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Etienne et l'histoire d'Israël







Le discours d'Étienne

Bibliographie:



1- Le grand-prêtre dit alors à Stéphane : Est-ce que cela est bien ainsi? 
Le codex Cantabrigiensis est insisitant: le grand prêtre ne s'adressait pas aux accusateurs mais à Stéphane lui-même; cette précision servait à introduire sa réponse. Le long discours qui lui est prêté à ce moment là, n'est pas une réplique directe aux accusations pour lesquelles il avait été traduit devant le Conseil. On voit mal d'ailleurs comment le grand-prêtre l'aurait laissé parler aussi longtemps sans intervenir; jusqu'au v 55, le discours s'intègrerait mieux au chapitre précédent, prononcé dans la synagogue des Affranchis déclanchant des réactions vives. Stéphane y affirmait son appartenance à la lignée des Patriarches, mais dans une perspective Samaritaine, dont l'histoire biblique s'arrêtait avec l'entrée de Josué en Canaan et dont le temple n'était pas fait de mains humaines.
Cette homélie visait à manifester la fidélité  de Stéphane à la Torah et par voie de conséquences, les accusations portées contre lui devaient apparaître comme non fondées. La perspective chrétienne du récit est due aux remarques du rédacteur .
À ses yeux, Stéphane constituait l'antithèse de Paul, nommé alors Saul et qui comptait parmi les persécuteurs des Chrétiens attachés à la Torah.
Tout au long de ce chapitre, des retouches au texte initial - dont le codex Cantabrigiensis est un témoin - ont atteint des nuances qui relevaient de la tradition Samaritaine.

2Hommes frères et pères Ecoutez!
Hommes frères : une adresse à une assemblée d'hommes comme celle des discours de Pierre (Ac 2: 14,29,37 ). L'adresse aux “pères” est sur les lèvres de Paul en Ac 22:1 . Ce terme revient ensuite douze fois dans ce chapitre, dans l'expression "nos pères" qui tend à désigner les Douze patriarches fils de Jacob. [pour les personnages intervenant après Josué dans le codex Cantabrigiensis, l'expression devient "vos pères”]

Le Dieu de gloire
L'expression Jésus Christ notre Seigneur de la Gloire est en Jacques 2:1

4a - C'est là qu'il était après la mort de son père:
Qu'Abraham ait quitté Charran après la mort de son père est une déduction à laquelle conduit une analyse des versets bibliques faite notamment dans la tradition Samaritaine ou par Philon d'Alexandrie (De Migratione Abrahami).

4b cette terre en laquelle vous maintenant, vous demeurez et nos pères avant nous.
Le codex Cantabrigiensi insistait sur l'appartenance à la lignée d'Abraham de Stéphane qui ne se considérait pas comme un habitant de la Judée où ses pères, les Fils de Jacob, avaient demeuré.

6 - Quatre cents ans
Les Hébreux furent asservis 400 ans selon Gn 15:13, mais 430 ans selon Exode 12:40 et Gal 3:17 . Pour réconcilier ces deux mentions, la tradition Samaritaine et la LXX ont intégré à la seconde, des années en Canaan.

11 - Vint une famine sur toute l'Egypte.
La préposition ἐπὶ est suivie du génitif dans le codex Bezae, alors que l'accusatif choisi par la tradition Alexandrine pourrait inciter à lire "contre l'Egypte", puisque les fléaux étant considérés comme des châtiments divins. Même réflexion au v 27.

15 - Jacob y mourut  de même que nos pères;16 -et ils furent transférés à Sichem et déposés dans le tombeau acheté par Abraham à prix d'argent .
Après l'embaumement, Joseph montant d'Egypte, ensevelit le corps de son père Jacob à Macpelah auprès de Léah , d'Isaac et Rebecca, d'Abraham et Sarah (Gn 49.31; 50.13). Par contre le corps de Joseph fut transféré à Sichem dans le champ acheté par Jacob (Josué 24:32). Rien n'était dit de ses frères. Les propos de Stéphane donnaient à entendre que Jacob avait été enseveli avec ses fils à Sichem dans le tombeau d'Abraham; se recommandant de la tradition Samaritaine il donnait à ses Pères un même tombeau en Samarie.
Une tentative de retouche a fait disparaître le τε au verset précédent dans l'expression τε καὶ, de manière à séparer Jacob de "nos pères" , et faire d'eux l'unique sujet dans la phrase qui faisait suite :
“Jacob descendit en Egypte et lui-même mourut et nos pères,16 et ils furent déplacés à Sichem et déposés dans le tombeau”.

16b auprès des fils d'Emmor de Sichem
L'expression au génitif “Emmor de Sichem” s'entend du fils de Sichem. Or Emmor n'était pas le fils mais bien le père d'un certain Sichem selon Gn 33.19; “de Sichem” doit donc être compris ici comme “à Sichem”. Le Latin a lu "et Sichem".

17 Comme approchait le temps de la promesse que Dieu avait promise
La redondance promesse/promise fut retouchée dans la tradition Alexandrine par ὡμολόγησεν qui ailleurs en Luc, et dans le NT, est utilisé dans le sens "confesser", sens habituel dans le langage des tribunaux.

18 un roi qui n'avait pas souvenir de Joseph.
Avec "qui ne connaissait pas", la tradition Alexandrine s'est alignée sur la LXX, Ex 1:8

21 Exposé le long du fleuve...
L'ajout des derniers mots repris à la LXX, se justifie plus que leur suppression.

24 quelqu'un de sa race ...
La première expression reprend le v 19,
et le cacha dans le sable.
citation de Ex 2:12

26 et il les vit se mettre en tort
littéralement: il les vit commettre l'injustice; la justice , racine de quatre termes du paragraphe sur Moïse est mise en relief dans cette phrase du codex Cantabrigiensis. Paraissant faire double-emploi avec la précédente elle a été effacée de la tradition Alexandrine. Or elle exprimait l'interprétation et le jugement de valeur que Moïse donnait à la rixe entre ses frères qu'il avait eue sous les yeux.

27 Qui t'a établi chef et juge sur nous?
Suivie de l'accusatif la préposition “sur” revêt la nuance "contre". Dans la réitération de cette phrase au v 35 le rédacteur est revenu au génitif , s'alignant sur la Septante (Ex 2:14), suivie par la tradition Alexandrine.

29 Et Moïse s'exila
ἐφυγάδευσεν est un hapax dans le NT, fréquent dans les livres des Maccabées; intransitif , ce verbe signifie s'exiler; la contraction par ἔφυγεν , fuir,  qui est surtout une réponse à la peur, prive l'acte de son caractère politique.

31 Le Seigneur lui parla en disant...33 et une voix se fit entendre de lui...
Moïse eut du Seigneur une parole intérieure lui faisant connaître qui Il était.  Puis un ange apparut dans le buisson se manifestant aussi par la voix. Telle est l'interprétation de l'Exode qui se dégage du discours de Stéphane (cf v 35 et 38).
Les deux phrases ont été inversées dans la tradition Alexandrine qui a voulu correspondre à la LXX où la distinction entre la parole intérieure et la manifestaiton de l'ange sont moins distinctes.

34 J'entends les gémissements.
Parfait en D05 repris à la LXX Ex 3:7, contre un aoriste dans les autres mss.


41a En ces jours là.
En Luc l'expression renvoie aux jours messianiques (cf. note Lc 2,1 ou Ac 1/15); mais ici le peuple en regardant vers l'Egypte sacrifiait à son veau d'or. Loin étaient ces jours là, ces jours messianiques qui les avaient vus sortir d'Egypte (Ex 2,1). Cette expression ne servait plus qu'à donner au texte un style inspiré de la Septante.

41b ils détournèrent un sacrifice pour l'idole
Au lieu de ἀνήγαγον= faire monter, offrir, ἀπήγοντο = détourner, inscrit de la part de Stéphane un jugement de valeur sur la conduite des Israélites dans le désert ; ce jugement justifie l'attitude divine au verset suivant.

42 Dieu se tourna
ἀποστρέψω conviendrait mieux ici que στρέψω  qui signifie se tourner vers (cf Ac 13,46); dans l'évangile il est réservé à Jésus se tournant vers des personnes pour faire face, avec elles, aux évènements. C'est son sens dans le grec classique; par contre précédé du préfixe ἀπο, il signifie se détourner;  (cf v.39, en D seulement, où il est dit que les israélites détournaient leur coeur).

Le livre des prophètes: Les Samaritains ne reconnaissaient pas les livres prophétiques et Stéphane citait Amos sans mentionner son nom , se servant de ses prophéties contre le peuple de Jérusalem.

43 Aussi vous transporterai-je dans les dépendances de Babylone
La fin du v 42 et le verset 43 citent Amos 5:26-27 dont la prophétie - un peu vague- annonçait la déportation des Israélites "au-delà de Damas”. Stéphane l'amendait par conformité à l'Histoire, disant "dans les dépendances de Babylone”.
La tradition Alexandrine lui a préféré "au-delà de Babylone", reprenant l'adverbe rare, ἐπέκεινα au veset 27 d'Amos 5. Mais ce n'était plus conforme à l'Histoire car, si les Israélites furent déportés au-delà de Damas, ils n'allèrent pas plus loin que Babylone. Cette rectification incomplète de la citation introduisait une incohérence dans le discours.


45 les nations que Dieu chassa de devant vos pères, jusqu'aux jours de David.
Le pronom “vos” devant pères est considéré comme une dittographie, d'autant que le Latin suit ici la leçon commune avec "nos pères " . Néanmoins Stéphane était proche de la tradition Samaritaine qui ne reconnaisssait que les cinq livres de la Torah. Après Josué et le passage du Jourdain, les héros bibliques devenaient pour lui "vos pères" (cf v 51).

46 - David trouva grâce devant Dieu: il demanda de trouver un campement pour la maison de Jacob;
Cette leçon de D, B, א , p74 trouve explication dans un contexte Samaritain. Selon Stéphane, David avait trouvé grâce auprès de Dieu pour avoir établi durablement la "maison de Jacob" sur la terre de Canaan; l'ayant unifiée dans un vaste royaume, il en avait assuré la stabilité.
Le terme σκήνωμα , tentes ou campement, décrivait les territoires d'Issachar dans la bénédiction de Moïse sur les tribus d'Israël: “ Réjouis-toi, Zabulon, dans tes courses, Et toi, Issachar, dans tes tentes !”(Dt 33:18). Or les Samaritains vinrent occuper les territoires de cette tribu.
Dans le TA, le remplacement de la “maison de Jacob” par le “Dieu de Jacob” donnait à David, pour rôle, la construction du temple. Mais celle-ci fut accomplie par son successeur. Cette leçon qui n'explique pas pourquoi, aux yeux de Stéphane, David avait trouvé grâce auprès de Dieu, n'est donc pas originelle.

48 Mais le Très-Haut n'habite pas dans ce qui est fait de main d'homme.
Revendication Samaritaine à un sanctuaire issu directement de Dieu - comme la Jérusalem d'En Haut de l'Apocalypse. Salomon construisit pour Dieu un temple fait de mains humaines, tandis que les Samaritains dont le temple avait été détruit par Jean Hyrcan étaient dans l'attente de sa réédification (par Dieu?) sur le mont Garizim, autre site présumé de la Béthel biblique , où Jacob eut le songe d'une échelle menant à Dieu.
Le discours de Stéphane ne reprenait pas les prophéties de Jésus sur la destruction du Temple et de la ville de Jérusalem mais il se situait dans une perspective Samaritaine, si bien que les accusations portées contre lui au chapitre précédent paraissent non fondées: Nous l'avons en effet entendu dire que Jésus le Nazôréen lui-même détruira ce Lieu-ci et changera les coutumes que Moïse nous a transmises.(Ac6:14)
Marc (14:58) et Matthieu prêtèrent ces propos à ceux qui témoignèrent faussement contre Jésus.

51 De même que les pères, ainsi de vous
On attendrait le nominatif ὑμεῖς  et non le génitif ὑμῶν d'où la rectification dans la tradition Alexandrine par “de même que vos pères”, vous aussi. Stéphane ne parlait plus de ses pères mais de ceux de ses juges. Ses pères s'arrêtaient avec Josué aux personnages mentionnés dans la Torah (cf v 45)

55 Et Jésus, le Seigneur, debout à la droite de Dieu.
Le Seigneur est en apposition au nom de Jésus, ce qui est inhabituel, et le met en valeur.
Cette phrase est du rédacteur; elle visait à inscrire la confession d'Étienne dans une perspective plus nettement Chrétienne, puisque la vision d'Étienne rapportée ensuite,“je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu” rappelait le Psaume 109.1 et la vision de Daniel 7:13 ( (cf. Lc 20,42 et 22,69). Il lui avait paru nécessaire de préciser, à l'intention du lecteur, que ce Fils de l'homme, c'était Jésus.
Cependant le lecteur qui discerne ADONAÏ sous le nom Seigneur ne peut en même temps dire qu'il se tient à la droite de Dieu. On comprend donc que la tradition Alexandrine ait supprimé le titre "le Seigneur" dans ce verset .
Sur l'expression "le Seigneur Jésus Christ”ccf Ac 6:8

56 Et il dit: Voici, je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu.
Sur cette parole là, Stéphane fut expulsé du Temple pour être lapidé; en effet ce n'est pas contre la parole reprise au prophète Isaïe sur la fragilité du Temple, oeuvre de mains humaines, que les membres du Sanhédrin vociférèrent. Par contre le rappel des paroles de Jésus énoncées lors de sa comparution devant eux leur était insupportable (cf Lc 22,68-70); L'émotion provoquée par ce rappel sur l'identité de Jésus fut si forte qu'ils firent lyncher Stéphane; il n'y avait pas eu de jugement et la garde romaine cantonnée dans l'Antonia n'intervint pas comme elle le fit pour Paul quelques années plus tard.