Commentaire de l'Évangile de Matthieu selon le codex Bezæ Cantabrigiensis, chapitre 15







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2 Les disciples... ne se lavent pas les mains,
quand ils mangent du pain
.
Matthieu & Marc (7.2-5)  étaient-ils conscients de l'emploi de l'expression “manger du pain” pour nommer le repas ? (cf Gn 31:54; Gn 37.25 etc.) Le  lavage des mains est requis lorsque du pain fait partie du repas. Sinon il ne l'est pas. Alors pourquoi les disciples ne respectaient-ils pas les ablutions prescrites ? 

3 παραβαῖνε correspond à la 2nd personne du singulier du présent de l' imperatif actif, rendu en latin par transgredimini. Lui a été préféré dans le TA le présent de l'indicatif παραβαίνετε.

8 Leur cœur est loin de moi. D, 134
Le verbe être ἐστιν a été remplacé dans le Texte alexandrin par ἀπέχει, choisi dans la LXX.
9 C'est en vain qu'ils m'honorent
  Cette phrase n'est pas dans le texte hébreu mais celui de la LXX.  Elle ne se trouve pas ailleurs dans la bible. Le verset de Marc, ou son parallèle Matthéen, aurait-il infléchi la traduction grecque d'Isaïe ?

11 Ce qui sort de cette bouche, contamine l'homme. D
Selon Marc 7.15 ce qui sort de l'homme (les excréments ?) le contamine, et non ce qu'il mange, semblant faire le procès de la casheroute. C'est au v 21 qu'à la demande de ses disciples Jésus expliquait que les mauvais desseins qui sortaient du cœur de l'homme le souillaient. En précisant tout de suite que ce qui  sort de la bouche de l'homme le souille, Matthieu évitait le procès de la cacheroute et élevait le débat au dessus des seules contingences du corps humain. c'est-à dire la critique, rejoignant ainsi l'Épître de Jacques 3.8. L'adjectif “cette” propre à D est un écho de “cela sortant” en Mc 7.15 D,W,33, 765,700.

  13 Tout plant que n'a pas planté mon Père céleste sera déraciné.
Une parole plus qu'acerbe propre à Matthieu en écho à sa parabole de l'ivraie (Mt 13,40-42). La formulation Johannique apparemment plus douce (Jn15.2) mène à une conséquence tout aussi radicale.

                           Tableau de Matthias Stömer 1650.
mains_propres20 Manger avec des mains non lavées ne contamine pas l’homme.
Une bien étrange conclusion ! Est-il préférable de manger les mains sales? Il semble que l'épisode de Luc 11.38 ait provoqué l'écriture de ces propos et ce n'est plus Jésus qui se refusait à pratiquer le rituel de l'ablution mais ses disciples.  En Luc la récrimination de Jésus pourrait avoir concerné le sens ésotérique prêté à l'ablution des mains.




Pieter Latsmann 1617 Rijksmuseum                       
22 Et voici qu’une femme cananéenne de ces territoires
étant venue derrière lui cria en disant  : Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David !

La position derrière Jésus rappelle celle de la femme malade de ses pertes de sang mais dont Matthieu n'a pas fait le récit. Elle était cananéenne (et non point grecque-phénicienne ou syro-phénicienne selon Marc 7.24) bien que le cadre ait été celui de Tyr et Sidon. Jésus n'étant pas attablé elle n'eut pas à se jeter à ses pieds mais elle l'apostropha comme “fils de David”, à la manière des aveugles du ch 9.27.

24 Je n’ai pas été envoyé excepté à ces brebis perdues de la maison d’Eisraël.
Eisraël, même orthographe que dans l'expression similaire de Mt 10.6. Le latin correspondant présente Istrahel, une orthographe parfois rencontrée en Luc.
 
26 Il n’est pas permis de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. D, Itala, Sysc Origène.
Avec “il n'est pas bon”, les copistes du Texte Alexandrin ont préféré le parallèle de Marc 7.27.

27 les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres (κυναρίων).
Le grec κυναρίων est à lire κυρίων; il s'agit d'une erreur de scribe.

32 & 38 
La dernière ligne du v 32 et la première du v 38 font défaut tant dans le texte grec que le latin correspondant. Le correcteur  a rajouté dans l'interligne la phrase manquante tant dans le texte grec que le latin correspondant.
Οr la phrase manquante du v 38 conditionne la compréhension de celle qui suit. Il s'agit donc d'une erreur de copiste (ce qui doit être le cas aussi du v 32) que le traducteur latin aurait du éviter. Son inattention trouve difficilement explication.