d'offrande comme la ôla (holocauste) quand une faute avait été commise en pensée ou quand une mitsva avait été oubliée. La ôla-tamid ou tamid, offrande perpétuelle deux fois par jour. Les sacrifices d'amendement d'une faute involontaire (kipourim) , les sacrifices  de culpabilité ou acham (Lev 5,1-5), les sacrifices de gratitude (chalem au singulier, chélamim au pluriel) , les offrandes de voeux (Nb 6:17-20), les dons de consécration de quelque chose.
- Les fautes graves étaient punies de peines prévues par la Torah (comme la peine du Karet, ou retranchement de la communauté et la peine de mort) quand elles n'étaient pas traitées au civil.


9-12 par son propre sang... obtenant un rachat pour l'éternité
9-15 la mort étant survenue en rançon des transgressions de la première alliance:
Lutrôsis, le rachat, apolutrôsis, une délivrance obtenue contre rançon. Ce dernier terme est en Luc lorsque  Jésus invitait à gagner sa vie dans l'endurance; grâce à cela le fidèle connaîtrait la   délivrance (Lc 21,19 et 28). De là, l'idée de rachat ou  d'économie du salut.
Les transgressions (parabasis): le terme désignait en He2,2 la révolte des Hébreux contre Moïse et Aaron , ce qui leur valut un châtiment; faute volontaire elle ne pouvait être absoute par les sacrifices.

9-13 si le sang des boucs... sanctifie en vue de la pureté de la chair:
Les sacrifices étaient offerts pour réparer les impuretés contractées notamment par la proximité d'un mort ou les écoulements sexuels. Les sacrifices offerts étaient efficaces pour ces fautes qui étaient involontaires; c'est ce que l'auteur de l'épître qualifiait d'oeuvres mortes (v14).

9:20 Voici le sang de l'Alliance que Dieu a ordonnée pour vous.
Ces paroles de Moïse citées dans l'épître sont en Marc lors de la bénédiction de la coupe eucharistique. 

9:23 les réalités célestes, [doivent l'être] par de meilleurs sacrifices que ceux-là.
Le verbe est sous entendu ; c'est celui de la phrase précédente, être purifié, puisque cette phrase-ci lui est comparée. Les réalités célestes devaient-elles être purifiées et de quoi? 

9-24 Le Christ n'es pas entré dans un sanctuaire fait par la main copie du Véritable: Selon les documents de la Mer Morte, le Temple de Jérusalem n' était qu'une image du Temple céleste constitué d'êtres divins dont certains dès ici bas avaient goûté la splendeur (Chants des Sabbats);
En annonçant un temple construit sans les mains, l'évangéliste Marc pouvait s'être référé à l'épître ((Mc13,2D05).

9-26 il a été manifesté pour la mise à l'écart du péché par son propre sacrifice
Athetêsis, est un terme rare, littéralement “sans situation”; dans la LXX le terme décrit la situation extrême de personnes maltraitées, niées en tant que personnes. En subissant la haine et le mépris des humains, le Christ a en quelque sorte enseveli, anéanti leurs fautes. Paul en 2Co5:14-21 développant cette thématique de l'épître  dira que Dieu n'a pas compté leurs fautes aux hommes mais, de celui qui n'avait pas connu le péché, il l'a fait péché pour nous.Comme au v 10:12 l'auteur voyait dans le sacrifice du Christ une offrande. Le terme était en rapport avec la liturgie du temple et les sacrifices d'animaux qui y étaient offerts. Mais jusqu'où se justifie l'emploi du terme “sacrifice”pour parler de Jésus? - Le sacrifice, korban en hébreu, avait pour fonction de rapprocher de Dieu, non d'expier.
- Il était offert au Temple pour les fautes involontaires; or selon He 9,15 et 10,12 les fautes dont le Christ rachetait étaient celles de la conscience, les transgressions volontaires  et le non respect de la Loi; tout cela  les sacrifices d'animaux ne le réparaient pas.
Aussi la comparaison proposée entre la Passion et les sacrifices offerts au Temple est  contradictoire. Paul a repris le terme sacrifice plusieurs fois d'un point de vue littéraire à propos du Christ et dans un sens déjà plus dégagé de la liturgie ou davantage “spiritualisé”; en Eph 5,2 par le vocabulaire employé : Il s'est livré lui-même  pour nous en offrande et sacrifice à Dieu en parfum d'agréable odeur il comparait la mort de Jésus à l'holocauste du bélier offert pour la consécration du grand-prêtre (Ex 29,18).  En 1 Co5,7: “Le Christ notre Pâque à été sacrifié”  il créait l'équivalence avec l'agneau pascal qui marquait la délivrance d'Israël de la main des Egyptiens rejoignant, sur ce thème de la délivrance, les paroles de la Cène gardées par Luc (Lc 22,15-19); cependant dans un cas comme dans l'autre les allusions bibliques étaient secondaires par rapport à l'image spirituelle aux contours flous que percevaient les lecteurs de Paul. Les emplois en Rm 12:1 et Th 2,17, montrent que Paul donnait au terme sacrifice un sens avant tout spirituel, dégagé des sacrifices d'animaux d'autant qu'il valorisait le “sacrifice vivant”. Quoiqu'il en soit, selon les évangélistes, Jésus n'avait pas employé le mot sacrifice pour parler de lui. C'est la réflexion faite a-posteriori sur sa mort qui y a eu recours.

10:3 Mais, à travers eux c'est un rappel des fautes chaque année:
L'auteur semblait penser au sacrifice de Kipour offert une fois par an, pour la remise des fautes. C'est alors qu'un bouc émissaire était chargé des péchés du peuple et envoyé au désert au démon Azazel.

10:4.Il est impossible en effet que le sang de taureaux et de boucs enlève les fautes:
L'auteur qualifait les sacrifices d'oeuvres mortes, portant un jugement de valeur plus définitif qu'aucun prophète avant lui. Il semblait suivre un procédé littéraire : pour mettre en valeur le Christ, il rabaissait les réalités liturgiques, comme il l'avait fait  pour les anges, le ministère de Moïse, le sacerdoce lévitique, et à présent les sacrifices eux-mêmes. Le Christ en sortait-il grandi?

10:5 Sacrifice et offrande, tu n'as pas voulu:
Ce verset du psaume est repris deux autres fois par l'auteur aux versets 8 et 10 sans que cela l'ait retenu d'appliquer deux fois le terme sacrifice à la mort du Christ.

10:9 Voici, je viens faire ta volonté
. Cette répétition du v7 mettait en évidence l'intention du Christ, en contraste avec les oblations et les sacrifices dont Dieu n'avait pas voulu.

10:10  Dans cette volonté, nous sommes sanctifiés à travers l'offrande du corps de Jésus Christ, d'un seul coup.
L'offrande du corps est peut-être une allusion à l'action de grâce eucharistique. La sanctification était donnée  par l'offrande du corps , et parce que cette offrande était voulue. Il faut souligner cependant que dans les annonces de sa Passion, les verbes employés par Jésus étaient au passif, indiquant une action subie donc non intentionnelle. Seul celui de sa résurrection à l'actif chez Marc et chez Luc (D05), manifestait une intention personnelle.

12:2 au mépris de la honte:

L'expression au mépris de la honte décrivait-elle avec justesse l'épreuve que le Christ avait annoncé devoir subir? La honte était  la souffrance morale subie par le crucifié qui avait traversé sa Passion sans se laisser dégrader moralement ou spirituellement. Ne se laissant pas atteindre par les crachats et les railleries, il avait dit aux femmes de Jérusalem de ne pas pleurer sur lui; mais s'il n'avait pas adopté l'attitude de vengeance que ses accusateurs avaient à son égard,  cela ne signifiait pas qu'elle ne l'avait pas fait intimement souffrir. 

12:4 mon fils ne méprise pas la correction du Seigneur:
Paideia, la correction donnée par Dieu à tout fils aimé. L'auteur s'inspirait des Prophètes tout en adaptant son vocabulaire et ses principes au monde dans lequel il vivait. Le thème sera repris par Paul presque subrepticement (1Co11:32). Mérite, correction, martyr, sont les fondements d'une spiritualité forgée dans un contexte de persécutions.

12-8 partenaires de la correction:
Ce sont à la fois ceux qui endossent la correction mais également ceux qui en déterminent les conditions; metocoi apparaît pour la cinquième fois (cf He 1:9; 3:1,14; 6:4). La participation à une même vocation céleste, implique  la participation  à la correction préalable.

13:10 Nous avons un autel duquel n'ont pas le droit de manger ceux qui servent dans la tente.
Le verset opposerait, de manière un peu obscure, les prêtres de l'ancienne alliance aux fidèles de la nouvelle alliance et à leur autel; si les prêtres qui s'étaient joints à la communauté étaient  empêchés par les autorités de continuer à officier au temple, de même la communauté n'entendait pas que se joigne à elle des prêtres officiant encore. Le thème de la participation à l'autel et aux aliments qui en provenaient fut repris par Paul (1Co9:13) et développé pour mettre en garde les Corinthiens de ne pas s'associer aux repas où étaient consomées les viandes offertes aux idoles  (1Co10:18) et la séparation esquissée dans l'épître aux Hébreux entre Israël et les Chrétiens était reportée sur la séparation des Chrétiens d'avec les Païens.

13:12 hors de la porte
Jésus aurait été crucifié en dehors de l'enceinte de la ville, ce que Jean semblait confirmer en disant qu'il sortit avec sa croix (Jn 19,17).  Cette image d'exclusion était offerte à un auditoire comportant vraisemblablement des prêtres qui se trouvant dans l'impossibilité d'officier au temple vivaient l' exclusion. Regarder celle de Jésus, comparé aux sacrifices, était susceptible de les aider à supporter la situation. Ce verset pourrait être à l'origine de la relecture du verset obscur de Lc 13:33.

13:20 Que le Dieu de paix, qui a fait remonter d'entre les morts le grand pasteur des brebis:
Phrase inspirée d'Isaïe 63:11 sur Moïse, pasteur des brebis que Dieu avait sauvé des eaux. Phrase également inspirée de l'affirmation de Pierre selon qui Dieu avait ressuscité Jésus le délivrant des ténèbres de la mort; l'action  du Christ lui-même dans sa propre résurrection n'était pas effleurée. L'auteur semblait envisager plutôt une montée spirituelle  qu' une résurrection entraînant le corps, comme le laissait entendre la finale brève de l'évangile de Marc.
Grand-Prêtre

2-10 Qu'il consacrât 
C'était le verbe de la consécration sacerdotale utilisé par Jésus à propos de lui-même.

5-9 s'étant consacré:
TELEIOW, être rempli verbe de la consécration sacerdotale du grand-prêtre qui pendant sept jours de suite s'avançait les mains pleines jusqu'à l'autel. Luc a eu recours à ce verbe quand Jésus disait qu' il serait consacré le troisième jour (Lc 13,32)
2-11 Il ne rougit pas de les appeler frères:
Il n'y a pas d'exact support à cette affirmation dans les évangiles, sinon qu'en leur apprenant à prier, Jésus invitait ses disciples à s'adresser au Père.

2-17: afin de devenir... grand-prêtre:
Les fondements de la réflexion sur le Christ grand-prêtre seraient à rechercher dans les manuscrits de la mer morte et le rôle sacerdotal qui y est dévolu au Messie.
Sinon, à la mort du grand-prêtre était amnistié le meurtrier involontaire qui s'était réfugié dans une ville prévue à cet effet (Nb 35,22-25) et qu'un sacrifice ne suffisait pas à pardonner. C'était là un dérivé de l'amnistie qui accompagne habituellement la prise de fonction d'un nouveau souverain. À l'inverse, à la mort du Grand-prêtre, comme pour celle d'un juste, se manifestait la bonté de Dieu. Bien que marginale, cette fonction de rachat dévolue au grand-prêtre à sa mort, a pu servir de toile de fond à l'auteur de l'épître.
Sinon la consécration avait un rôle de réparation pour la mort des premiers-nés des Égyptiens.
Sinon Luc seul a vu en Jésus un grand-prêtre saint, qui, se séparant de ses disciples au soir de sa Résurrection, élevait les bras pour les bénir dans un acte sacerdotal (Lc 24:50). Au moment de sa mort, les bras en croix, il avait promis le paradis pour le jour même au larron qui mourait à ses côtés. Ce larron n'était pas un meurtrier involontaire puisqu'il admettait avoir mérité son châtiment.

3-1 frères saints, partenaires d'une vocation céleste:
L'adjectif saint a suggéré que l'auteur s'adressait à des tenants de la classe sacerdotale; le terme est fréquent dans les textes de la Mer Morte désignant soit les prêtres soit les membres de l'assemblée: "Col 3, 22Paroles des bénédictions de l'Inst[ructeur , pour bénir] les Fils de Sadoq, les prêtres élus par Dieu pour garder son alliance à [jamais]...25 Que le Seigneur vous bénisse de sa [sain]te [demeure], qu'il vous place comblés d'honneur au milieu des 26 Saints; [qu'il re]nouvelle pour vous l'alliance [éternelle] du sacerdoce...Col422 Il vous a élus 23 et pour vous placer à la tête des Saints et par vous bé[nir] par votre main les hommes du conseil de Dieu...Puisse-t'il vous établir comme saints parmi son peuple."1Q28b/1QSb
À moins qu'il ne faille y lire une allusion à la vocation de Pierre qui, en répondant à l'appel du Christ, entraîna avec lui son frère André ainsi que les deux frères Jacques et Jean ses partenaires, un terme qui se retrouve seulement lors de la pêche miraculeuse (Lc 5,7) puis un peu plus loin dans l'épître au verset 14: nous sommes devenus partenaires du Christ.
 
7:2 D'abord [Melki-Tsédek] se traduit « Roi de justice » ensuite il est aussi roi de Salem:
Melki-Tsédek n'est pas d'abord un nom mais un titre, roi de justice; on voyait dans le personnage venu à la rencontre d'Abraham un substitut divin; il était difficile d'expliquer qu'Abraham ait pu donner la dîme de tout à un prêtre voué à un culte étranger(Gn14). Dieu seul est juste, il est roi. Melki-Tsédek devenait un des titres de Dieu "Le Seigneur en a fait le serment et il n'en reviendra pas: Tu es prêtre à jamais selon le rang du Roi de Justice" Psaume 110:4 ; c'est bien ce qui semble ressortir du document de Qumran 11Q13 où il y a identification du Roi de Justice à YHWH ou bien à El. Sa dignité  "Roi de Salem"  ne venait qu' "ensuite"; à la première lecture en fut substituée une seconde  qui voyait en Melki-Tsédek un personnage céleste exerçant le sacerdoce dans un temple céleste (cf 4Q401) jusqu'à devenir une figure messianique qui , à l'égal de l'archange Michel, engageait le combat contre les forces obscures (Sukka 52). S'appuyant sur la tradition véhiculée par les manuscrits de la Mer Morte, l'auteur de l'épître établissait un parallèle avec le Christ.
 
7:3 Sans père sans mère sans généalogie:
Pour dire cela l'auteur de l'épître devait se référer à une tradition apocryphe. Que Génèse ne dise rien de ses origines ni de sa parenté, n'impliquait en rien que Melchisédek ait été un "extra-terrestre". Les manuscrits de la Mer Morte en faisaient un prêtre divinisé. Hénoch II, qui citait les Odes de Salomon (fin Ier siècle), comporte dans sa version slavone une légende de la naissance miraculeuse de Melchisédek. Celle-ci est bien postérieure à l'épître aux Hébreux. Elle lui doit comme aux récits Lucaniens de l'Annonciation et de la mort d'Ananie et de Saphir (et non pas l'inverse!).
 
7-8 mais là, il y a le témoignage qu'il vit:
L'auteur continuait d'opposer aux autres prêtres du temple, Melki-Tsédek auquel il concédait une origine surnaturelle; il était vivant, à la différence des simples mortels, et certains en auraient  témoigné. C'est avec le support des traditions transmises dans les manuscrits de la Mer Morte qu' était ébauchée l'idée du sacerdoce céleste du Christ. Ce Melki-Tsédek était soit un être surnaturel, soit un humain divinisé. Tout en ayant connaissance de ces traditions, l'auteur de l'épître s'en servait tout en s'en distançant.
Jean Baptiste relevait par son père de la classe d'Abia, huitième classe sacerdotale, et de la branche d'Aaron par sa mère. Il n'exerçait pas le sacerdoce au temple, comme l'avait fait son père. Peut-être l'institution du grand-prêtre Hanne par les Romains en avait-elle été la cause. À sa suite son disciple Barnabé, lévite lui-même, avait pris ses distances par rapport au culte de Jérusalem.

7-9 même Lévi qui perçoit les dîmes :
Le raisonnement de l'auteur ne se comprendrait guère sans un rapprochement avec
Le Testament de Lévi qui faisait de ce fils de Jacob le premier-prêtre, avant même Aaron.
 
7-11 qu'un autre prêtre se lève selon le rang de Melki-Tsédek ; 7-15 qu'un autre prêtre se lève à la ressemblance de Melki-Tsédek.

Se lève: le verbe de la résurrection, à l'infinitif de la voix moyenne; quel sens l'auteur donnait-il à ce verbe? Dans les manuscrits de la mer Morte, Melki-Tsédek est une figure semi-divine. Si Melki-Tsédek lui-même s'était levé cela voulait peut-être dire qu'il avait été ressuscité et divinisé après sa mort? Au v.16 la vie indestructible du Christ servait d'argument pour distancer le sacerdoce du Christ du sacerdoce Lévitique. La résurrection instituait Jésus grand-prêtre dans le monde céleste où Melki-Tsédek était prêtre.

7-20 ceux-là sont devenus prêtres sans serment:
Parlant du sacerdoce lévitique, l'auteur n'ignorait pourtant pas le serment de Dieu en faveur du prêtre Pinhas et de sa descendance :
«Le Seigneur parla à Moïse et dit: “Pinhas, fils d'Éléazar, fils d'Aaron, le prêtre, a détourné mon courroux des Israélites, parce qu'il a été, parmi eux, possédé de la même jalousie que moi; c'est pourquoi je n'ai pas, dans ma jalousie, achevé les Israélites. 12C'est pourquoi je dis : Je lui accorde mon alliance de paix. 13 Il y aura pour lui et pour sa descendance après lui une alliance, qui lui assurera le sacerdoce à perpétuité. »Nb 25:10-13. Or ce serment était dans la Torah que l'auteur disqualifiait, la considérant comme déficiente et  inutile (He 7:18) , lui opposant le serment fait dans le Psaume et qu'il référait à Jésus.

8:8 J'accomplirai sur:
C'est là le seul changement apporté à la prophétie de Jérémie par l'auteur de l'épître; il n'a pas d' antécédent dans l'un ou l'autre des manuscrits de la LXX qui parlent de conclure et non d'accomplir. L'auteur voulait apparemment donner plus de force à la prophétie, un caractère plus définitif. La prophétie de Jérémie ne parlait pas d'une nouvelle alliance mais d'un renouvellement de celle déjà conclue. Tel est le sens du terme hébraïque. Même le mouvement rattaché à Qumran se situait en continuité avec cette alliance initiale et non en rupture:
«20de l'Instructeur pour bénir le chef de la nation qui[...] 21 Et il renouvellera pour lui l'Alliance de l'[Ass]ociation pour établir le royaume de son peuple à jam[ais, 23 et établisse son alliance de sainteté contre l'ennemi de ceux qui [l]e recherchent»1QSb/1Q28b col4.

8:13En disant nouvelle il fait vieillir la première. Or, ce qui devient ancien et vétuste est proche de la disparition:
L'auteur prêchait  la disparition de la Loi et de l'Alliance Sinaïtique qu'il estimait obsolètes.
Paul ne prêchait pas tout à fait de la même manière: “Si quelqu'un est en Christ il est une nouvelle créature; le monde ancien est passé, une réalité nouvelle est là”. Il se situait par-delà la Loi qu'il n'invalidait pas pour autant. Considérant la Loi derrière lui, il écrivait  à une époque plus tardive que l'auteur de l'épître aux Hébreux.
 


Conclusion:

L'auteur écrivait alors que des sacrifices étaient encore offerts au temple de Jérusalem. Plus sensibilisé à la liturgie du temple et au sacerdoce qu' aucun autre auteur du Nouveau-Testament, il avait du connaître Jean Baptiste - qui était de classe sacerdotale - puisqu'il donnait un écho à son enseignement; il s'en distançait néanmoins car il représentait à ses yeux l'alliance conclue avec Moïse.  Afin de transcender la première Alliance, il avait choisi de rattacher le sacerdoce du Christ à celui de Melki-Tsédek manifestant ainsi sa familiarité avec la spiritualité de Qumrân, tremplin grâce auquel il fut en mesure d' accueillir en Jésus le Fils du Père; à ses yeux Jésus n'était pas simplement un homme divinisé par Dieu: il s'originait en Dieu. 
Il avait une  approche littéraire des Psaumes et du prophète Jérémie dans la traduction grecque de la LXX. Les anthropomorphismes  tels engendrer, premier-né, réverbération, prennent un relief particulier dans un parallèle avec l'évangile de Luc; sans ce fondement substantiel, l'épître serait simple éloge intellectuel. 

Luther pensait discerner en lui Apollos qui était réputé pour son éloquence. C'était un Grec venu d'Alexandrie  où il  avait été initié au baptême de Jean. Mais n'étant ni lévite ni prêtre on ne voit pas pourquoi il aurait réinterprété, à travers un prisme  sacerdotal, la pensée Paulinienne qui lui fut enseignée par Aquilas et Priscilla,  pour la resservir à des Grecs qui ignoraient tout de la liturgie du temple. L'épître fut gardée et divulguée par Paul, ce que pensaient certains auteurs de l'Antiquité, et Tertullien la donnait à Barnabé,  seul personnage du Nouveau Testament dont le nom ait été associé à la classe Lévitique.  Paul avait été son disciple jusqu'à la rencontre du Proconsul de Chypre, Sergius Paulus qui lui donna son nom. Rendre l'épître à Barnabé ne rencontre pas d'argument contraire sinon  la difficulté de revenir sur un réflexe acquis depuis deux millénaires et d' admettre que Paul était son tributaire.
Avec cette épître Barnabé  bâtissait la première réflexion chrétienne sur le salut apporté par le Christ. Mais l'accumulation d'emplois sujets à litige, tels  juste rétribution,  supplication, goûter la mort, expier, purification des fautes, mépris de la honte, sacrifice, fragilise la théologie de l'épître. Ces expressions  ne répondent pas à l'usage attendu en grec quand elles n'entrent pas en contradiction avec celui des textes bibliques.  
Le but n'étant pas d'expier mais de rapprocher de Dieu. jamais les sacrifices n' étaient offerts au temple pour des fautes volontaires, mais des fautes involontaires. Aussi la comparaison de la Passion avec les sacrifices a instauré une certaine confusion et amené l'auteur à laisser dans le silence le caractère ignominieux de la croix et les responsabilités engagées.

Il était attendu du Messie qu'il vienne parfaire le sacerdoce Lévitique et c'est bien dans cette  lignée que Jésus bénissait ses disciples avant de se séparer d'eux (Lc 24:50). Or le procédé littéraire de la comparaison auquel eut recours Barnabé entraînait la dépréciation des anges, du sacerdoce Lévitique et de  la première Alliance.
La nouvelle alliance prophétisée par Jérémie ne se posait pas en rupture avec l'ancienne: elle en était le renouvellement et avait pour fondement, elle aussi,  la Torah. Barnabé en infléchit le sens  pour prêcher une alliance en rupture avec la précédente. 
Paul qui s'est largement inspiré de la réflexion engagée dans l'épître s'est efforcé de la détacher du sacerdoce et de la liturgie du temple qui n'avaient pas d'impact en diaspora; tout en employant le même vocabulaire, il formait de nouvelles images, plus spirituelles ou plus abstraites quand il n'avait pas  recours à l'allégorie. Admettre l'antériorité de l'épître sur ses lettres ne saurait se faire sans un bouleversement des réflexes acquis.


S Chabert d'Hyères
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