Commentaire de l'Évangile de Marc selon le codex Bezæ Cantabrigiensis, chapitre I







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L'Évangile selon Luc s'achève ; commence selon Marc.

L'Évangile de Marc peut apparaître comme une tentative de clarifier les obscurités de l'Évangile de Luc, considérant qu'il fut rédigé avant lui ;  jusqu'où le résultat de cette réécriture simplificatrice est-il convainquant ?
Les tournures du codex Bezæ, parfois maladroites, constituent une ébauche dont s'est servi Matthieu et que les copistes ont retouchée ensuite d'après lui.


1 Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu.
Ce premier verset en introduction du livre en constitue le titre. Cependant, chaque terme n'est pas sans poser, à lui seul, toute une série de questionnements.

Commencement
: Le lecteur sait bien qu'il s'agit du début de l'ouvrage qu'il vient d'ouvrir; alors pourquoi spécifier “commencement” ? Ce livre s'insérait-il parmi d'autres et fallait-il signaler le passage à un nouveau récit ? Sinon, comment l'auteur pouvait-il, sans présomption, se situer au commencement même de la bonne nouvelle ? N'était-ce pas la réduire que la limiter au seul ministère public de Jésus et en omettant ses origines ?
Si l'Évangile de Jean débute sur “Au Commencement était la Parole...”, c'est peut-être en réaction à cette limitation imposée par Marc. Car en faisant remonter la Parole avant même le Commencement de la Création (Génèse1.1), Jean la dégageait des limites humaines.

Comparativement, dans son prologue, Luc affirmait avoir participé à tout depuis les origines (Lc 1.1-4; naissance et enfance de Jean et de Jésus) ; il se démarquait de ceux qui n'avaient été présents qu'au “commencement” du ministère public. En parlant du  “commencement de l'Évangile”, Marc  ne se référait-il pas au prologue de Luc ?

τοῦ εὐαγγελίου : dans son sens courant c'est une “bonne nouvelle”, sens qu'il convient de lui donner au v.14. Mais ici, Marc ayant précisé qu'il se situait à son commencement, il serait malvenu de restreindre la bonne nouvelle au seul temps du ministère public raconté par les évangélistes.
Et, par  “Évangile” Marc pouvait penser au livre qu'il était en train d'écrire, suite à la proclamation orale de Pierre, aux dires de Clément d'Alexandrie :
“Pierre ayant prêché la doctrine publiquement à Rome et ayant exposé l'Évangile par l'Esprit, ses auditeurs qui étaient nombreux, exhortèrent Marc, en tant qu'il l'avait accompagné depuis longtemps et qu'il se souvenait de ses paroles, à transcrire ce qu'il avait dit : il le fit et transcrivit l'Évangile à ceux qui le lui avaient demandé
.» Eusèbe de Césarée : H E VI 14, 5-7.

Il s'avère qu'en couchant par écrit cette proclamation orale, Marc ne créait pas un prototype ni ne rédigeait le premier du genre puisqu'un évangile avait été mis par écrit avant le sien ; vers 55/56 celui-ci était déjà très répandu dans les communautés de croyants, puisque Paul disait à son sujet : «Nous envoyons avec lui le frère dont la louange dans l'Évangile [est répandue] dans toutes les églises,  et qui plus est, a été désigné à main levée par les églises pour être notre compagnon de voyage  dans cette œuvre de bienfaisance que nous accomplissons à la gloire du Seigneur même, et en témoignage de notre bonne volonté.» 2 Co 8:18. Paul désignait ainsi un de ses compagnons de voyage dont il gardait le nom dans l'anonymat ; il s'agissait très probablement de Luc.

Ce ne pouvait être l'auteur du Second Évangile identifié au Jean-Marc des Actes et des Epîtres (Actes 12:12, 25; 15:37, 39; Colossiens 4:10; 2 Timothée 4:11; Philemon 1:24 (23); 1 Pierre 5:13,); neveu de Barnabé, Pierre l'appelait “mon fils”. D'une autre génération que celle des apôtres il n'accompagna pas Paul dans ses voyages méditerranéens au-delà de la Pamphilie (Ac 15.35), mais il le rejoignit alors qu'il était prisonnier à Rome ; là, il y côtoya Luc ( Col 4.10; 2 Timothée 4.11 ; Philémon 1.24). 
L'usage que Marc a fait du terme εὐαγγελίον se réfère bien souvent au nouveau sens qu'il revêtait pour les églises, à savoir le récit de la vie de Jésus. Or, Luc est le seul des trois Synoptiques à ne pas l'avoir utilisé.

Avec le rationalisme du XIXe siècle s'est imposée l'idée que l' Évangile de Marc était le premier du genre et que la divinité de Jésus était une création des premières communautés, culminant avec Constantin au IVe siècle. Il est manifeste que Marc n'a pas consacré de pages aux “mystères” (Incarnation, Résurrection). Ses positions, bien sensibles à travers son écrit, ne sont cependant pas à confondre avec le message même de Jésus sur la “bonne nouvelle de la royauté de Dieu”.

υἱοῦ θεοῦ : Hormis le codex Sinaïticus, Θ, 28, samss Origène & Irénée, le titre “Fils de Dieu” est présent dans l'ensemble des manuscrits et en particulier dans le codex Bezæ. Appartenait-il pour autant à la rédaction primitive ?
“Fils de Dieu”
est  à comprendre dans le sens où l'entendait le centurion romain ; en comparaison, le grand prêtre avait demandé à Jésus s'il était “le Fils du Béni”. Comme Marc cherchait par ces deux appellations à restituer les nuances des deux religions, placé ici en tête de son livre, le titre interpelle : Marc pensait-il écrire un évangile sur Jésus-Christ le fils de Dieu au sens où pouvait l'entendre un romain? Ou bien le titre a-t-il été rajouté à une époque très ancienne, proche de celle où Matthieu, qui a fait un usage plus abondant du titre, rédigeait ?

2 Comme il est écrit en Isaïe, le prophète : “Voici, j'envoie mon messager devant ta face, qui préparera ton chemin” [...]. Bא D05, K L P WΘ...
[devant toi] A f1-13...
La phrase entre guillemets est un rapprochement de deux paroles de l'Écriture (Ex 23.20& Mal. 3.1) opéré par Jésus lorsqu'il parlait de Jean Baptiste (cf. Lc 7.27 & Mt 11.10). Marc l'a associé à la citation d'Isaïe du v.3. Cette longue citation est au début du chapitre trois de Luc, dans la présentation de Jean Baptiste.
Matthieu qui a répercuté les mêmes paroles que Luc a remplacé celles de ce v.2 de Marc par : “Repentez-vous, car s'est approché le Royaume des Cieux” ; le repentir était bien dans la vocation du Baptiste ; par contre l'annonce de la Royauté de Dieu (ou des Cieux), pour Luc et pour Marc, revenait à Jésus en personne. Matthieu n'aurait-il pas introduit un anachronisme en prêtant cette annonce à Jean lui-même ?

3a Voix criant dans le désert :

Marc 1.3D05
Matthieu 3.3
Luc 3 D05, It Isaïe 40.3
Voix criant : Dans le désert préparez le chemin du Seigneur, rendez droits les chemins de votre Dieu. Voix criant : Dans le désert préparez le chemin du Seigneur
rendez droits ses chemins.
4 Voix criant : Dans le désert: préparez le chemin du Seigneur, rendez droits vos chemins.
Une voix crie : Dans le désert préparez le chemin du Seigneur ; dans la arava aplanissez un chemin pour notre Dieu.

m
Jean appelait à la conversion dans la plaine du Jourdain dénommée Arava. Il invitait ses auditeurs à avoir des intentions droites qui ne soient pas tortueuses et il utilisait à cette fin  la métaphore du chemin dont s'était servi son prédécesseur Isaïe. 
En Luc, la retouche avec rendez droits vos chemins tendait à rendre plus lisible le sens figuré proposé dans la métaphore.
Marc optait pour les chemins de votre Dieu  : Et pourquoi pas notre Dieu en suivant Isaïe ? Était-ce Jean Baptiste qui prenait ses distances avec le Dieu d'Israël ? N'était-ce pas plutôt Marc lui-même ? La retouche de Matthieu avec “ses chemins” contournait habilement cette difficulté. Les copistes du texte courant retouchèrent le verset de Marc en fonction de ce choix de Matthieu.

3b Rendez droits les sentiers de votre Dieu :
En présentant Jean Baptiste, Luc avait longuement cité Isaïe :  Jean vint...comme il est écrit dans le livre des paroles d'Isaïe le prophète: Voix criant dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits vos chemins. Tout ravin sera comblé, et toute montagne et colline sera abaissée, et les sinuosités seront droites, et les rocailles, des chemins aplanis, et toute chair verra le salut du Seigneur. Cf Luc 3.3-6.
La phrase soulignée, parce qu'elle évoquait Jésus lui-même —son nom signifiant Le Seigneur Sauve— était la clé de cette citation. En l'abrégeant, Marc s'est privé de “l'essentiel” (comme les copistes qui retouchèrent le texte de Luc en revenant au “salut de Dieu”).
Avec les versets 2 & 3, Marc offrait une compilation de ce qu'il lisait en Luc aux ch. 3 & 7.

4 Survint Jean dans le désert baptisant, et prêchant le baptême de repentance en vue de la rémission des péchés.
La seconde partie de la phrase est identique à Luc 3.3.

6 Portrait de Jean le Baptiste
Marc 1 D05 & Ita,d
Matthieu 3.4
6 Or Jean était vêtu d'une peau de chameau, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. Lui, Jean, avait son vêtement de poils de chameau et une ceinture de peau autour de ses reins; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage.








Portrait de Jean Baptiste, sculpture de Giuliano Vangi
“Vêtu d'une peau de chameau”
La peau de chameau est si raide qu'elle convient à la fabrication de semelles ou de selles plus qu'au vêtement. Ce portrait d’“homme des cavernes” a été très accentué dans l'adaptation slavone de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, en s'inspirant du  personnage d'Élie selon 2R 1:8: "Un homme velu, ceint de cuir, ceint sur ses hanches” et de  l'habit des prophètes selon Za 13:4 "Ils revêtiront une peau poilue.” Comme pour Élie, la toison de Jean était son seul vêtement et l'adaptateur slavon ajoutait que là où il n'avait pas de poils, Jean en avait collé d'autres! 
Selon Matthieu, Jean portait un vêtement fait de poils de chameau et ajoutait qu'il avait autour des reins une ceinture de peau; tout en  confirmant Marc, il rendait  son tableau  plus acceptable, de manière à conférer à Jean une stature de prophète.
Le texte de Marc fut par la suite réajusté  comme suit:  “Jean était vêtu de poils de chameau”. N'en résulte pas moins le portrait d'un homme fruste à la nourriture frugale.

Et * il leur disait...D05
[ et il proclamait en disant ] :

Les phrases soulignées du v 8 de Marc se retrouvent au verset précédent dans le texte standard.
Marc 1 D05, Θ f13 28 565
Matthieu 3.11
Luc 3 D05
8 Moi, je vous baptise dans l'eau. Il vient après moi le plus puissant que moi, lui dont je ne suis pas à même de délier la courroie de ses sandales; lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint. Moi je vous baptise dans l'eau en vue du repentir; mais celui qui vient après moi, est plus fort que moi et je ne suis pas à même de porter les sandales. Lui vous baptisera dans l' Esprit Saint et le feu.
Moi, je vous baptise dans l'eau (en vue du repentir); mais celui qui vient est plus fort que moi, lui, dont je ne suis pas à même de délier la courroie de sandale. Lui vous baptisera dans l' Esprit Saint et le feu.

a
Le grec ἱκανὸς nesignifie capable, compétent, suffisant, approprié.
Marc s'est arrêté à ces seules paroles de Jean, laissant de côté les appels à une conversion concrète centrée sur le partage et l'honnêteté, omettant également le feu de purification allié à l'Esprit Saint. L'expression “ne pas être en mesure de délier la courroie de sandale d'autrui” aurait comme corollaire en français : ne pas arriver à la cheville d'autrui; cette différence de nature entre les deux entités a été comprise par les évangélistes Matthieu et Jean dans le sens d'une indignité d'ordre moral, Jean Baptiste se plaçant à un rang inférieur à celui de l'esclave lavant les pieds de son maître (Mt 3.14; Jn 1.18). Aussi, pour accentuer le trait,dans le texte courant fut ajouté “en me baissant” après le verbe délier, dans le verset 7 de Marc.

10 Et remontant de l'eau, il vit les cieux s'ouvrir, D05, It (cf Lc 3.21 et Mt 3.16).
[les cieux se déchirer]
L'ouverture des cieux était le signe d'une révélation divine et du bon plaisir de Dieu. Les trois Synoptiques offrent une expression similaire dans le codex Bezæ et l'Itala fondée sur le verbe “s'ouvrir” ; lui fut préféré par les copistes σχιζομένους, se déchirant, comme un antécédent au voile du sanctuaire qui se déchira du haut en bas à la mort de Jésus pour souligner le caractère surnaturel des phénomènes qu'ils reliaient par le même verbe. Toutefois dans le premier cas se manifestait l'agrément divin, dans le second l'effroi divin. Jusqu'où l'analogie se justifie-t-elle ?

Fresque du Baptistère de Parme
11  Et une voix [.] des cieux...
[advint ]
Toi tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis mon bon plaisir.
Marc là encore compilait deux paroles reprises à Luc :
- Dans son parallèle du ch 3.22D05 la citation du Psaume 2.7 : Tu es mon fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré.
- Dans le récit de la transfiguration Lc 9.35 D05 : Celui-ci est mon Fils le bien-aimé, en qui j’ai mon bon plaisir.
Marc mit à la seconde personne du singulier la parole de la transfiguration émise à la troisième dans le parallèle lucanien. Contrairement à Luc, il s'est efforcé de préciser que c'est à Jésus qu'était destinée la vision de l'ouverture des cieux et de la colombe de l'Esprit, et non au peuple présent.
Pour Luc, la voix céleste énonçait le v 7 du Psaume 2 “Moi aujourd'hui je t'ai engendré” comme un écho à l'Annonciation ; cette parole était suivie d'une liste de (72) noms constituant l'ascendance généalogique du Fils de David. Il est manifeste que Marc s'est abstenu de parler des origines de Jésus depuis sa conception et sa naissance; aussi, en réitérant au baptême la parole émise lors de la transfiguration, il évitait toute allusion à la génération du Messie.

12  Et aussitôt l'Esprit Saint le jette dans le désert.
εὐθέως aussitôt: fréquent en Marc dans le codex Bezae cet adverbe a été systématiquement retouché en εὐθὺς, soit dans une quarantaine d'occurrences.
L'Esprit Saint. L'expression fait écho au v7. L'adjectif Saint est en D05 uniquement. N'étant pas dans les parallèles synoptiques, il a pu être retiré par les copistes du texte courant. L'adjectif ne se trouve pas au v 10 lors du baptême, peut-être parce qu'il n'était pas dans le verset d'Isaïe qui, au v 11, servait de référence.

13 Et il était dans le désert quarante jours étant ensuite éprouvé par Satan. Et il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.
Jésus fut dans un désert spirituel suite à l'arrestation de Jean et Luc exprimait ses réactions et ses tourments à travers les métaphores du combat contre Satan. Marc les a résumées ; toutefois il ne s'agissait pas pour lui de métaphores, sinon il aurait placé ce verset après l'arrestation de Jean et non avant.

14 Et après qu'ait été livré (παραδοθῆναι) Jean, il vint, Jésus, en Galilée proclamant la bonne nouvelle (τὸ εὐαγγέλιον) de la royauté de Dieu.
Le lecteur apprend que Jean a été livré ; mais livré par qui ?
Était-ce contre rançon ? Marc ne l'ayant pas précisé la question restera sans réponse.
Évitant cette difficulté, nombre de traducteurs rendent le verbe par l'expression “mis en prison”; mais c'est là une interprétation du verset. Se pourrait-il que Marc ait écrit sans une conscience suffisante de ses affirmations ? Pourtant Matthieu (4.12) qui l'a suivi sur ce point, n'a pas offert davantage de réponse.
τὸ εὐαγγέλιον est ici la “bonne nouvelle” de la Royauté de Dieu puisqu'il est improbable que Jésus ait raconté “l'évangile” de sa propre vie.
À l'expression lucanienne “annoncer la bonne nouvelle” Marc a toujours préféré “proclamer la bonne nouvelle” avec le verbe κηρύσσω qui suppose une proclamation publique par la voix d'un héraut (cf. 1.14, 13.10, 14.9). Jésus avait envoyé ses apôtres et ses disciples “évangéliser” dans les villages d'alentour en passant de maisons en maisons ; il ne leur avait pas demandé pour autant de se produire sur les places publiques en appelant les foules autour d'eux. La proclamation allait intervenir plus tard, quand un condensé des actes et des paroles de Jésus aurait vu le jour.
La royauté de Dieu : “la royauté” fait défaut dans le codex Vaticanus et  nombre d'autres manuscrits; mais  attestée par les codicii Bezæ, Alexandrinus, etc, elle a vraisemblablement disparu sous la main d'un des tous premiers copistes de manière intentionnelle ou non.

15 et disant que sont accomplis les temps et que s'est approchée la royauté de Dieu. Repentez-vous et croyez dans la bonne nouvelle.
L'invitation à “croire dans la bonne nouvelle” est unique à cet évangile.

16 Et se rendant auprès de la mer de Galilée, il vit Simon et André son frère jetant les filets dans la mer car c'étaient des pêcheurs.
La mer de Galilée : La langue grecque dispose pour les eaux douces du terme λίμνη ; cependant Marc considérait le lac de Galilée comme le microcosme de ce que les apôtres allaient vivre autour de la mer méditerranée. L'expression qu'il a employée, mer de Galilée correspond à l'hébreu biblique qui ne disposait que d'un seul terme pour les étendues d'eaux qu'elles soient douces ou salées (ימימ).

17 Et il leur dit, Jésus: Venez derrière moi et je ferai que vous deveniez des pêcheurs d'humains.
Venez derrière moi : Cette position derrière le maître était davantage celle de l'esclave que du disciple. Pourtant Jésus appelait ses disciples à l'accompagner (ἀκολουθέω, 18 occurrences en Marc) dans une démarche mutuelle d'accompagnement.
Un verset repris par Matthieu (4.19), tandis que la dernière phrase a son corollaire en Luc 5.10 selon D05 : Allez! et ne soyez plus pêcheurs de poissons, car je ferai de vous des pêcheurs d'humains.

18  Et aussitôt, laissant tout, ils l'accompagnèrent.
Un verset qui a son parallèle en Lc 5.11 selon D05 “quittant tout ils l'accompagnèrent”.

20 Et aussitôt il les appela; aussi laissant leur père Zébédée dans la barque avec les salariés ils  l'accompagnèrent.
Ils l'accompagnèrent avec ἠκολούθησαν αὐτῷ selon D05 1424 W It. Les copistes du texte courant ont préféré vinrent derrière lui.
Du récit de Luc , il ressort que Pierre avait Jacques et Jean pour associés et ceux-ci ne travaillaient pas avec leur père Zébédée. Parce qu'ils étaient habitués à pêcher ensemble, Jésus les appela ensemble après leur mise à l'épreuve de la pêche miraculeuse.
Marc offrait un tableau différent où, à la pédagogie du Christ, était préféré le caractère soudain et irrépressible de la vocation. Jésus les avait approchés sans les connaître et sans chercher à éprouver leur confiance en lui, avant de les appeler. Autant l'appel de Pierre revêtait en Luc un caractère personnel, autant cet appel prenait un caractère impersonnel sous la plume de Marc. Tout ce qui concerne la personnalité de l'apôtre vient de Luc et n'a pas retenu l'attention de Marc. L'évangéliste avait-il vraiment été auprès de Pierre ?

21 Et ils entrèrent dans Capharnaüm et aussitôt pendant les sabbats, pénétrant dans la synagogue, il les enseignait.
τοῖς σάββασιν : ce pluriel est inattendu, à plusieurs titre. En effet Jésus se rendait à la synagogue de Capharnaüm un jour de sabbat et il n'y avait pas lieu de mettre le terme au pluriel. Il est au datif de la troisième déclinaison, alors que dans la LXX il est partout de la seconde (σαββάτοις). Si cet emploi déconcertant trouve explication sous la plume de Luc, il n'en est pas de même ici et il semble que Marc l'ait répercuté sans en connaître la véritable teneur.

22 Et ils étaient frappés de son enseignement car il les enseignait comme ayant autorité, non comme les scribes.
Non comme les scribes est un ajout au parallèle de Luc 4.32. Le ton de la polémique était donné.

24 Quoi à nous et à toi Jésus Nazarénien ?
Ἰησοῦ Ναζαρηνέ: Alors que l'hésitation est grande en Luc quant à ce nom dont l'orthographe varie d'un emploi à l'autre il se trouve fixé à Ναζαρηνέ (ou Ναζoρηνέ) en Marc dans le codex Bezæ (Mc 10.47 & 14.67) et semble lié à la ville de Nazareth.

25 Et il le menaça en disant: "sois muselé et sors de l'homme, esprit impur!" D05 Θ W 565 It
[...et sors de lui].

26 Aussi sortit l'esprit impur le secouant et criant d'une voix forte, il sortit de lui. D05 (A C M Θ...)
 Criant avec le verbe κράξω, là où le parallèle de Lc 4.35 D05 comporte le verbe ἀνακραύγαζω signifiant croâsser.

27 Et tous s'étonnaient, de sorte qu'ils s'interrogeaient entre eux disant: quel (est) cet enseignement nouveau, cette autorité que même aux esprits impurs il commande et ils lui obéissent?
Il commande et ils lui obéissent : Une réflexion qui a son parallèle en Lc 4.36 mais avec le verbe sortir au lieu d'obéir; elle est proche, en outre,  de celle faite lors de la tempête sur le lac en Lc 8.25 (sans le verbe commander), Mc 8.27 et Mt 4.41. Là où Luc signalait l'expulsion des esprits impurs et manifestait la soumission des éléments à la voix de Jésus, Marc optait pour l'obéissance des uns et des autres. Mais convenait-il de dire que les esprits impurs “obéissaient” à Jésus ? N'étaient-ils pas plutôt contraints de sortir de leur victime pour s'en trouver expulsés?
Ce choix peu ajusté pourrait être un signe que Marc avait collationné des tournures employées par Luc.

Soubassement  de l'église octogonale édifiée au Ves
au-dessus de la maison de Pierre à Capharnaüm.

31- Et s'avançant il étendit la main; avec une manifestation de force, il la releva et aussitôt la fièvre la quitta et elle les servait. D05 (W)
La force qui habitait Jésus releva la malade. Marc se distançait du parallèle de Luc selon lequel Jésus menaçait la fièvre  :“Et se plaçant au dessus d'elle, il menaça la fièvre, et celle-ci la quitta aussitôt”, Lc 4.39.  Jésus expulsait la maladie comme précédemment dans la synagogue l'esprit démoniaque; les maladies (causées par les bactéries, virus, microbes, parasites etc. et dans le cas présent par une forme possible de malaria, le village se trouvant sur les bords marécageux du lac) se retrouvaient à égalité avec les esprits mauvais.

33 Et toute la ville était assemblée à sa porte 34 et il les guérissait et ceux qui avaient des démons, il les expulsait d'eux, et il ne les laissait pas parler parce qu'ils le connaissaient; il guérit même beaucoup qui avaient des maux aux maladies variées et il expulsa de nombreux démons.
Seuil de la maison de Simon-Pierre
Maladies mentales et physiques n'étaient pas dissociées par Jésus, les unes et les autres n'étant pas indépendantes non plus des activités humaines.

35 - Et au matin encore sombre, il sortit et s'en alla vers le lieu désert et là il priait.
Avec l'article défini, Marc se référait à un lieu précis où Jésus devait se rendre habituellement. La région était peu peuplée, les villages dispersés et les abords du lac plutôt marécageux. Il pouvait trouver refuge sur les collines avoisinantes pour y prier à l'écart des foules.

38 Et il leur dit : Allons vers les villages proches et les villes afin que là, je proclame; en effet je sors pour cela. D05 1071 (A Γ f1 700 etc)
Jésus était sorti de la maison à l'aube (v35) pour prier dans un lieu désert. Il disait à ses disciples être sorti pour cela. Mais l'emploi du parfait ἐξελήλυθα, que l'on traduit par un présent, indiquerait une sortie habituelle et renouvelée, sinon intemporelle, là où le parallèle lucanien comporte :“j'ai été envoyé pour cela”, Lc 4.43. De fait il convient de comprendre “sortir [du sein du Père]”, comme équivalent de “être envoyé”.

41 Et se mettant en colère il étendit sa main, le toucha et lui dit : D05, It.
[ému de compassion]
Comment  comprendre la colère de Jésus ? Elle s'était manifestée lors de la guérison de l'homme à la main desséchée, alors que les pharisiens de la synagogue cherchaient à le perdre (Luc 6.10D05 ). Des raisons à cette colère se laissaient alors déceler ; dans le cas présent, l'attitude du lépreux, suite à sa guérison, pouvait déclencher cette colère car il refusa d'obéir à l'injonction de se montrer aux prêtres. Jésus l'aurait-il pressenti et répondu à contre-cœur à sa demande de guérison?
La tournure fut retouchée dans le texte courant par “ému de compassion”

44 Et il lui dit Vois! Ne dis rien mais va, montre toi au prêtre et offre pour ta purification ce qu'a prescrit Moïse en témoignage pour eux.
Le lépreux guéri devait offrir un sacrifice pour témoigner qu'il se soumettait à la Loi et témoigner que Jésus l'avait guéri. Le parallèle lucanien offre une lecture différente.