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Marie appelée Magdalène, Jeanne et Suzanne.
Marie Madeleine

 



Lac de Gennesareth
lac de tiberiade

 











Luc,  chapitre VIII, annotations



1 - Et il advint ensuite
La formule établit un lien entre le dernier épisode du chapitre VII et le premier du chapitre 8, un lien assuré par des femmes.

les Douze avec lui.
[les Douze joints à lui]
La préposition μετα,  implique un rapport de réciprocité. Jésus avait jusque là prêché seul; c’est alors qu’il initia les Douze et des femmes à la prédication, avant d’envoyer les Douze en mission (cf 9,1). Autres emplois significatifs de μετα, , 22:37, 24:29.


2 - Et certaines femmes qui étaient soignées d’esprits mauvais et de maladies, Marie l' appelée Magdalène, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne femme de Chouza intendant d'Hérode, Suzanne
Le premier verbe  au parfait indiquait le chemin de guérison et le second , au plus que parfait , une action pleinement réalisée et achevée; l’affaire appartenait au passé (Marie ayant été délivrée, les sept démons ne reviendraient plus). La préposition ἐκ en renfort du préfixe accolé au verbe est plus insistante que ἀπὸ. Les sept démons font penser aux sept plongées dans le Jourdain accomplies sur les conseils d'Élisée par le Syrien Naâman: il fut guéri de sa lèpre.
Marie la Magdalène était nommée à nouveau au matin de la résurrection et les éléments communs aux différents épisodes permettent de l'identifier avec l'intruse du repas chez Simon.

3 - Des femmes...qui aussi les assistaient des ressources d’elles.
Jésus évangélisait avec les Douze et des femmes; ces dernières tout en apportant  une aide  matérielle n’en étaient pas moins associées à la prédication. Luc était le seul à oser compter des femmes parmi les disciples tandis que les autres ne les mentionnèrent qu’à la croix et dans le jardin du tombeau.
Le pronom "d’elles" est un génitif, non un datif  "à elles". L’appartenance au génitif est la marque d’un bien possédé en propre dont la personne possédante a toute la jouissance; par contre le datif, parce qu’il marque la destination ne spécifie pas que ce bien soit déjà possédé. Les femmes n’avaient pas droit à l’héritage et la dot était donnée par l’époux au père de la fiancée; dans les familles aisées le père faisait don à sa fille d’un douaire pourqu’elle ne se retrouve pas dépourvue en cas de renvoi par son mari.
Aussi le génitif du codex Bezæ donne à entendre que les femmes assistaient la communauté de leur douaire, non des biens de leur époux, ce qui eût pu, sinon, prêter à confusion dans le cas de Johanna, l’épouse de l’intendant d’Hérode.
Cette appartenance au génitif se retrouve par exemple en 4,7: “elle sera tienne entièrement”.

4 -  Ceux [.] la ville marchant à sa rencontre.
Il manque une préposition commandant l'accusatif devant "la ville" et que le Latin a rendue par  ad, en direction de.
La préposition ἐπὶ est incluse dans le verbe et “marcher sur” est une expression lucanienne (Lc 22:40 ,45,52). L'auteur faisait allusion à une ville précise, qu'il évitait toutefois de nommer. L'insertion, dans la leçon commune de κατα a conduit à la suppression de l'article défini : de chaque ville.
Jésus était accompagné d'une foule quand vinrent à sa rencontre les habitants issus d'une certaine ville ou marchant en direction de cette ville. Il énonça alors la parabole du semeur. Le dernier lieu où il avait stationné était la ville de Naïn en bordure de la plaine de Yizréel. Il venait de la quitter et ceux qui s'avancèrent à sa rencontre habitaient peut-être les abords immédiats, comme les hauteurs de Nazareth.

5 - les oiseaux *[ du ciel].
L’ ajout du ciel , dans les autres mss, est maladroit  car Jésus se servait de l’image des volatiles picorant pour illustrer l’agir du démon.

10 - A vous il a été donné de connaître les mystères de la Royauté de Dieu
Les mystères, un terme évocateur des religions dites à mystères. Le terme est au pluriel comme en Matthieu: Marc l'a utilisé au singulier dans la mouvance Paulinienne (le terme se rencontre 20 fois dans les épîtres dont trois seulement au pluriel). Fréquent dans la littérature rabbinique, il désigne les secrets desseins de Dieu, cachés à la raison humaine et révélés à ceux à qui ils sont destinés.

12 - Ceux qui se sont mis à suivre  
[Ceux qui, ayant écouté...]
Le participe présent ἀκολουθοῦντες est suivi de ων ,  autre orthographe de oun = donc; mais ce n'est pas un terme lucanien et il ne s'intègre que mal dans la phrase . peut-être faut-il y voir l'abréviation de μετ' ἡμων = avec nous.
Car Jésus ne parlait pas de ceux qui avaient simplement écouté la parole, mais de disciples qui, après avoir suivi avec le groupe, manquaient d’être sauvés parce que, dans leur coeur , le diable -  celui qui divise - avait ôté la parole de Dieu. 
« afin qu'ayant cru ils ne soient pas sauvés ». 
 
Les traductions rencontrées  donnent à la conjonction ἵνα, un sens qu'elle n'a pas en Grec : de peur que. De peur qu'ils (ne) croient et (ne) soient sauvés. 
La leçon du codex Bezæ n'est pas illogique puisqu'elle cadre avec la fin du verset:
Ceux près du chemin, sont ceux  qui se sont mis à suivre ;  vient le diable et il enlève de leur coeur la parole, afin que , tout en ayant cru, ils ne soient pas sauvés.

En parlant à la foule, ce sont ses propres apôtres que Jésus avertissait, pensant peut-être à  Lévi  prompt à suivre mais qui , à ce qu'il semble, avait déjà déserté (cf 5:27-28).


13 - Or ceux sur le rocher [sont] ceux qui ...en temps d'épreuve se retirent
L’expression sur le rocher(πέτραν) fait penser à Pierre. qui au moment de l’épreuve se retira pour pleurer
.
Le choix de l'accusatif après la préposition ?π? est commandé par le verbe tomber sous-entendu depuis le v 6 et qui est un verbe de mouvement.

14 - ceux qui ayant écouté, et par des préoccupations de richesse et des plaisirs de la vie, en cheminant sont étouffés et ne parviennent pas à maturité.
[par des préoccupations et  la richesse...].
Apparemment Jésus ne s’élevait pas contre la richesse ou l’hédonisme mais contre leur préoccupation. La nuance qui se dégage du codex Bezæ  n’est pas aussi minime qu’il paraît à première vue.

17 - En effet il n'est rien de caché qui ne sera rendu visible, ni même de tenu secret; mais pour que cela soit connu et soit manifesté, 18 - regardez donc la manière dont vous écoutez !

Ces paroles clôturant la parabole du semeur concernent l'effet de la parole dans l'âme du disciple: rien n'y est caché ou tenu secret qui n'ait à être révélé. Mais y parvenir dépend de la manière dont l'enseignement a été écouté et reçu. Le disciple et invité à prendre du recul pour observer son propre comportement, de manière à ne pas se laisser déposséder de ce qui a été semé en lui.
L'enchaînement des phrases dans le codex Bezae offre un style moins habituel, mais  s'en dégage un sens plus dense. que dans la leçon retenue par le texte standard où le mode des verbes dans leur succession : 17 - En effet il n'est rien de caché qui ne deviendra visible, ou de tenu secret qui ne soit connu et soit manifesté. 18 - Regardez donc la manière dont vous écoutez !
Le premier verbe

18 - Celui qui n’a pas, lui sera ôté  même ce qu’il pense détenir.
Qui est sensé "ôter"?; ne serait-ce pas le démon? Au v. 12  c’était lui qui , à l’image des oiseaux picorant le grain semé, ôte la parole  du coeur.  La même image est reprise en 19, 22-26 à propos de l’intransigeance du tyran qui exploite autrui dans les affaires d’argent , ôtant  ce qu’il n’a pas déposé, et moissonnant ce qu’il n’a pas semé.



21 - La mère de moi et les frères de moi sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et agissent*.
L’article défini est requis grammaticalement par la présence du pronom personnel. Leur lacune dans une grande partie des manuscrits est le résultat d’une “harmonisation” avec Marc où ces termes parce qu’ils sont attributs ne demandent pas l’article, alors que c'est le cas ici. Le verbe faire est intransitif et signifie agir ou être efficace.
           - Les frères de Jésus dans le NT et les écrits patristiques
           - Le compagnon anonyme de Cléopas

22 Dans un des jours
cf Lc 5:17 et 22,1

24 - kurie, kurie! (Seigneur, seigneur ! )
C’est ainsi que les disciples appellaient le plus souvent  Jésus. ?π?στατα = chef que les autres manuscrits ont préféré ici et en 5,5, apparaît en d’autres endroits du codex Bezæ, 8,45, 9,33,49, 17,13.
?π?στατα  signifie soit maître, (maître d'eclaves) soit  "celui qui sait" pour avoir accès à la connaissance d'En-Haut; était qualifié ainsi le tuteur des divinités Dyonisos et Zeus et celui de Pythagore. Le correspondant hébreu serait l'Instructeur (Maskil), titre fréquent dans les écrits de Qumrân.

30 - Quel nom est à toi? ...Légion un nom à moi
L’ appartenance se dit soit au datif d’attribution être à,  soit au génitif de possession être de. Nuance subtile que Luc faisait résonner avec finesse. Si l’homme en question avait été investi par une armée de démons - légion un nom pour lui! -  il ne les avait pas faits siens pour autant.

33 les démons se précipitèrent dans les porcs; le troupeau se précipita alors de l'ecarpement dans le lac.
ὥρμησαν: aoriste, 3ème personne du pluriel alors qu'avec un sujet neutre pluriel est attendu un verbe au singulier (une règle qui n'est pas toujours suivie dans le codex Bezae). Pluriel encore dans la seconde phrase qui a pour sujet “le troupeau“ constitué de porcs considérés comme le sujet réel de l'action (un procédé similaire se rencontre avec “la foule” en 23:1).

36 - Comment fut sauvé le lion .
[pour comment fut sauvé le démoniaque]
Liôn, un mot intraduisible, à moins de le transcrire leôn , le lion. Le pauvre bougre devait rugir comme un lion. Le correcteur C proposait de lire  lêgaiôn  le traducteur Latin ayant transcrit le mot legio, la légion; Jésus serait-il venu sauver la légion de démons? C’était à y perdre son Latin !
Le verset 7 de l’évangile de Thomas  résonne en écho de manière inattendue à cette leçon du leôn:  “Jésus disait : Heureux le lion que l’homme mangera ; le lion deviendra homme. Malheureux l’homme que le lion mangera, l’homme deviendra lion.

41 - Et venant un homme de la synagogue, tombant  - lui un chef de la synagogue tombant ! - sous les pieds de Jésus.
[et non: Et voici vint un homme du nom de Jaïre, qui était chef de la synagogue, et tombant auprès des pieds de Jésus].
Luc s'exclamait devant ce chef de synagogue qui s’ humiliait devant Jésus; l'homme tombait de haut! Il tombait de tout son haut en public, jusqu'à se faire écraser par la foule! Dans la mesure où Jésus n’était pas bien vu de la synagogue (cf. 6,11 et 22 ), la démarche de cet homme était d’autant plus inattendue. Comme les mots synagogue  et tomber  étant répétés deux fois, on put croire  à une erreur ; aussi la première ligne fut  grattée et n'est qu'en partie lisible (cf Scrivener op.cit p. 436).
    Le Latin correspondant  comporte la leçon:  du nom de Jaïre ; elle ne se trouve ni en Mc 5,22 dans  le codex Bezæ (pas plus dans le Latin que dans le  Grec), ni en un quelconque manuscrit de Matthieu. Iaïr un nom biblique (Jg 10,3)  a été inséré tardivement dans l'épisode. Sa transcription Iairos renverrait à  l’araméen yâhir, signifiant hautain.Cette étymologie serait la raison de son insertion dans le texte; en effet son ajout trouve explication, mais pas sa suppression.

43 - Elle que pas un n’avait le courage de soigner.
[ayant dépensé tout son avoir en médecins ne put être soignée par personne],
Le verbe à l'imparfait indique une action dont les effets se ressentent encore. La maladie de cette femme rendait ceux qui l’approchaient impurs (cf Lv 15,25-27); on comprend qu’elle n’ait guère trouvé de médecin susceptible de l’approcher. Autant sa maladie l'avait amenée à se dissimuler, autant  sa guérison subite, fut rendue publique. La notification d’une partie des manuscrits donnant à entendre qu’elle avait dépensé son avoir en médecins, vient d’une harmonisation avec Mc 5,26. En ajoutant qu’elle n’avait pu être soignée par aucun, on détournait la problématique  des craintes liées au pur et à l'impur , pour incriminer les limites de la médecine et valoriser par ce fait l’acte guérisseur de Jésus.
   
47 - Et parce qu’elle avait été guérie immédiatement.
[et non: et comme elle avait été...]
L’adverbe paraxrêma, ici comme au v 44 soulignait la simultanéité entre l’attouchement du manteau et la guérison ; la femme, consciente du signe, venait, devant tout le peuple, rendre témoignage à Jésus, malgré son trouble.

48 - Fille
Parce qu’elle souffrait d’une perte de sang, cette femme n’avait pu se marier; raison pour laquelle Jésus l’appelait “fille” et non “femme”.

51 Sinon Pierre et Jean et Jacques
L’ordre des noms est toujours propice à révéler une information; quand le frère de Jean est présent, il est, en principe, nommé avant lui. Que Jacques soit nommé après, peut signifier que le Jacques en question n'était pas le frère de Jean mais un autre soit  l’Apôtre fils d’Alphée sinon le frère de Jude, celui à qui Jésus allait, en premier,  se montrer ressuscité (cf Lc 24:13). Il se pourrait en effet que ce  Jacques là, dit Jacob le juste, ait amené jusqu’à Jésus le chef de synagogue.

55 - Et revint son esprit et elle se leva aussitôt.
ὑπέστρεψεν (et non πέστρεψεν choisi dans les autres manuscrits et que Luc réservait habituellement au retournement intérieur, à la conversion.
Jésus ayant signifié que la jeune fille n’était pas morte mais qu’elle dormait , lui dit simplement “jeune fille réveille-toi” - avec l’impératif présent de la voie active; il l’appelait à reprendre ses  forces pour revenir du sommeiL Par contre au jeune homme de Naïn, il avait dit “sois réveillé” avec l’aoriste de la voie passive, (Luc 7:14): ce jeune homme mort n’avait plus le pouvoir de le faire de lui-même . Sinon Luc se serait servi du moyen-passif ?γε?ρου. L’adverbeπαραχρῆμα, soulignait pour la jeune fille, avec la simultanéité, la rapidité de la sortie du sommeil, tandis que le retour du jeune homme à la vie avait pu se faire avec une certaine lenteur.

56 - Il leur enjoignit de ne pas dire ce qui était arrivé
[ de ne dire à personne]
Il ne s’agissait pas de taire le miracle mais plutôt de protéger la jeune fille de l’étonnement de la foule. En comparaison la résurrection du jeune homme (ch 7) avait été publique; il était davantage en mesure de supporter l’étonnement de la foule.