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L'expérience "désertique"





Machéronte : la prison  de Jean dans le désert, vers laquelle Jésus se reportait en esprit
Macheronte, prison de Jean
















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Vue depuis le Mont Nebo
vue depuis le Nebo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


































 

Paracha et haftarah dans l'évangile de Luc : le calendrier liturgique et le ministère de Jésus

rouleau d'isaie
Rouleau d'Isaïe





Luc,  chapitre IV



Dans l' Esprit:
Esprit est écrit en toutes lettres à la différence de l'Esprit Saint qui est toujours  écrit en abrégé. C'est en esprit que Jésus était mené en désert. Le choix de la préposition "en" est à prendre en considération; elle indique un état et n'a pas la valeur instrumentale de upo choisie dans le parallèle de Matthieu(Mt 4,1).

Dans le désert: 
Dans une grande partie des manuscrits de Luc (notamment 1071 et 1424), comme en Matthieu (4,1), la préposition "en" fut corrigée en "eis" , de manière à respecter la grammaire qui veut la préposition "eis" après un verbe de mouvement (cf. Lc 4,14; 8,29). Cependant plusieurs exemples d'un verbe de mouvement suivi de la préposition "en",  peuvent être cités ( Lc 1,6, 78, 7,50D, 8,48D 22,27),  qui tous, ont la particularité de revêtir un sens figuré. Lorsque Paul utilise le verbe marcher au sens figuré, il le fait suivre de la préposition "en" et non  pas "eis". Selon Luc Jésus n'a pas débuté son ministère par une retraite de 40 jours, éloigné de tous mais par une épreuve qui marque tout son ministère.

L'auteur n'indiquait pas tant un mouvement du corps, que de l'âme, un retirement en soi-même dans le désert de l'esprit, où l'humain se confronte à sa solitude. Jésus, quoique plein d'Esprit Saint, se voyait confronté au vide ressenti dans l'esprit humain. Jean venait d'être incarcéré par Hérode et Jésus faisait l'expérience de la profondeur de la solitude humaine. Le récit des trois tentations, pourrait refléter l'expérience spirituelle à laquelle il fut confronté suite l'incarcération de Jean.

2 - Quarante jours éprouvé par le satan. Et il ne mangea rien en ces jours là , et ceux-là étant achevés *(finalement) il eut faim.

Quarante jours: Et que sont devenues les quarante nuits de la formule habituelle, et pourquoi Luc les a-t-il omises? Matthieu (Mt4,1) qui ne les avait pas oubliées rappelait ainsi l'Alliance du Sinaï où durant quarante jours et quarante nuits Moïse sans manger ni boire, intercéda pour le peuple (Dt 9,9,18, 25). Mais à suivre Nb 14,34, Ez 4,6, la valeur du chiffre quarante était considérée comme éminemment symbolique. Les quarante jours ne sont pas ici l'équivalent d'un temps compté d'un mois et dix jours, mais d'un état de combat spirituel (cf Gn 7,17, 1S17,16, Jon 3,4). Cela est confirmé par l'expression en ces jours là avec ekeinaiV , qui vient ensuite; elle évoque non l'alliance passée, mais les jours messianiques annoncés lors de la Nativité ( 2,1); en ces jours là, Jésus entrait dans le combat spirituel, et c'est dans la puissance de l'Esprit, qu'il gagna la Galilée (Lc 4,14).

Satan (et non le diable ): dénomination très lucanienne d'une personnalité à laquelle David et Job s'étaient déjà affrontés. Satan est l'accusateur, qui ira jusqu'à retourner contre l'autre l'accusation portée contre lui. Auteur du stratagème meurtrier tendu à Jésus (22,3), il l'était également de celui qui tenait Jean prisonnier.

Finalement : Cette insertion dans unepartie des manuscrits est une interpolation de Mt 4,2, pour qui Jésus après avoir jeûné longtemps, finalement fut tenté . En Luc Jésus fut éprouvé spirituellement durant le temps symbolique de quarante jours jusqu'à ressentir une faim de pain - matériel ou immatériel? Le pain, produit du grain semé en terre, (image de la parole de Dieu annoncée aux humains), est un leitmotiv de l'évangile.

3 - Si fils tu es de Dieu.

L'ordre des mots créé une séparation entre les termes fils et Dieu qui ne constituent pas un titre comme  en Lc 1, 34.

4 - Non sur le pain seul vivra l'humain, mais en toute parole[ ]de Dieu.
[non sur le pain seul vivra l'humain.]

La leçon longue de D05, partagée par  une grande partie des manuscrits est la leçon originelle à laquelle le texte standard a préféré le raccourci du codex Vaticanus.

Le pain seul.

Avec l'adjectif monos;  comme en Dt 8,3 (tant en hébreu qu'en grec), il n'y a pas l'adverbe "seulement", mais l'adjectif "seul" . Le pain seul ce serait la nourriture consommée sans l'action de grâce, la vie d'opulence dans l'oubli de Dieu.

Jean Baptiste avait dit au peuple: Dieu peut de ces pierres faire sortir des enfants à Abraham (Lc3,8). Jésus fut éprouvé par la foi même de Jean: allait-il transformer les coeurs de pierre qui tenaient Jean enfermé en coeurs de chair susceptibles de rendre grâces à Dieu? Jean venait d'être arrêté par Hérode Antipas et comment Jésus n'aurait-il pas été tourmenté par le désir de changer le coeur de ce geôlier?

5 - Sur une montagne très élevée.
[...]
Leçon partagée par une majorité de manuscrits; le superlatif "très élevée" est en D05 comme dans la série f13 , semble venir de Matthieu 4,8 où les tentations sont racontées comme un fait du réel.

du monde.
Ce terme interpolé de Matthieu 4,8 est moins recherché que celui d'oikoumenê , la terre habitée, plus souvent utilisé par Luc. Là ou Luc était intéressé par le sort des humains Matthieu était davantage attiré par les possessions terrestres. Le diable, le père du mensonge selon Gn 3 donnait à entendre devant Jésus que le monde habité lui avait été livré: un dangereux mensonge qu'il cherche toujours à répandre.
 

7 - Elle sera toute de toi.
Construite avec le verbe être, l'appartenance s'exprime soit au datif (être à ) et c'est la destination, soit au génitif lorsqu'il s'agit d'un bien possédé en titre (cf Lc 8,3) , sinon d'une possession faisant corps avec le possédant (cf Lc 12,20 et 18,16); le diable suggérait que l'univers habité devienne en quelque sorte, partie prenante du Christ. Ce choix du génitif accompagnant le verbe être est littéraire.

13 - Jusqu'à un temps;
Cette notion est imprécise; elle se substitue à kairou = une occasion, par laquelle s'établissait un rapport avec le v. 22,6 où eukairian était cette occasion propice de livrer Jésus, recherchée par Judas en qui était entré Satan.

*

    Le désert: une image?

1 - L'herméneutique d'Origène

 Venant d'Alexandrie , enseignant à Césarée dans la première moitié du IIIème siècle Origène pensait qu'il fallait anlyser les Évangiles en respectant plusieurs niveaux de lecture; il doutait notamment que les tentations de Jésus aient à être prises au sens littéral. Que l'épisode soit chez un seul, ou plusieurs évangélistes, n'était pas pour lui un critère déterminant d'historicité. Voici, en substance, ce qu'il conseillait:

"le lecteur parvient a des passages où il ne peut décider, sans plus d'investigations, si tel évènement considéré comme historique s'est vraiment produit ou non. Ou bien si tel commandement biblique doit être observé ou non. En conséquence, celui qui lit d'une manière appropriée, doit - par obéissance au commandement du Sauveur qui dit de scruter les Ecritures - analyser attentivement jusqu'où le sens littéral est vrai, à partir de quel moment il n'est plus possible de le suivre." Origène, premiers principes, 4-3-5.

Dans l'épisode des tentations devait-il imaginer Satan mettant sous les yeux de Jésus, avec tous les royaumes du monde , les peuples les plus éloignés, les Schythes, les Perses ou les Hindous?

"La sagesse Divine dans certains cas d'interruption du récit historique a fait en sorte d'insérer un nombre d'impossibilités et d'incongruités constituant pour le lecteur une barrière l'appelant à sonder le sens littéral et, pour l'avoir éliminé, à rechercher une autre voie ouvrant sur l'immense champ de la Sagesse divine" Origène, premiers principes, 4-2-9 (I).

Les commentateurs s'accordent à voir dans les tentations une métaphore du combat spirituel engagé entre Jésus et les forces du Mal tout en conservant l'idée que Jésus séjourna réellement quarante jours dans le désert après son baptême.

En écrivant ce récit que pensaient les évangélistes?

Est abordé ici le point de vue de Luc comme base de réflexion à partir de laquelle le lecteur peut lui-même établir des comparaisons avec Marc (1,12-13) et Matthieu (4,1 et sq).
En faisant le récit des tentations, Luc pensait-il que Jésus ait séjourné quarante jours dans le désert en se confrontant physiquement au diable? Sa phrase introductive détient des contradictions:
Jésus plein de l'Esprit Saint revint du Jourdain et il se rendait dans l'Esprit, dans le désert, quarante jours, éprouvé par Satan. Lc 4:1-2

Le Jourdain dessine une limite au-delà de laquelle les terres sont non seulement peu habitées mais désertiques; mais "revenant" du Jourdain Jésus s'éloignait donc du désert; pourquoi Luc a-t-il alors écrit qu'il se rendait dans le désert. S'il parlait de ces parties désertiques proches des villes de Galilée pourquoi n'a-t'il pas utilisé le terme au pluriel comme il l'a fait en 1:80 et 5:16 : Il se tenait retiré dans les déserts?
Parce qu'il était conscient d'écrire une métaphore. En effet, dans la phrase Il se rendait 1 dans le désert, il s'est servi de la préposition en = dans, alors qu'après un verbe de mouvement on attend la préposition eis (dans certains mss il y a même eu correction) . S'il a dérogé à la règle c'est parce qu'il utilisait le verbe au sens figuré, ce qu'il a fait à différentes reprises pour d'autres verbes de mouvement. Dans les Epîtres se rencontrent des verbes comme marcher ou tomber au sens figuré commandant la préposition en . Et comme le mot désert s' emploie aussi dans un sens figuré (Gal 4,27), Luc laissait penser à son lecteur que c'est dans la solitude du coeur que Jésus se retirait.

Ne disait-il pas que c'était dans l'Esprit que Jésus était conduit au désert? Défini par l'article il désignait ainsi l'Esprit Saint nommé dans la phrase précédente, mais sans répéter l'épithète saint, comme en 2:27 pour signifier, peut-être, l' union d' esprit à l'Esprit Saint. Dans cet esprit de prière Jésus se retirait quarante jours; or quarante est un chiffre symbolique, considéré comme tel par les auteurs bibliques eux-mêmes, et lié au combat spirituel. Sa faim n'intervenant qu'au terme des 40 jours c'est de faim spirituelle dont il était question. Sinon pourquoi attendre le 40 ème jour?
La mise en scène de l'aversaire, nommé le Satan dans le codex Bezæ, signale l'emprunt au livre de Job qui est une métaphore.

Ainsi la phrase introductive des tentations contient plusieurs termes à prendre au sens figuré (se rendre, désert, 40, faim, Satan). Luc était-il le créateur de l'image des trois tentations du Christ rapportées ensuite? Son souci d'historien, et le fait qu'il se soit abstenu de commenter les évènements à quelques exceptions près ( 23:12) suggèrent qu'il a emprunté cette allégorie à une tierce personne. Pourquoi l'a-t-il insérée après le Baptême dans le Jourdain et pas avant?

Jésus fut inévitablement éprouvé par l'arrestation de Jean Baptiste rapportée au moment du Baptême (Lc3,20); selon Flavius Josèphe, il fut incarcéré par Antipas dans la forteresse de Machéronte à l'Est de la Mer Morte, en plein désert (Lc4:20). L'insertion des tentations à ce moment précis a pu être motivée par cet évènement.

                   Il se retirait dans le désert: l'imparfait suggère une action renouvelée; Jésus devait se reporter souvent, par la pensée et la prière jusqu'à ce lieu désertique où Jean était détenu. Mais il n'a vraisemblablement pas commencé son ministère par 40 jours de solitude dans les sables du désert. Selon Lc 4:23, après son baptême et avant de se rendre à Nazareth, il était à Capharnaüm.

Dans la phrase qui vient ensuite on retrouve l'expression "en ces jours là" utilisée par Luc tout au long du ministère pour les grands moments de la vie de Jésus. Il ne mangea rien "en ces jours là". Cette expression se rattache aux jours messianiques annoncés par les prophètes et , à elle seule,  récapitule le ministère de Jésus; or c' est seulement quand ces jours là "furent tous accomplis" qu' il eut faim. La métaphore des tentations dépeindrait donc Jésus au terme de son ministère et non au début; deux mots rares des tentations se retrouvent en introduction de la Passion: "Satan" (entré en Judas) qui cherchait une "occasion" (de livrer Jésus: Lc 22:3 à comparer avec Lc 4:2 et 13). Ne serait-ce pas pour inviter à penser que les tentations de Jésus symbolisaient la Passion?

La première tentation porte sur le pain, un symbole particulièrement fort en Luc, et en particulier lors de la Cène juste avant la trahison et le reniement.

La seconde sur la gloire terrestre recherchée par les pouvoirs politiques que Jésus eût à affronter durant sa Passion. Depuis une haute montagne, le diable lui faisait voir les royaumes de la terre. C'est du Mont Nebo que Moïse regarda Canaan dans lequel allait entrer le peuple conduit par Josué.

La troisième sur une manifestation de lui-même depuis le pinacle du Temple et qui peut être mise en relation avec ce qu'il vécut devant le Sanhédrin (Lc 22,70).

Les Passions de Jean et de Jésus se trouvent ainsi reliées dans cette métaphore; or le rôle de la métaphore est de dépasser les contextes géographiques et temporels pour atteindre l'universel; l'image du combat spirituel livré par Jésus rejoint donc celui de toutes les générations.

Ainsi en insérant cette métaphore dans la continuité de son récit, sans rupture, Luc n'a pas manqué de la faire précéder de signaux indicateurs propres à avertir et interpeller son lecteur. Le lien avec l'arrestation de Jean permet de comprendre que Jésus ne vécut pas un retirement de caractère abstrait dans le tréfonds de son être, mais qu'il fut confronté dès le départ de son ministère à un vrai cataclysme dont l'issue fut la mort de Jean.

15 - Il enseignait dans les synagogues *[d'eux].
Cet ajout du pronom personnel, dans tous les autres manuscrits, tend à introduire une distance entre Jésus et le peuple juif, comme si les synagogues de Galilée n'avaient pas été aussi les siennes. Cette influence de Mt 4,23, correspond à une orientation progressive de la communauté des croyants, qui s'est accélérée après la chute du Temple.

16 -Venant alors à Nazareth - où il était *[ayant été élevé, et il entra] selon l'accoutumé *[à lui] dans le jour des Sabbats à la synagogue - et il se leva pour lire.
Le verset du codex de Bèze se passe des ajouts qui lui ont été faits, dès lors que la phrase centrale est considérée comme une apposition, selon un cas fréquent dans l'écriture de Luc. Dans le second membre de la phrase, la préposition eiV - qui suit ordinairement un verbe de mouvement - accompagne ici le participe venant.

Nazared avec une orthographe propre répercutée également dans le latin mais différente de celle de Lc 2,39.

L'accoutumé serait ici la discipline observée par Jésus, les habitants de Nazareth et tous les juifs pratiquants lorsqu'ils se rendaient à la synagogue.

Le jour des Sabbats (au même titre que les sabbats du Seigneur Lv 23,38) englobait non seulement chaque septième jour de la semaine (Ex 20,8), mais aussi l'ensemble des fêtes chômées (Lv 26,34-35), et des néoménies (Né10,34). A toutes ces dates, régulièrement le peuple se rassemblait à la synagogue. Par contre, la même expression, mais au singulier, le jour du sabbat (cf.6,7, 13,16, 14,5,) indique la seule journée du septième jour de la semaine; elle n'est pas dénuée d'une certaine emphase, l'accent portant sur la sainteté du moment. Qu'est-ce qui motivait ce pluriel le jour des Sabbats? Selon le calendrier de l'année 29, le premier jour du mois de nisan, début de l'année liturgique, tombait un dimanche (3 avril); la veille était un Sabbat et une demi fête de néoménie. Sur l'emploi du terme Sabbat, dans le vocabulaire de Luc se reporter aux notes sur Lc 4,31,6,1-2,18,12,24,1.

18 - "Je suis envoyé".
(Il m'a envoyé) 
Le texte lu par Jésus était en étroite correspondance avec l'année liturgique qui débutait au 1er nisan, car à cette date était commémoré l'anniversaire d'onction (celle des grands-prêtres issus d'Aaron, Ex 40,2-14 et des souverains, Talmud de Jérusalem, Roch ha-channa I,1); c'est à cela même que faisait allusion la prophétie d'Isaïe. En la lisant Jésus en actualisa les paroles, mettant à la première personne Je suis envoyé , ce qui dans le texte d'Isaïe était énoncé à la troisième, Il m'a envoyé (Is 61,1). Cette actualisation, allant de pair avec le départ de l'année liturgique, émut les assistants; avec la parole du v.21, elle expliquerait en partie leurs réactions d'étonnement ou de scepticisme. A la paracha de la semaine (lecture de la Torah), s'ajoutait à cette époque là, la lecture des prophètes (cf Ac 13,15 et 27), un usage qui n'a plus cours aujourd'hui, sinon certains sabbats.

Bibl.: Monshouwer D., The reading of the Prophet in the synagogue at Nazareth, dans Biblica, 1991, 72-1, p.90-99. Grelot P., Sur Isaïe XLI,la première consécration d'un grand-prêtre, dans Revue Biblique, 1990,3, p.414-31. S. Chabert d'Hyères, chronologie de la vie de Jésus en Luc, Ed Anne Sigier, 1998, p 30-34.

- Renvoyer les opprimés en liberté.

La formation du participe ferait pencher comme en Ac19,16 pour le verbe traumatizô = blesser, traumatiser; toutefois, le th au lieu du t attendu, pourrait forcer à maintenir le participe de thrauw = opprimer selon l'expression d' Is 58,6, et à considérer dans la forme présente une erreur de scribe. En effet la page comporte une inhabituelle accumulation d'erreurs de copiste, edasken au v.15, aptuxas au v17, puxas au v2
22 - Et ils disaient : n'est-il pas "Fils de Joseph" celui-ci?
Et ils disaient: fils n'est-il pas de Joseph celui-ci?]
Cette remarque des gens de la synagogue sur Jésus constituait une charnière à partir de laquelle le dialogue allait devenir houleux. Ils s’étonnaient que celui qui avait Joseph pour père, se soit élevé de son origine simple, à un rôle prophétique. Leur réflexion dénotait la surprise; mais était-elle pour autant chargée de dédain? Au vu de la réaction très vive de Jésus, il semblerait que oui.
    Concernant la filiation charnelle , fils  vient en principe après le nom paternel dans l’exemple “Jean de Zacharie le fils”  (3,2). Or Fils de Joseph , dans l’ordre gardé par le codex Bezæ peut s’entendre d’un titre ou d’une qualité à l’exemple des Fils d’Abraham (19,9) ou du Fils de David  (20,41). Les gens dans la synagogue connaissaient bien l’histoire de Joseph  ce fils de Jacob qui s’était élévé au-dessus de ses frères en leur annonçant qu’un jour ils s’inclineraient tous devant lui (Gn37,8-11). A travers cette interpellation Fils de Joseph  ne voulait-on pas dire à Jésus : pour qui te prends-tu? chercherais-tu à dominer sur nous? Jésus conscient de l’insinuation aurait alors parlé du prophète méprisé dans sa propre patrie. Suivait une réaction  très vive de la foule présente, prête à le précipiter du haut de la falaise. En l'emmenant à l'écart elle chercha à l'intimider.

"Fils de Joseph" était un des titres du Messie. Joseph “premier-né” de Rachel, endura la vengeance de ses frères mais il sortit victorieux de l'épreuve et la bénédiction prophétique de Jacob  lui donnait ses caractéristiques: "Joseph est un jeune taureau, un jeune taureau près d'une source...Les bénédictions des cieux d'en haut, les bénédictions des mamelles et du sein, les bénédictions de ton père l'ont emporté sur les bénédictions des montagnes antiques, sur les convoitises des collines d'antan. Qu'elles viennent sur la tête de Joseph, sur la chevelure du consacré (nazir) parmi ses frères" Gn 49,22-26. Une allusion à cette bénédiction est décelable dans l'interpellation qu'une femme lançait à Jésus depuis la foule: "heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés " Lc 11,27. Elle lui adressait la bénédiction même de Jacob à son fils Joseph. Également Dt33,17 "il est son taureau premier-né, honneur à lui!". Le "premier-né" devenait un attribut du Messie fils de Joseph. Luc spécifiait justement que Marie mit au monde, "son fils, le premier-né" (Lc 2,7).

Et c'est de ce Messie que le Prophète Zacharie disait: "Alors ils regarderont vers moi, celui qu'ils ont transpercé; ils célèbreront le deuil pour lui comme pour le fils unique. Ils le pleureront amèrement comme on pleure un premier-né." Za 12,10. En commentant ce verset, le Talmud s'interrogeait sur la cause du deuil et l'avis de R Dosa différait de celui d'autres Rabbins; l'un disait: "la raison est la mise à mort du Messie le Fils de Joseph" (Talmud Babli Soucca 52a en référence à Za 12:10).
Quand Pierre eût confessé à Jésus qu'il le pensait être le Messie, la réponse de Jésus à Pierre  venait comme une paraphrase de ces textes: "Il faut pour le Fils de l'homme souffrir et...être mis à mort".


amen, amen Le double amen sera un leitmotiv johannique, alors qu'il est unique dans cet évangile. Cette expression hébraïque se rencontre deux fois dans la Bible (Nb5,22 et Néh8,6); elle a été traduite dans la Septante par genoito, genoito); elle se rencontre aussi avec un vav intermédaire à la fin des psaumes, amen et amen, (Ps 41,14).

25 - Istrahl,
Istraël Une orthographe inhabituelle rencontrée une autre fois en 2,32; le latin s'en est fait l'écho ici et en d'autres versets (1,16,80, 2,25,32,34, 4,27). Voir également Mc 12,39, etc. Cette libre orthographe ne semblerait pas liée au sens.
29 L'escarpement de la montagne.
L'article avec raison précise le genre féminin du mot ofruV ; étrangement un correcteur (C) le mit au masculin en se basant semble-t-il sur l'ancêtre de la série f13 .
L'épisode serait une illustration de la troisième tentation du Christ quelques versets plus haut au début de ce chapitre. Un rapprochement a été fait avec les écrits rabbiniques traitant du bouc émissaire projeté dans le vide depuis un escarpement.

29 - A été construite. [avait été construite]
Le choix du parfait au lieu du plus que parfait, laisse entendre que l'auteur se référait à une ville qu'il se représentait au moment où il écrivait; cette ville était donc connue de lui.

  31- Capharnaum ville de Galilée [au bord de la mer dans les limites de Zabulon et de Nephtali].
Entre crochets, une  interpolation de Matthieu 4,13 qui, avec toute la tradition biblique qualifiait les eaux douces de Galilée, de mer , alors que Luc avec une exactitude de topographe, et à l'instar de Flavius Josèphe, parlait toujours du lac de Gennésareth.
-Et il les enseignait durant les sabbats
Sabbatois le datif pluriel de sabbata utilisé par la Septante, signifie en sabbat (cf. Lv 26,35, Ez 46,3... un calque de l'araméen dans sa forme emphatique). Luc, a toujours eu recours, quant à lui au datif singulier sabbatw, pour situer un événement se produisant en un sabbat quelconque, sans que l'heure, du soir ou du jour n'ait à être précisée (6,5,6,9.13,10D,14,15,14,1,3).

Comparativement sabbasin utilisé ici - datif pluriel de la troisième déclinaison - n'est pas une substitution de sabbatoiV rencontré dans la Septante; sa signification serait légèrement différente; elle serait précisée par le contexte, comme cela se laisse entrevoir en Lc 6,2. À partir de ce verset on entrait dans la période dite des sabbasin.

34 - Ναζορηνα?
Nazorinai
Selon une orthographe propre, là où les autres témoins comportent Nazarinè. Ce titre est suivi du qualificatif le saint de Dieu, qui dans le Ps 105,16, désigne Aaron , grand-prêtre consacré devant Dieu. Il se pourrait donc que Nazorinai retranscrive un substantif issu de la racine nazar, signifiant consacrer ; nazorinai désignerait alors Jésus comme le consacré, le nazir.

- Autre racine envisagée: natzar, qui dans son sens premier garder , est devenu un attribut divin , Dieu étant le Notzer d'Israël , son gardien (Jb7,20). Le second sens assiéger, enserrer, pourrait être envisagé ici, nazorenai dit par l'esprit impur pourrait-il se comprendre dans un jeu de mots : "tu m'enserres"?

- Autre racine envisagée, netzer, la branche, le rejeton, image du Messie selon Isaie 11:1

34 -Es-tu venu nous perdre ici?
Par son insertion dans la phrase, ici, se rapporte au pronom nous, relatif aux démons impurs. Ici, ou ce monde-ci à la différence du monde d'En-Haut.
35 -Et en l'ayant jeté à terre; le démon , au milieu, croâssant, enfin sortit de lui et sans (lui) avoir fait mal.
Une anomalie: les participes “jeté à terre” et “fait mal”, sont tous deux au masculin tandis que croâssant est au neutre comme le substantif démon. Ils n'auraient donc pas même sujet...
- Croâssant: Un hapax; le terme, plus fort que l'expression déjà insistante du v.33 revient au v.41, toujours pour les démons, mais sans le préfixe ana.

37 Et sortit le ouïe-dire à son sujet.
[ Et se répandit un bruit à son sujet]
38 -  La maison de Pierre et d'André
Que la maison ait été aussi celle d'André est une information présente aussi en Marc (Mc 1,29, avec une orthographe différente). Le verbe au pluriel qui fait suite, ils lui demandèrent, peut s'entendre de Pierre et André (plutôt que d'un "on" générique). Les deux frères étaient originaires de Capharnaüm (non de Bethsaïde comme l'entendait Jn 1,44), et la belle-mère de Pierre, la mère de sa femme, serait donc venue habiter chez eux.
41 - ils le savaient messie être
[Ils le savaient le Christ, lui, être]
Il n'y a pas d'article devant messie qui est un attribut et non un titre. Les puissances démoniaques qui disaient Jésus fils de Dieu, le qualifiaient d' "oint", tel un grand-prêtre (cf.v.34). À remarquer ici encore la position du verbe être en fin de phrase, gardée ainsi dans l'ensemble des manuscrits.

44 - Galilée.
C'est en Galilée et non en Judée que Jésus aurait continué à enseigner, et ce n'est que plus tard qu' il serait monté en Judée (7, 17).
Mais la chronologie du chapitre 4 pose un certain nombre de questions; inverser l'ordre des deux passages 4,31-44 et 4,16-30, est une solution qui permet d'y répondre en partie.
De même que les démons sortaient de leurs proies humaines, la rumeur sur Jésus sortait elle aussi. Peut-être est-ce pour éviter la répétition du verbe sortir et le parallèle avec les esprits impurs qu'il sembla utile de changer la phrase. Mais ce verset réitérant le v.14, il n'est pas certain que Luc ait considéré comme un fait totalement positif ces rumeurs.