SOURCES  ROMAINES  DE  L'ÉVANGILE  DE MATTHIEU


L'évangile de Matthieu offre des contradictions nombreuses avec l'évangile de Luc sur des points de détails géographiques ou historiques. Ils n'ont été écrits ni à la même époque, ni dans le même contexte culturel, ni dans le même lieu géographique, ni pour le même auditoire. Alors que Luc fut écrit très tôt à l'intention du grand-prêtre Théophile entre 37 et 41, Matthieu ne fut pas rédigé avant le règne de Vespasien, voire de Domitien. Les Chrétiens avaient connu de très sérieuses persécutions et de manière cachée, Matthieu cherchait à les prévenir des dangers.

 L'Evangile de Matthieu dans sa confrontation au culte de Mithra

Si L'Eglise revendique ses sources Juives, ne devrait-elle pas voir également l'héritage qui lui vient de sa “Romanité”? La confrontation du Christianisme naissant avec le culte de Mithra implanté à Rome au premier siècle de notre ère est un thème qui a été en partie exploré; le Mithriacisme (Mithracisme ou Mithraicisme, ou Mithraisme) devint la religion des empereurs avant d'être “ingéré” dans le Christianisme de Constantin. Les deux religions avaient des rites communs et , de ce point de vue, se ressemblaient à s'y méprendre. Saint Augustin dans le livre VII de son commentaire sur Jean  écrivait:
J'ai connu autres fois un prêtre de Mithra qui avait coutume de dire: Mithra aussi est chrétien. Pourquoi cela, mes frères? C'est que les chrétiens ne peuvent être séduits par d'autres moyens.

Mettre en relief dans le matériau propre à l'évangile de Matthieu ce qui manifeste une connaissance de ce culte, aiderait-il à mieux saisir l'histoire de la rédaction des évangiles?

 

  Le bon grain et l'ivraie

La parabole du champ de blé ensemencé d'ivraie pendant le sommeil du cultivateur est propre à l'évangéliste Matthieu ; l'ivraie et le bon grain poussent ensemble étroitement mêlés et indissociables; ce n'est qu’à la moisson, à la fin des temps que le tri peut être fait entre le bon grain spirituel et l'ivraie. A quoi Matthieu pensait-il et qu'est-ce qui a pu lui suggérer cette image?
    Le Mithriacisme était la religion qui, dans ses signes, ressemblait comme une soeur au Christianisme et il devait être difficile à l'évangéliste comme aux fidèles de vraiment s'y retrouver. Par une parabole, Matthieu tentait peut-être d'offrir une philosophie aux chrétiens désarçonnés par cette confrontation.

  La Légion Romaine


A l'époque de Pompée le culte de Mithra s'implantait dans la Péninsule Italique par des corsaires Ciliciens réduits à l'esclavage et gagnait peu à peu l'armée romaine; par elle l'ensemble des pays du Bassin Méditerranéen en fut atteint.
“Les fils du royaume”: L'expression est Mathéenne; n'étant pas biblique, elle ne désignait pas les fils d'Israël. Qui donc sont ces fils du royaume? Ils représentent le bon grain (Mt 13.38); mais quand ils sont contre la vraie foi ce sont des fils du diable (Mt 13:38) ou de la Géhenne (23:15): ils sont alors les adversaires contre lesquels on irait presque jusqu'à lancer des imprécations. Il y a là un ambiguité qui enveloppe le concept de l'armée et qui donne une illustration du bon grain mêlé à l'ivraie. Quelle confiance peut-être faite à ces gens là? Ne serait-ce pas ceux dont il faut se méfier? Le lecteur de l'évangile était appelé à "lire entre les lignes" sinon à repérer dans le champ de blé où était l'ivraie.
 

   Les Mages.

Le rapprochement le plus souvent fait entre Matthieu et le culte païen concerne l'épisode des Mages ; leur nom Magi était celui des prêtres Persans du culte Mazdéen auquel se rattachait le dieu Mithra. Une scène souvent présente dans l'art paléochrérien est celle de l'adoration des Mages, coiffés du bonnet phrygien habituel attribut du dieu.
 
                                      Adoration des Mages, Ravenne, St  Apollinaire le Neuf

Les mages y sont au nombre de trois, ce que l'évangéliste ne précisait pas. Ils sont trois comme la triple figure du dieu, habituellement représenté avec deux jeunes hommes portant des torches de manière inversée, aux épithètes énigmatiques de Kauti et Kautopathi symboles du pouvoir de vie et de mort exercé par le dieu ; ces deux "dadophores" formaient avec le dieu une triade. En représentant trois hommes jeunes casqués du bonnet phrygien venant à Jésus et sa mère, les chrétiens représentaient très concrètement pour eux-mêmes l'illumnation par l'Eglise des Mages Mazdéens, soit des fidèles de Mithra. .
 
En écrivant son récit de la venue des mages à Bethléem au temps d'Hérode, Matthieu établissait déjà une relation avec ce culte où la naissance du dieu était annoncée aux mages par un astre. Son récit pouvait convenir aux fidèles de ce culte dont le rituel fait état d'une étoile à cinq branches. Et que souhaitait dire Matthieu à travers eux aux Chrétiens? En donnant à l'astre un parcours “magique”, irréaliste, il intriguait son lecteur. La venue des mages puis leur départ tenu secret déclenchèrent derrière eux la colère du roi avec un massacre d'innocents. N'y avait-il pas là une dénonciation subtile?
 

   L'astre solaire


  L'astre de feu


“Le roi se mit en colère et envoya ses troupes faire périr ces assassins puis il incendia leur ville.”Mt 22:7
Ce verset appartient à une parabole de Matthieu -reprise de Luc - et adaptée au contexte même du culte païen (repas de noces avec le père et l'époux, habits de noces et petit nombre d'élus) ; elle pourrait bien être une allusion cachée au règne de Néron qui après avoir fait incendier la ville de Rome fit porter le chapeau aux Chrétiens:
“Pour étouffer la rumeur, Néron inventa des coupables et livra aux tourments les plus raffinés des gens, détestés pour leurs abominations, que la foule appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, que, sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice. Réprimée sur le moment, cette exécrable superstition faisait de nouveau irruption, non pas seulement en Judée, berceau de ce fléau, mais encore à Rome, où tout ce qu'il y a d'affreux ou de honteux dans le monde converge et se répand. On commença donc par arrêter ceux qui confessaient leur foi, puis, sur leur dénonciation, une multitude immense, et ils furent reconnus coupables, moins du crime d'incendie qu'en raison de leur haine contre le genre humain.” Tacite, Annales 15, 44, 2-5.
 
D'où venait cette dépréciation du Christianisme? Ne serait-ce-pas d'une confusion avec le Mithriacisme?
Néron avait été initié à ce culte; ainsi en 59 pour apaiser les mânes de sa mère assassinée, il appela des “Mages” qui sacrifièrent à Ariman, le dieu obscur adversaire de Mithra. Il avait haï chez elle ses traits maternels en digne fils du dieu, qui lui était carrément sorti de la roche. Il se faisait vénérer en Apollon (face visible de Mithra) dieu du soleil à travers sa statue. Il put ainsi recevoir avec ses mages Tiridate d'Arménie lorsqu'il vint recevoir sa couronne à Rome en 66 et il sut se faire reconnaître par lui comme une émanation du dieu. Pline l'Ancien, comme Tacite, s'en faisait l'écho dans son long plaidoyer contre la magie des mages Chaldéens.
N'était-ce pas sur ordre de l'empereur que l'armée avait incendié la ville? Le culte de Mithra qui était une religion devint avec la légion romaine une société secrète qui sut faire porter aux chrétiens la culpabilité de ce méfait. Ils avaient su utiliser la situation pour déprécier la religion rivale jusqu'à se débarrasser d'elle.

  La coupe d'eau et la coupe de vin

 
Il y avait dans le mithriacisme un rite mystérieux, “sacramentel”, tenant dans un repas de pain accompagné non seulement d'eau comme le laissait entendre Justin, mais de vin symbolisant le sang du taureau; ce repas était un rite magique de communion au dieu. Verser le sang du taureau avait une signification expiatoire, et par là fertilisante, qui trouvait son prolongement dans les gestes des soldats; boire à la coupe revêtait un sens magique visant l'expiation (au sens de faire expier). Ce rite reçut en monde impérial romain une orientation dont Pétrone se faisait l'écho à la fin du Satyricon; conseiller de Néron il semble l'avoir fait parler à travers ces lignes:

"tous ceux qui ont reçu de moi leur part d' héritage indépendamment de mes affranchis, les obtiennent à cette condition: qu'ils coupent mon corps en morceaux et le mangent en public. Nous savons que dans certaines nations on observe toujours une loi qui exige des proches de manger leurs morts... par cet exemple je voudrais rappeller à mes amis - au cas où ils ne feraient pas comme je le souhaite: dans le même esprit qu' ils exècrent mon âme, ils doivent dévorer mon corps.» Pétrone, Satyricon, CXLI 

Ainsi le culte de Mithra reçut l'empreinte des empereurs fous.

"Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants" Matthieu prêtait cette phrase au peuple assemblé devant Pilate qui venait de se laver les mains pour dire qu'il était innocent dans la mort du Christ. La phrase et le geste sont à comprendre dans le contexte du mythe de Mithra avec le versement du sang et le rite d'ablution. Le fidèle faisait un rite d'ablution des mains en entrant dans le mithraeum où il trouvait une coupe à cet effet; sinon il y avait le baptême dans l'une des trois absides et par lequel il était lavé de toute faute. Matthieu qui écrivait après 70 savait combien l'armée romaine avait “fait expier” le peuple de Jérusalem.

 

    Frôler la mort

 
“les tombeaux s'ouvrirent et de nombreux corps de saints endormis ressuscitèrent; sortis des tombeaux après sa résurrection ils vinrent dans la ville sainte et apparurent à beaucoup.” Mt 27:52
Un récit surréaliste dont la fonction resterait à trouver; il se pourrait que là encore un lien ait été fait par Matthieu avec la religion à mystères, soit pour convaincre ses fidèles que la foi chrétienne avait  mieux à leur offrir, soit pour brouiller les pistes dans la persécution.
 
Les fidèles du culte en Perse n'ensevelissaient pas leurs morts même s'ils croyaient en une résurrection avec une réunification de l'âme et du corps. Le culte païen par son mode initiatique était comme l'antichambre du monde à venir.

Tertullien dans une formulation mystérieuse parlait du glaive reçu avec la couronne, laissant suggérer l'épreuve du “martyr” car ce culte initiatique avait “de temps à autres” ses sacrifices humains. Selon la geste d'Auguste, l'empereur Commode souilla par un sacrifice humain réel le culte de Mithra pour lequel d'ordinaire on se limite à raconter ou simuler quelque scène capable d'inspirer l'effroi. Les persécutions contre les chrétiens qui ont duré jusqu'à Constantin seraient à verser à ce régistre.

   Les noces


La femme, au témoignage des textes et de l'archéologie n'était ni concernée ni admise dans le culte de Mithra; la femme constituait l'interdit majeur et une des étapes initiatiques était celle des épousailles avec le dieu, sous le signe de Venus. Le néophyte , le visage voilé portait une lampe à la main. Il offrait une coupe d'eau devant la statue de Mithra, la tasse représentant son coeur et l'eau son amour.
 
Or Matthieu s'est plu à une illustration du Royaume des Cieux qu'on ne trouve que chez lui avec dix vierges porteuses de lampes et d'huile, guettant l'arrivée de l'époux. La critique textuelle n'a pas mis à jour de sources bien précises pour cet épisode qui en invitant à la vigilance dans la nuit et son obscurité reste très mystérieux (Mt 25 :1-13). Tertullien disait que le culte de Mithra avait lui aussi son cortège de vierges. N'y aurait-il pas d'une manière ou d'une autre, une allusion sous-jacente à l'initiation du Mithriacisme cachée par la figure de jeunes femmes? Dans le rituel de la bibliothèque Nationale, papyrus 764, un cortège de 7 vierges à tête de serpent fait partie de l'illumination du fidèle.

   PATER NOSTER


Dans ce culte où les classes sociales paraissaient se diluer , existait une hiérarchisation par le franchissement d'étapes successives initiatiques au nombre de sept, chacune étant gouvernée par un Père, le dieu étant appelé lui-même Père des Pères et Notre Père en monde Latin ; l'ensemble des fidèles se disaient frères. Cette religion était en vogue dans l'armée romaine qui la diffusa sur son passage laissant ça et là gravés dans la brique, le mur, la pierre, des palindromes du mot SATOR qui détiennent l'anagrame «Pater Noster». L'un d'eux, le plus ancien connu, a été retrouvé à Pompei , noyé sous les laves du Vésuve en 79.

SATOR
AREPO
TENET
OPERA
ROTAS
Le Semeur,
A(lpha) REP O(mega)
Tient
l'Oeuvre
des Roues, (char et disque solaire)


      (alpha)
P
A
T
E
R
(alpha) P A T E R N O S T E R (omega)
O
 S
 T
 E
 R
      (omega)




Ce palindrome construit comme un carré magique est un symbole mithriaque. (cf Walter O. Moeller: The Mithraic Origin and Meanings of the ROTAS-SATOR Square Leiden: Brill, 1973). Comme il détient l'anagramme des mots PATER NOSTER, on croit y voir un symbole chrétien.
Mithra avait fertilisé la terre par le sang du taureau qu'il avait tué; il était ainsi un créateur-semeur, un père. Son nom Arepo dont les deux lettres extrêmes évoquent l'alpha et l'omega et PER pour P[AT]ER, mais  lu à l'envers REP . Mythra est associé à Ahura qui serait son créateur et opposé à Ahiman l'esprit du mal; il a en mains la course du soleil sensé tourner autour de la terre. Son palindrome se lit dans un sens et dans l'autre, et comme ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre mais l'inverse, il y a de quoi se demander si le créateur de ce palindrome ne pensait pas déjà à une inversion astronomique.
 
Matthieu, et lui seul, prêtait ce propos à Jésus :
 
" Ne vous donnez pas le nom de Père sur la terre, car un seul est votre Père, celui qui est aux cieux." (Mt 23:9).
 
Le verset de Matthieu pourrait se comprendre assez bien dans une confrontation au Mithriacisme dont il cherchait à se distancer.

  Ne pas rabâcher

D'origine orientale la religion de Mithra véhiculait des modes initiatiques propres comme les "mentras". Il n'y a guère de doutes: le palindrome en est un; il est une invocation de caractère fétichiste au dieu. Et c'était très probablement à cette invocation là que pensait Matthieu lorsqu'en introduction de la prière chrétienne il écrivait:
"Ne rabachez pas comme font les païens; ils pensent en effet qu'à force de paroles ils seront exaucés; ne leur ressemblez-pas!" Mt 6, 7-8
 
 
Prière du Notre Père

Luc avait rapporté la prière donnée par Jésus à ses Apôtres et contenant cinq demandes adressées au Père. Matthieu la reprit en la portant à 7 demandes adressées à "Notre Père, qui [est] dans les cieux". Dans le culte en question, il y avait sept étapes initiatiques l'ultime étant consacrée au Père, à savoir le dieu solaire qui est dans le ciel.
Des deux demandes adjointes aux cinq de Luc, la première portait sur la volonté de Dieu au ciel et sur terre avec une formulation qui fut retouchée selon les manuscrits, montrant ainsi qu'elle ne provenait pas d'une prière déjà fixée par la liturgie mais d'une composition littéraire. La seconde et qui est la dernière de la prière dit littéralement : “arrache nous au mauvais”; à qui pouvait bien penser Matthieu?

  Où prier?


Matthieu recommandait de prier le Père qui est là dans le secret (EN TW KRUPTW) en entrant dans son TAMIEION (Mt 6:6); il s'agit du lieu où l'on conserve ce qui est précieux.
Or les fidèles de Mithra se réunissaient dans le mithraeum, qui était toujours une crypte (Grec KRUPTEON) souterraine et obscure avec une source évoquant la naissance du dieu sortant du rocher. Or les Chrétiens à Rome eurent recours aux cryptes, aux catacombes funéraires pour se réunir et par là échapper aux persécutions. Autre illustration du bon grain et de l'ivraie.

  La pierre, le roc

Le mythe rapportait que Mithra était né de la roche; il est représenté sur les stèles sortant debout d'un bloc de pierre posé sur le sol. Le parallèle avec l'église ancrée sur la pierre qu'était le prince des Apôtres n'a pas manqué d'être fait: Tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église et les portes de l'Hadès ne l'emporteront pas contre elle; Mt 16,18 Les portes du Mithraeum cesseraient un jour d'attirer cette foule qui s'y précipitait.

Je te donnerai les clés du royaume des cieux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux"Mt16:19

Comme figure de Kronos, le dieu est parfois représenté ligoté par un serpent avec des clés en mains. 

Ce qui pouvait être lié ou délié, c'étaient les serments. Des serments étaient prêtés par les soldats au consul, chef d'armée. Transposés dans le culte, les serments faits par les fidèles les enchaînaient au dieu : l'Eglise pouvait les en libérer.

  Fin des temps


La fin du monde est une expression Matthéenne (cinq occurrences) qui n'a pas de parallèle en Luc sinon cette affirmation de Jésus : “terre et ciel passeront, mes paroles ne passeront pas”. Il y a bien annonce apocalyptique de guerres et de séismes chez les trois synoptiques, mais celle de la fin du monde en tant que telle est un thème matthéen “ainsi en sera-t-il à la fin du monde” où les anges seront envoyés pour faire le tri entre les bons et les méchants. Matthieu a pu renforcer ce qu'il lisait chez Luc et chez Marc au contact du culte païen, sinon employer des expressions similaires aux leurs.
“On racontait qu'après l'immolation du taureau Mithra était monté sur le char du Soleil. Cet épisode devait se renouveler à la fin des temps et Mithra embraserait le monde, comme Phaéton avait failli le faire. Il purifierait l'univers, comme les Lions éprouvaient les mystes par le feu”.

  Le Chrisme constantinien



Le Chrisme Constantinien,  est un symbole du culte païen qui reprend d'une autre manière les éléments du palindrome: il est constitué d'une roue (ROTAS) de la croix en X et , le plus souvent, des lettres Alpha , du Ro central qui en Latin se lit P et de l'Omega. On retrouve AR(E)PO. Les Chrétiens l'ont repris à leur actif au-dessus de leur croix latine; les colombes seraient symbole de paix (Pax Romana) tandis qu'au pied de la croix se trouvent à notre gauche mais à la droite du Christ l'Apôtre qui lève la tête vers le haut, et à droite, donc à gauche du Christ un soldat endormi représentant la Légion sous le "joug" de la Croix.


    la croix


Dans un mithraeum, une tête d'âne serait symbole de Mithra, emblème de la fin de l'initiation. La dernière étape initiatique était celle du père que les fidèles priaient, les bras en croix. Aussi les graffiti des catacombes ne sont peut-être pas tant à lire comme des caricatures sacrilèges du Christianisme que comme la "révélation" dernière du mithriacisme qui se montre au néophyte...


ALEXAMENOS SEBETE THEON : Alexamenos vénère son dieu.
graffiti catacombe de St Callixte

  Conclusion


L'impôt fixé sous Vespasien de deux drachmes à verser par les Juifs se retrouve en fond du récit de la didrachme fait par Matthieu ; il sert de repère précieux pour dater son évangile. Ne l'aurait-il pas composé à Rome où devait s'enraciner l'Eglise dans les institutions qu'il tendait déjà à circonscrire? Les Chrétiens furent persécutés sous Domitien qui en 89 condamna «pour athéisme» le consul Flavius Clément et sa femme Domitilla, et avec eux beaucoup d'autres qui «avaient adopté des usages juifs». selon Dion Cassius (67). L'historien qualifiait d'«athéisme» le rejet du culte de l'empereur qui, restaurateur de l'autorité centrale, exigeait le culte envers sa personne, centre et garantie de la «civilisation humaine». Or le culte divin à l'empereur, de son vivant, lui qui passait pour le Père de la Patrie, s'est développé au contact du Mithriacisme, frère et adversaire du Christianisme. 

L'écriture de l'évangéliste Matthieu.
 

1 - Suétone, Néron 34/8 -Il fit faire un sacrifice aux mages pour évoquer et fléchir son ombre. Dans son voyage en Grèce, il n'osa point assister aux mystères d'Éleusis, parce que la voix du héraut en écarte les impies et les hommes souillés de crimes.
NH 30/14-15
 
Annales de Tacite XV/38 (7) Et personne n'osait combattre l'incendie: des voix menaçantes défendaient de l'éteindre; des inconnus lançaient publiquement des torches, en criant qu'ils étaient autorisés; soit qu'ils voulussent piller avec plus de licence, soit qu'en effet ils agissent par ordre.

Matthieu avait une certaine connaissance du culte païen; Tertullien savait que des paraboles étaient communes aux deux cultes, mais sans réaliser que celles-ci se trouvaient uniquement chez Matthieu. S'il estimait que le Christianisme devait mener contre le Mithriacisme un combat à mort c'est parce que ce culte lui apparaissait comme une contrefaçon:  
«Et si je me souviens encore de Mithra, il marque là au front ses soldats. Il célèbre aussi l'oblation du pain. Il offre une image de la résurrection et, sous le glaive, 'il pose une couronne'.  Eh quoi ? n'impose-t-il pas à son grand prêtre un mariage unique? Il a lui aussi ses vierges, il a lui aussi ses continents... Celui qui s'est si jalousement efforcé de reproduire dans les choses de l'idolâtrie les rites mêmes qui servent à administrer les « sacrements » du Christ, celui-là aussi, dans une intention toute pareille, a désiré passionnément et a pu appliquer à une foi profane et rivale les instruments des choses divines et des sacrements chrétiens, en tirant sa pensée de leurs pensées, ses paroles de leurs paroles, ses paraboles de leurs paraboles.  Voilà pourquoi il ne faut pas douter que les esprits de perversité de qui viennent les hérésies, n'aient été envoyés par le démon, et que les hérésies ne diffèrent nullement de l'idolâtrie.»
Tertullien prescription contre les Hérétiques ch XL.