Sur la montagne, Abraham s'apprêtait à sacrifier son fils Isaac à celui qu'il appelait ELOHIM. Or celui qui arrêta son geste n'était pas ELOHIM mais : LE SEIGNEUR (YHWH).
Il semblerait que pour le rédacteur qui consignait par écrit ce récit issu d'une tradition très ancienne, celui qui demandait à Abraham l'immolation de son fils et celui qui intervenait pour l'en détourner ne cosntituaient pas une même entité. C'est du moins ce que ces pages tendent à montrer.
I  Le Nom divn dans la Torah
A - Elohim et YHWH
B - Un cas d'espèce ou l'introduction du serpent en Gn3:1-5
C - HA - ELOHIM
D - Ha-Elohim et Elohim: une même identité?

II - La ligature d'Isaac
1 - Ha Elohim
II - Elohim
III- YHWH
Craindre, voir, instruire
Le Bélier
La paternité d'Abraham

I - LE NOM DIVIN DANS LA TORAH

 

A - Elohim  et  YHWH

Elohim (en grec Theos , Dieu) entretient un rapport avec la divinité telle qu'elle est révérée dans les nations; Elohim c'est le Créateur de l'univers. El était vénéré à Ougarit comme le père des dieux.

YHWH (en grec kurios, rendu en français par l'Éternel ou Le Seigneur), est le Nom saint du Dieu d'Israël; Le Nom, ineffable, ne se prononce pas. Son invocation par le grand-prêtre au Yom Kippour était vécu comme une manifestation de la Présence Divine dans le Temple.

Ces deux dénominations Elohim et YHWH furent employées dans les écrits de la Torah de différentes manières:

- Les livres de Genèse et Exode forment un premier groupe où parce que le nom Elohim est fréquent, se décèle une tendance "universaliste". Et c'est au sein de ce monde, que la Personne même deDieu,YHWH, s'est révélée à la descendance d'Abraham.

- Un second groupe, avec les livres du Lévitique et des Nombres, réserve l'acte d'adoration à YHWH seul;le nom Elohim est absent de ces livres. L'accent est mis sur la pratique des commandements pour la constitution d'Israël en tant que peuple.

- Enfin, le Livre du Deutéronome a comme unifié ces deux tendances en rassemblant les deux dénominations divines en une seule: YHWH-Elohenou, Le Seigneur notre Dieu.

La question est de savoir à partir de quand YHWH a été invoqué par les Israélites. A plusieurs reprises dans la Genèse, la présence de YHWH à côté d'Elohim apparaît comme une insertion qui n'appartenait pas au récit primitif. Il semble en tous cas que les deux dénominations n'étaient pas considérées comme équivalentes; ainsi en témoignerait le récit du Paradis :

 

B - Un "cas d'espèce"
ou l'introduction du serpent en Génèse 3:1-5


Avec l'apparition du serpent, était introduite une différence de nature spirituelle dans les dénominations du divin :Elohim régit tout le chapitre premier sur la Création et YHWH -Elohim le chapitre deux; tout à coup au début du chapitre trois, et pour un court instant seulement le narrateur revient à Elohim seul, dans le dialogue entre le serpent et la femme. S'adressant à la femme, le serpent lui présentait Dieu comme un tyran interdisant de manger de tout arbre du jardin où il avait placé les humains.


"
Elohim a dit: vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin"

Une phrase sourde, chargée d' ambiguïté. 

Dans le phrasé du serpent était placé le nom Elohim, alors qu'au chapitre deux c'était YHWH -Elohim qui avait invité l'humain à manger du fruit des arbres; il lui avait proposé de manger pour manger de tout arbre du jardin, en le faisant avec désir (Gn2,16). 

Au mensonge du serpent, la femme rétorquait tout en laissant la suspicion s'infiltrer en elle:
"Des fruits des arbres du jardin, nous pouvons manger, quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Elohim a dit, vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez point."

La femme en se référant à Elohim seul avait renforcé le commandement en l'étendant à l'interdit de toucher ou de blesser le fruit. Suite à cette répartie, le serpent poursuivait en présentant Elohim comme jaloux de ses prérogatives divines . On sait la suite...

Ce qui intéresse notre propos, c'est de voir que le rédacteur n'avait apparemment pas voulu inscrire YHWH dans des versets empreints de doute et de suspicion. Il se serait reporté sur une dénomination moins sensible, Elohim, préférant ne pas associer le Nom à des paroles chargées de perfidie.  
Ainsi, il n'avait pas inscrit YHWH dans une phrase énonçant une contre-vérité.


 

C- Ha-Elohim


Devant Elohim se rencontre parfois l'article ha; Ha-Elohim; dans quelle mesure doit-on en tenir compte? Ni les traducteurs ni les commentateurs n'en font sentir le caractère spécifique. Alors?

Analyse Grammaticale 

a) - L' article placé devant un substantif tend à désigner un nom commun; il ne précédera pas un nom propre. On observera qu'aux ch. 1 à 4 de Gn, le nom Adam est précédé de l'article, ha-Adam; c'est parce qu'il désigne alors l'homme , le genre humain, et non un individu précis. Au ch. 5, l'article disparaît car Adam est alors considéré comme un individu, un personnage "historique".

Dans cet ordre d'idée Ha-Elohim ne devrait-il pas être compris ici comme le divin, plutôt que comme la personne de Dieu?

b) - Considérant que le terme Ha -Elohim est en hébreu sous la forme d'un pluriel, l'article n'indiquerait-il pas lui aussi un pluriel, les dieux ou ces dieux? A cela on objectera qu'en Gn22,1 le verbe "éprouva" qui suit ha - Elohim, est au singulier; son sujet n'est donc pas un pluriel. Or il arrive qu'un sujet pluriel soit suivi d'un verbe au singulier (ex: les eaux, suivi d'un verbe au singulier, Nb 19,13, 24,7).c) - 

c) En considérant l'article Ha comme un pronom équivalent à ce, l'expression tend alors à distinguer Ha -Elohim dans son contexte 

- soit comme Celui que l'on veut distinguer; par exemple dans le Ps 68/20,21, par l'emploi de ha-El on veut préciser que Celui dont on parle, c'est le Dieu des victoires.

- soit comme Celui dont on vient de parler. (En remontant dans le texte, en 21,33, on trouve le Seigneur Dieu Éternel).


 D - Ha-Elohim et Elohim: une même identité?
 

Gn 20/3: " Elohim en songe...lui dit..." Gn 20/6 : "Et lui dit Ha-Elohim en songe"

Dans ces deux versets, il ne semble pas que le narrateur ait fait de distinction entre Elohim et Ha-Elohim, mais qu'il établissait entre eux une stricte équivalence; même remarque si l'on remonte plus haut en Gn 6/ 9-12. L'article était-il nécessité ici ou là par une raison grammaticale, une liaison vocalique commandée par un vav ou par el, ou par un mot composé ? Dans les expressions similaires des Psaumes l'article est omis (Ps 53/3, 60/12, 61/1, 68/27, 62/2, 68/16). Alors?

En scrutant le texte, on se rend compte que Celui que priait Abraham, n'était pas exactement Celui qui l'exauça:
"Abraham intercéda auprès de Ha-Elohim et Elohim guérit Abimélek". Gn 20/17.
N'y avait-il pas sagesse du narrateur qui voulait par ce moyen établir une distance entre D-ieu et la perception qu'en avait Abraham?



Ha -Elohim, abréviation de YHWH - Elohim?

L'article Ha devant Elohim, ne serait-il pas une abréviation de YHWH-Elohim?

Cette explication conviendrait bien en Jonas 4/6-8, dans l'évolution du dialogue entre le prophète et D-ieu, appelé successivement YHWH-Elohim, puis Ha-Elohim puis Elohim , selon la représentation de plus en plus redoutable que Jonas se faisait de lui !

Ailleurs, Ha-Elohim est associé à YHWH, mais alors, l'expression n'a pas le même sens que YHW -Elohim.


- Deutéronome

" Il t'a été montré pour que tu saches que YHWH , Lui, Ha-Elohim pas d'autre(s) que Lui". Dt 4/35
"Et sache aujourd'hui et réfléchis en ton coeur que YHWH, Lui, Ha-Elohim dans les cieux ou au-dessus, et sur la terre en dessous, pas d'autre(s)".Dt 4/39
Ha-Elohim est considéré par l'ensemble des traducteurs comme se rattachant au Nom divin, dont il serait un développement, un qualificatif, suivant en cela le Psaume 100/3 qui présente une phrase similaire :

"Sachez que YHWH, Lui Elohim, Lui nous a faits et non pas nous".

Mais l'article fait défaut devant Elohim, et de ce fait la comparaison ne se justifie qu'en partie. D'ailleurs dans le Deutéronome, Ha-Elohim peut très bien se relier non point à YHWH, mais au membre de phrase qui le suit :

"YHWH, Lui; des Élohim, pas d'autres que Lui".

Une lecture que corrobore cet autre verset du Deutéronome 32/39 -

"Voyez, maintenant que Moi, Moi-Lui, et aucun Élohim auprès de moi".

Dans cette dernière phrase Elohim , sans être précédé de l'article, est un nom commun signifiant une divinité, des dieux; aussi Ha-Elohim pourrait parfois, lui aussi, recouvrir dans les autres livres de la Torah le sens de la divinité ou "les dieux".



 Livres historiques

En 1 S 6/20 , se rencontre l'expression :YHWH, ha-Elohim le Saint, celui-ci.

Ha-Elohim n'est pas un nom propre, mais plutôt un qualificatif, comme en Néh 8/6, YHWH, ha-Elohim , le grand .

En 2 Chr 32/16 on pourrait comprendre l'expression comme Le Seigneur des dieux, sur les lèvres des assyriens , qui maugréaient contre les dieux de Jérusalem, v. 19.

En Néh 9/7, YHWH ha-Elohim est justement nommé en rappel d'Abraham.


La dénomination Ha-Elohim seule, ou rattachée à YHWH, présente une certaine difficulté de lecture.
Traduire uniformément Ha-Elohim par Dieu risque d'être inexact. Parfois Ha-Elohim désigne l'entité divine de manière impersonnelle, “le divin”, tandis que dans certains cas 
Ha-Elohim paraît être une abréviation de YHWH-Elohim.




  

II - LA LIGATURE D'ISAAC

Dans le récit de la ligature d'Isaac, la langue hébraïque offre trois approches du divin se concrétisant par trois manières différentes d'appeler D-ieu :
Elohim, Ha-Elohim, et YHWH .

Sommes-nous devant une seule et même "réalité spirituelle" ?
 

1 - Elohim

Interrogé par son fils Isaac sur la victime qui allait être offerte en sacrifice, Abraham lui répondit v. 8:
" Elohim verra pour lui l'agneau mon fils."

Ainsi en s'apprêtant à immoler son fils, Abraham se référait à celui qu'il nommait Elohim.

YHWH est Celui qui avait appelé Abraham à sortir d'Ur en Chaldée. Dans la vie du patriarche, la dénomination Elohim apparaît tardivement: c'est d'abord El - Puissant (Gn17/1) qui se manifesta à lui; ensuite Abraham rendit grâce au El, Très-Haut de Melki-Tsédek,( 14/18,22), et au El-Éternel reconnu par Avimélek (21/33). Ce n'est qu'avec la ligature d'Isaac que Elohim semblait intervenir dans la vie d'Abraham. Elohim , un pluriel en hébreu, rendrait compte de la pluralité des appellations divines qu'avait connues Abraham lors de ses pérégrinations parmi les peuples. Or le narrateur du récit, au premier verset, en écrivant que D-ieu avait éprouvé Abraham, n'inscrivait pas Élohim, mais...

 
 
2 -Ha-Elohim

Qui est-ce qui mit Abraham à l'épreuve ?

- En Gn22,1 il est écrit "et Ha-Elohim éprouva Abraham".

Ainsi en insérant en hébreu l' article, Ha devant Elohim, le rédacteur inscrivait une différenciation d'avec celui auquel Abraham pensait se référer, à savoir Elohim.

Ha-Elohim dans le récit de la ligature d'Isaac est inscrit trois fois, aux v. 1, 3, 9, et toujours dans le discours indirect.

Ha-Elohim en appelant Abraham, lui disait: Abraham! Selon le texte hébreu, il ne l'appelait qu'une seule fois de son nom. La Septante jugera bon de corriger en: Abraham, Abraham!

Ha-Elohim ajoutait ensuite : "Va pour (vers) toi...vers la terre de Mori'ah "

Va pour (vers) toi.. se retrouve en Gn12,1où YHWH appelait Abraham à sortir du lieu où il était né;va pour toi, constituait alors l'oeuvre même à accomplir. Reprise ici, si elle n'a pas sa valeur initiale, peut-être sert-elle d'encouragement?

Abraham devait se rendre sur la terre de "Mori'ah". En Gn 12,1 il devait se rendre sur la terre que YHWH fait voir, ou encore , la plaine d'instruction selon le v.12. "Mori'ah" c'est la montagne où "Instruit-Yh" , selon l'étymologie; le terme fut pris peu à peu pour un nom géographique.

La fin du récit permet de découvrir avec l' instruction divine, Celui qui instruit.


3 - YHWH

 Abraham qui avait consenti à sacrifier Isaac à Elohim sur la montagne fut interpellé par le Seigneur qui l'appelait par l'intermédiaire de son ange, v.11 :
- Abraham, Abraham!

Il faut rappeler ici Ex 3,4, où depuis le buisson en feu YHWH appelait :
Moïse, Moïse!

La réitération du nom est un signe de reconnaissance . Quand c'est Le Seigneur qui appelle, il appelle toujours deux fois. Mais ce n'était pas le cas avec l'appel fait au v. 1 par Ha-Elohim alors qu'Abraham n'était nommé qu'une fois.

Le rédacteur identifiait-il Ha- Elohim et YHWH comme une seule et même personne? de même Ha-Elohim , et Elohim étaient-ils pour lui équivalents?

- YHWH se fit connaître d'Abraham en se laissant voir , selon ce qui est dit au v.14; Il se laissait découvrir en lui-même dans son dessein bienveillant ; YHWH avait arrêté le geste d'Abraham au moment où il portait la main sur Isaac. Abraham prit conscience que Celui en qui il mettait sa foi n'était pas habité d'intentions inhumaines. C'était bien lui YHWH qui en Gn12 l'avait invité à se rendre dans le pays qui lui serait montré. Mais le rédacteur n'a pas écrit que c'était YHWH , qui avait incité Abraham à lui offrir un sacrifice sanglant!

En découvrant qui était YHWH Abraham ne prenait-il pas conscience de la différence existant entre l'intention divine et celle qu'il lui prêtait? Celle-ci ressemblait peut-être à celle des dieux d'autrefois...
 
 

Traduire Ha-Elohim, et Elohim par une seule et même dénomination, ne rend pas compte de la complexité du récit ni de la conscience qui pouvait habiter son rédacteur. Affirmer que les trois désignations Ha-Elohim, Elohim et YHWH correspondraient à une même réalité divine, c'est peut-être ne pas tenir assez compte de l'écrit et de sa grammaire; c'est s'engager dans une voie aux multiples ambiguïtés, et offrir une lecture en "raccourci" , sans un respect suffisant de la pensée du rédacteur ou de celle des sages.

Tout en prêtant à Ha-Elohim, les intentions de Elohim, Abraham qui s'apprêtait à immoler son fils, découvrait en définitive YHWH qui ne demandait pas le sacrifice sanglant de l'humain. Respecter la différenciation concourt à ne pas ignorer que l'humain entre dans une connaissance progressive de Celui qu'il sera en mesure, peut-être un jour, de reconnaître comme YHWH .

Ha-Élohim offre dans ce récit les caractéristiques des divinités révérées par les nations qui poussaient les fidèles à leur sacrifier leurs enfants. Élohim, c'était celui que craignait Abraham, avant qu'il ne découvre l'amour de YHWH .
 
 
 
Craindre, Voir et Instruire


Ces trois verbes voir, craindre et instruire présentent en hébreu de telles similitudes, qu' à certains temps il serait aisé de prendre l'un pour l'autre. Ils sont chaque fois, dans ce texte, associés à une dénomination divine.
 Sur la demande de ha-Elohim, Abraham se rendit sur la terre de Mori'ah: v.2 : Ha-Mori-YH = la terre où instruit YH. Il vit de loin le lieu où il pensait devoir sacrifier son fils Isaac :
v.4 : Va-Yare'èh ha-makom = et (Abraham) vit le lieu.
A la question d'Isaac s'interrogeant sur la victime, Abraham répondit:v.8 : Elohim Yire'èh Lo = Elohim verra pour lui (pourvoira). Alors qu'il s'apprêtait à immoler Isaac, YHWH envoya son ange retenir Abraham et le remercier parce qu'il avait craint Elohim:
v.12 : Yeraè Elohim = tu crains Elohim.
Abraham levant les yeux se rendit compte tout à coup que la demande divine n'était pas celle qu'il avait imaginée:
v.13 : Va-Yare'èh = et il vit!
Le verbe qui n'est pas suivi d'un complément d'objet direct est pris dans un sens absolu: Abraham se rendit compte! Il se rendit compte que YHWH ne lui demandait pas ce sacrificesanglant.
C'est pourquoi il dénomma le lieu: YHWHYire'èh = YHWH verra (ce qui peut se lire aussi "sera vu")v.14.
Réalisant que YHWH s'était vraiment manifesté à lui il put s'écrier:
YHWH Yërä'èh = YHWH sera vu (ou se fait voir, se montre)
 Le verbe est directement précédé ou suivi de la dénomination divine, sauf au v.13; au v.4 Makom est considéré comme unnom divin. Abraham pressentait que celui qui l' instruisait allait se faire connaître. Quand il comprit et qu'il vit ce qui lui était réellement demandé - ne pas consentir par crainte au sacrifice sanglant - alors l'instruction et la vision ne firent plus qu'un:
YHWH se montra, YHWH fut vu d'Abraham.
 
Somme toute, ce récit avait pour but d'instruire les fidèles sur les intentions divines: YHWH n'avait pas à l'encontre des humains de volontés inhumaines.

Or le récit ne s'arrête pas là, il y a plus.




Le Bélier
Voyant alors un bélier pris par les cornes dans un fourré Abraham l'offrit en holocauste  à la place des son fils. Le bélier représentant les forces instinctives , Abraham consacrait à Dieu les pulsions qu'il allait devoir apprivoiser.





La paternité d'Abraham
Abraham venait de délier Isaac, et en le laissant aller, c'est lui-même qu'il libérait des idées qu'il se faisait du dessein divin. Et le narrateur n'a pas dit qu'ils soient rentrés ensemble.
 
Abraham avait demandé aux deux jeunes garçons qui les avaient accompagnés de les attendre au bas de la montagne, ajoutant qu'ils reviendraient ensuite vers eux. En disant cela Abraham exprimait l'espérance qui l'habitait de ne pas livrer son fils à la mort, malgré le sacrifice auquel il consentait. La racine de ce verbe revenir se retrouve deux fois au v.19 dans un jeu de mots avec revenir, pour se retourner, se convertir, et aussi pour demeurer.

Et Abraham retourna vers les deux jeunes garçons; et ils se levèrent, et allèrent ensemble au puits de la promesse (Bersheva); et Abraham demeura au puits de la promesse.

Rome, catacombes de la via Latina



Il semblerait qu'en libérant Isaac de ce qu'il avait fait peser sur lui, Abraham ait pris conscience d'un devoir de paternité envers les deux jeunes qui les avaient accompagnés; c'est ensemble qu'ils se rendirent à Bersheva, où Abraham resta a
près s'être retourné.


Le juste exercice de sa paternité envers Isaac, le renoncement à projeter sur lui son dessein personnel, permettait à Abraham d'exercer une paternité sur beaucoup d'autres. La libération d' Isaac serait ce qui constituait le sacrifice agréé du Seigneur, source de bénédiction.

Là commençait la promesse:
"je te bénirai de bénédictions, et je te multiplierai d'abondance". Gn22,17
 

 
Le sacrifice d'Isaac dans le Coran Suite: la ligature d'Isaac dans le Nouveau Testament