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Siloé

 


La vigne et le figuier

La Moutarde



Le renard









  Luc, Chapitre XIII, Annotations



1 Or certains se trouvant là au même moment.
Au même moment
n'étant pas précédé de la préposition en, il s'en suit que ce devait être un moment précis, en correspondance avec la fin du chapitre précédent comme réaction de l'auditoire à ce que Jésus venait de dire sur l'adversaire.

4 - La tour de Siloé... les humains in-habitant Jérusalem.
[La tour dans Siloé...les humains habitant Jérusalem]
Le rédacteur du texte gardé par le codex de Bèze se représentait Siloé et sa tour non comme un quartier de ville ou un village, mais comme une édification en rapport avec les habitants demeurant à l'intérieur de la ville de Jérusalem; πύργος, la tour, s'entend d'une construction à usage de défense, et celle de Siloé, qui s'abattit sur 18 personnes, devait porter le nom de la situation qu'elle défendait. Les sources parallèles confirment ce point de vue puisque Siloé, en 2 Esdr 13,15 S (Néh 3,15), Is 8,6, Jn 9, 7 , n'est pas un nom propre mais la dénomination du système de canalisation amenant l'eau jusqu'à la porte de la Source en un point stratégique à l'intérieur des remparts. Flavius Josèphe distinguait la canalisation, "Siloé" (GJ V145, 252,410,505) de la limite représentée par le ravin qu'elle surplombait (GJ II340,V140,VI,363,401). Les modifications apportées au verset initial de Luc - la tour dans Siloé- semblent provenir de personnes qui se figuraient Siloé comme un village ou un quartier de Jérusalem, ce qui n'était pas tout à fait exact.
Bibliogr.: Devillers, Une piscine peut en cacher une autre, dans Revue Biblique, n°2, avril 99, p175-205.
L'emmarchement de la piscine de Siloé dont parlait Jean a été retrouvé en 2004 et mis à jour .

7 -Voici trois ans (se sont passés); depuis lors je viens...
[Voici trois ans que je viens].
L'homme de la parabole serait-il reparti bredouille trois années de suite sans se poser de questions? Le présent de durée introduit par “voici” se retrouve quelques versets plus loin (Lc13,11) comme aussi en Lc 15,29: voici tant d'années que je te sers. Mais avec la préposition ἀφ' οὗ , un  exemple se trouve en Lc 24,21: voici que le troisième jour passe depuis que ces choses ont eu lieu; . ἀφ' οὗ  se rapporte à ce qui lui fait suite (et non à ce qui le précède); 
Les trois années pouvaient relever de la réglementation sur les arbres. On ne cueille pas les fruits d'un arbre durant les trois premières années; c'est seulement la quatrième année après l'apparition du premier fruit que le propriétaire est en droit de procéder à la cueillette pour une offrande à Dieu; en la cinquième année il est en droit d'en manger. Le respect de cette loi assure d' une abondance croissante (Lv 19,23-25). Dans cette parabole, il semble que le propriétaire du figuier ait laissé passer les trois ans réglementaires, avant de venir cueillir; mais en la quatrième année il ne trouva rien; le fumier allait-il générer une production la cinquième année? En considération du respect de la Loi, Dieu n'allait-il pas enfin accorder du fruit à cet arbre stérile?

-Apporte la hache!
Le propriétaire de la vigne souhaitait couper le figuier stérile et faisait apporter la hache. Cette mention rappelle Jean Baptiste (3,9): "La hache vers la racine des arbres est appliquée; tout arbre ne produisant donc pas de bons fruits est coupé". Or le vigneron, plus longanime, proposait de renouveler l'expérience une année encore.

10 - Dans une des synagogues en sabbat.
Dans une des synagogues : Etait-ce d'une synagogue précise dont il était question ici? Peut-être celle de la ville de refuge désignée de la même manière en 5,12? Tibériade, chef-lieu de Galilée possédait une synagogue susceptible d'accueillir une foule nombreuse où se réunissaient les "premiers" de la ville (Flavius Josèphe, Vita, 37,69, 277,293). Luc préférait-il ne pas dire que Jésus s'y était rendu?
En Sabbat un datif singulier de la seconde déclinaison et non un pluriel de la troisième; ce jour de la semaine voyait la réunion hebdomadaire à la synagogue. L'époque n'était plus celle de la Pentecôte comme en 4,31 et 6,2

11 -Une femme était dans une infirmité d'esprit
[Une femme ayant un esprit d'infirmité].
Selon le codex de Bèze, la paralysie de cette femme venait d'une infirmité d'esprit, soit une déficience mentale, soit une maladie psychologique ; celle-ci aurait été provoquée par Satan 18 ans plus tôt comme l'indique le v.16. Pour la guérir Jésus ne procéda pas, comme dans les cas de possession par un esprit, à une expulsion (cf.4,33-35, 8,27-29, 9,42, 11,14); il lui imposa les mains (cf. 4,40-41); en conséquence de quoi la femme fut délivrée de son infirmité.
Par contre, la correction "un esprit d'infirmité", laissait entendre que la femme était habitée d'un esprit mauvais ou impur, un esprit autre que le sien; or il ne s'agissait pas d'un cas de possession; cette nouvelle formulation ne rendait pas compte de l'exacte situation de la femme.

12Femme tu es délivrée de ton infirmité.
La préposition qui vient en renfort du préfixe est dans le style lucanien. Ell n'est pas indispensable et son absence n'a pas d'effet sur le sens.
Le verbe à la voix passive est au parfait. Faut-il le lire dans sa valeur d'aspect comme un plein accomplissement, ou bien comme le résultat d'une action ancienne? C'est au parfait que Luc a transcrit ces verbes sensibles à travers lesquels Jésus disait l'oeuvre de Dieu: Tes péchés ont été remis (5,21; 7,47); il vous a été donné de connaître les mystères (8,10); vous avez été guéris (17,14 D05). Indiquait-il par ce moyen la perfection des actions divines (valeur d'aspect) ou bien projetait-il cette action dans le temps divin (valeur de temps)? Tous ces verbes étant transitifs, on sera enclin à considérer la valeur temporelle du parfait, dès l'aube de la création tout ayant été donné aux humains.

19Et elle devint arbre et les oiseaux du ciel se sont reposés sous ses rameaux.
[ et elle est devenue un grand arbre...dans ses branches]
Tableau réaliste, dans le codex Bezae,  de la parabole de la graine de moutarde ; celle-ci donne des arbustes qui n'atteignent certainement pas la taille d'un grand arbre. et dont les branches sont constituées de rameaux sous lesquels les oiseaux viennent chercher de l'ombre; ils ne sauraient se reposer parmi eux ou sur eux car ces rameaux sont souples et fragiles.
Que représente la graine de moutarde devenue arbuste: la parole qui fructifie dans le coeur? Que représentent les oiseaux: le monde de l'Invisible qui se rend présent à l'humanité?
 
20 - *** [ à nouveau il dit ].
Il n'y a pas dans le codex de Bèze cette phrase de séparation, car les paraboles s'enchaînent.

22Jérusalem
Le nom de la ville est ici dans son écriture courante à l'époque de Jésus, un calque de l'araméen adopté dès les livres de Daniel et d'Ezra. Par contre Hyérosolyma un neutre pluriel, choisi dans les autres manuscrits, est rare. En référence à Tb 1,4, serait caractérisé par ce vocable le Lieu choisi par Dieu pour les offrandes et les sacrifices, le Temple lui-même. Hyérosolyma ne se rencontre que deux fois en Luc dans le codex de Bèze (2,22 et 23,7). C'est dans ces deux circonstances là seulement qu'il y a notification d'un sacrifice: les tourterelles pour la purification de la femme accouchée, et l'agneau pascal. Deux autres orthographes du nom de la ville sainte, propres au codex de Bèze se lisent en Lc 23,28 et 24,13.

27 Je ne vous ai jamais vus; éloignez-vous de moi, tous ouvriers de la violation de la Loi.
La phrase est inspirée du Psaume 6,9, où ἀνομία, sans -Loi, rappelle la loi Mosaïque; Justin connaissait le verset sous cette forme. Dans un contexte héllénistique où l'on se distançait du judaïsme, cette référence n'étant plus souhaitée, lui fut préférée un terme plus générique,ἀδικία, injustice.

31Hérode cherche à te tuer.
[Hérode veut te tuer. ]
Hérode étudiait les moyens d'attenter à la personne de Jésus. Ce n'était pas seulement un désir abstrait mais le début d'un manoeuvre que Jésus dénoncera à mots couverts lors de la Cène (22,22). Hérode le meurtrier de Jean n'était pas, comme on le lit souvent, peu dangereux ou inoffensif. Jésus le comparait au renard dont la duplicité avait été illustrée par Esope dans ses fables; dans les livres bibliques le renard exprimait davantage la couardise (Neh 4:3; 2 Esdr 13:35 LXX; Ezek 13:4 ; Lam 5:18; 1 Enoch 89:10, 42-49, 55;Midrash Rabbah 2.15.1 ). Seul Luc a reconnu son rôle dans la crucifixion (Lc 23:12, Ac 4:27)
 
32Et je m'acquitte de guérisons aujourd'hui et demain, et au troisième (jour) je me consacre.
Les deux verbes sont au présent de la voix moyenne. τελειοῦμαι avec ses composés, est réservé dans le codex de Bèze à la personne de Jésus (cf.note sur 2,6 et21); ce verbe accompagne la consécration du grand-prêtre Aaron et de ses fils(LXX, Ex 29,9, Lv8,33);. La parole quelque peu obscure, prononcée par Jésus, pourrait être une allusion à la consécration sacerdotale du grand-prêtre). L'auteur de la Lettre aux Hébreux a développé cette thématique:

" Tout Fils qu'il était il apprit par ses souffrances l'obéissance et pour avoir été consacré, il devint pour tous ceux qui lui obéissent cause de salut éternel , ayant été proclamé par Dieu grand prêtre à la manière du Roi de Justice." He 4, 9-10
"Alors que la Loi établit grand-prêtres des hommes qui restent imparfaits, la parole du serment qui intervient après la Loi établit un Fils qui pour l'éternité a été consacré" He 7,28

Mais pourquoi Jésus aurait-il demandé de rapporter une telle parole à Antipas? 
Est-ce parce qu’il revêtirait Jésus d’un manteau éclatant (23:11), image du manteau sacerdotal?


33 -Seulement il me faut aujourd'hui et demain et le (jour) venant, marcher, parce qu'il n'est pas acceptable d' être conduit à sa perte - il se plaça face à l'extérieur de Jérusalem.
Phrase corrompue que le correcteur du texte n'a que très légèrement reprise: πρότην, a été rectifié par   l'insertion d' un sigma, πρό[σ]την, aoriste de προιστημι, se placer en face de (Ière ou  3ème personne du singulier).
L'impersonnel οὐκ ἐνδέχεται , il ne convient pas, commande un infinitif, ici ἀπολέσθαι : Il ne convient pas d'être conduit à sa perte. Selon cette lecture, Jésus ne souhaitait pas se laisser perdre sans réagir et dénonçait la machination d'Hérode. 
Venait alors une autre phrase, introduisant la lamentation de Jésus sur la ville; mais contrairement aux  habitudes elle n'était pas introduite par une particule (καὶ ou δὲ): il se plaça à l'extérieur de Jérusalem.  
Le lecteur, depuis le v.22 savait que Jésus se rendait à Jérusalem; Luc signalait à présent qu'il se trouvait aux abords de la ville (cf Lc 24,13).Les pharisiens avaient, juste auparavant,  prévenu Jésus de la menace d' Hérode. Mais où se trouvait-il à ce moment là? Le pouvoir du Tétrarque ne s'étendait pas au-delà des frontières de la Galilée; Jésus était-il en chemin ou bien déjà à Jérusalem? Car c'est sans transition qu'on le retrouvait aux abords de la ville.
Bibl: H.W Bartsch, Codex Bezae versus Codex Sinaïticus im Lukasevangzlium, Hilsesheil 1984 p128 n.1. Selon l'auteur il y aurait faute de copiste sinon du scribe auquel le  texte était dicté .

La transcription latine n'a pas suivi  le grec mais offre la leçon commune avec la forme prophetam : 
Seulement il me faut aujourd'hui et demain et le (jour) suivant, marcher, parce qu'il ne convient pas qu'un prophète soit perdu en dehors de Jérusalem - Jérusalem Jérusalem...
Etait proposée une nouvelle annonce de Jésus sur sa Passion : comme prophète, il ne pouvait se permettre de mourir en dehors de Jérusalem. Mais comme il n'y a aucun verset biblique auquel  rattacher cette nécessité, la phrase serait plutôt à prendre sur le ton de l'ironie: comment  mourrait-il en dehors de Jérusalem, la meurtrière des prophètes?   
 
35 - Voici que vous est laissée votre Maison déserte.
L'adjectif “déserte” serait-il un ajout en provenance de Matthieu? (cf Mt 23,38 et 24,15). La Maison bâtie par les hommes pour Dieu, c'était le Temple; les mots détenaient une allusion à la Présence divine dans le Saint des Saints, qui allait s'en retirer le laissant désert, ce que pourrait symboliser le déchirement du voile (Lc 23, 46). L'abandon du Temple, est un thème prophétique; avec Jérémie, l'annonce se faisait menace de destruction ( Jr12,7, 22,5). La désertification étant une conséquence de la ruine, on aurait considéré ce verset comme la première annonce de la destruction de Jérusalem. Or sans le terme désert, la phrase revêt un sens qui n'implique nullement la ruine. Jésus s'approchant de Jérusalem n'y serait pas entré (peut-être parce qu'Hérode s'y serait trouvé), et il se serait contenté d'annoncer son retour.

13:35 : Vous ne me verrez plus jusqu'à ce que revienne lorsque vous dites. "Béni le venant au nom du Seigneur".
[Vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous dites: "Béni le venant au nom du Seigneur"].
- Jésus parlait d'un moment habituel de la liturgie qui revenait périodiquement, celui où serait chanté "le venant dans le Nom du Seigneur", cette acclamation du Psaume 118(17),26 appartenait au Hallel, psalmodié lors des fêtes de pèlerinage, principalement à Pessa'h. A cette occasion en effet, entrant à Jérusalem sur un ânon, quelques mois plus tard, il allait être acclamé de cette salutation par ses disciples (19,38).
Le verbe ἤξει (futur de ἥκω) est pris dans le sens de “revenir”(et non point "venir"). En effet c'est le sens donné dans les quatre autres emplois de cet évangile (12,46, 13,29, 15,27, 19,43) à ce verbe absent des Actes. Jésus n'avait pas prononcé une prophétie eschatologique des temps derniers, mais une annonce de l'accueil qui allait lui être réservé lors de sa prochaine entrée à Jérusalem. Cela se passait après les fêtes d'automne (puique la transfiguration au ch.9 évoquait le Kipour avec la préparation des Tentes) et quelques mois avant Pessa'h. Les éléments nombreux qui rythment la chronologie lucanienne demandent à ne pas être intervertis. Ainsi entre cette annonce et le moment où il allait être acclamé roi, Jésus n'allait plus revenir à Jérusalem.