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Le Diacre Etienne






Bibliographie:

J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume 2 Library of New Testament Studies-LNTS 302


6,1 Il y eut un murmure des Héllenistes envers les Hébreux parce qu'étaient regardées avec comparaison dans le service quotidien leurs veuves dans le service des Hébreux...6,3 dénombrez des hommes que nous établirons sur ce service.

Si θεωρέω signifie contempler, le verbe rare παραθεωρέω, a une conotation lui aussi positive; il signifie prendre en compte, estimer, comparer. Le latin correspondant (codex Bezae, d, et Mae), est “discupiuntur” désirer grandement, convoiter . Ce sont les femmes qui assumaient le service (cf Lc 8:3 et 10:37) Or des veuves d'hommes de langue grecque, qui assuraient le service des tables auprès des hommes de langue hébraïque étaient regardées par eux d'une manière qui provoqua la plainte des Hellénistes; en effet ces femmes étaient fort convoitées pour leur beauté et leur liberté d'action. Elles étaient convoitées non seulement pour elle-mêmes mais pour l'héritage qui devait revenir à leur tuteur ou à leur nouvel époux. Si Luc a fait mention de la pauvreté de la veuve (Lc 21,2), il a aussi montré qu'elle constituait une proie (Lc 18:3 et 21:47). Cette convoitise des femmes de langue et de culture grecque est confirmée par un propos de Clément d'Alexandrie sur le diacre Nicolas (cf v 5).

C'est pourquoi sept hommes, portant chacun un nom grec - et dont la bonne réputation avait pu être confirmée - furent choisis pour mettre de l'ordre dans la "diakonie". Ces sept diacres n'allaient pas servir eux mêmes aux tables, un travail de femme, mais gouverner l'intendance : " des hommes que nous établirons sur cette nécessité ". Auparavant, Matthias avait pris la relève de Judas qui avait reçu du sort son affectation à la diakonie du groupe, c'est-à-dire l intendance et la gestion (Ac 1,17 et 26). Le nombre des disciples croissant, la communauté en s'instituant, favorisa le don des propriétés; la gestion ne pouvant plus être assumée par un seul, elle fut confiée à des diacres. Le choix des Douze s'était porté sur des Juifs hellénistes issus de la Diaspora et dont les conditions de vie tant économiques que sociales étaient meilleures que les leurs. En effet Barnabé qui venait de Chypre avait été le premier à faire don d'un domaine.

Ainsi le rédacteur à d'infimes détails gardés par le codex Cantabrigiensis a su faire percevoir l'enjeu réel de l'institution des sept diacres.
Or le récit prit une toute autre tournure avec la disparition du membre de phrase "au service des hébreux“ sous leprétexte qu'il constituait une redondance; un sens nouveau fut alors conféré à παραθεωρεω donnant à entendre que des veuves étaient “négligées” ou lésées dans la distribution des repas... comme si la plainte de quelques femmes avait pu être entendue.
Les auteurs nommés dans la bibliographie (ci-dessus) ont opté pour une traduction non littérale alignée sur le sens du texte alexandrin:
" Leurs veuves étaient négligées dans le service quotidien, le service qui était administré par les Hébreux".

6,2 Les Douze
La décision de faire appel à des diacres était collégiale et ne venait apparemment pas de l'initiative de Pierre. Elle instaurait une hiérarchie au sein de la communauté, tout en gardant une certaine fidélité aux paroles de Jésus: «Moi en effet, au milieu de vous je suis venu, non comme l'attablé, mais comme celui qui sert. Aussi vous, croissez dans mon service comme celui qui sert» Lc 22,27 Le terme διακονίᾳ , le service revient à quatre reprises dans chacun des épisodes. Au service des tables les Douze comparaient ou opposaient le service de la Parole. Cette décision intervint après le difficile évènement qui provoqua la mort d'Ananie et de Saphire, effrayant les disciples (Ac 5,1 et sq).

6,3 Qu'en est-il donc frères? dénombrez parmi ceux d'entre vous
La phrase interrogative s'intègre mal au discours; elle a disparu du TA, de même que le pronom αὐτῶν.

6,5 Nik[an]or
Nikor n'est pas un nom connu alors que Nikanor, ou l'homme victorieux , était fréquent. C'était le nom donné à la porte qui séparait le parvi des femmes de celui des hommes dans le temple de Jérusalem. Tous étaient Juifs sauf Nikolas, le dernier à être nommé: il était prosélyte originaire d'Antioche. Stéphane était particulièrement honoré pour sa foi et son abandon à l'Esprit Saint - probablement parce qu'il allait être le premier martyr - et son discours entier allait être retransmis au chapitre suivant bien qu'à travers lui soit plus sensible une spiritualité Samaritaine que Chrétienne.

Nicolas

"En ce temps-là, naquit aussi l'hérésie dite des Nicolaïtes, qui dura très peu et dont fait
mention également l'Apocalypse de Jean. Ces hérétiques prétendaient que Nicolas
était un des diacres, compagnons d'Etienne, choisis par les Apôtres pour le service
des indigents. Du moins, Clément d'Alexandrie, dans le troisième Stromate, raconte
en propres termes ceci à son sujet :" Il avait, dit-on, une femme dans la fleur de l'âge. Après l'ascension du Sauveur, lesapôtres lui reprochèrent d'être jaloux : alors il conduisit sa femme au milieu (de l'assemblée) et l'abandonna à qui voudrait l'épouser. On dit que cette action étaitconforme à la formule : il faut faire peu de cas de la chair.
Et lorsqu'ils imitent son action et ses paroles simplement et sans examen, ceux qui suivent son hérésie se prostituent d'une manière honteuse. Pour moi, je sais par ouï-dire que Nicolas ne connut jamais d'autre femme que celle qu'il avait épousée et que, de ses enfants, les filles vieillirent dans la virginité, le fils demeura chaste. Les choses étant ainsi,
l'abandon, au milieu des apôtres, de sa femme qui était un objet de jalousie, était un
renoncement à la passion, et la continence à l'égard des plaisirs recherchés avec le
plus d'empressement enseignait à faire peu de cas de la chair. Il ne voulait pas, en
effet, à ce que je pense, conformément au commandement du Sauveur, servir deux
maîtres, le plaisir et le Seigneur.” Eusèbe, HE I,IV,19

6,6 Ceux-ci furent placés devant les Apôtres qui en priant leur imposèrent les mains.
ἐστάθησαν , ils furent placés, ils furent présentés, un passif , donne à entendre que les sept diacres furent présentés aux Apôtres et placés devant eux de manière à marquer le rang hiérarchique. Les Douze leurs imposèrent alors les mains, un acte accompli pour la première fois comme un geste d'institution. Il était accompli par les Pharisiens lors de l'institution des Rabbins.

6,7 Et la parole du Seigneur progressait
La parole du Seigneur , soit l'enseignement de la bonne nouvelle apportée par Jésus.
D est appuyé ici par E,Ψ . Une affirmation neuve qui identifie la parole du Seigneur Jésus Chris) à celle de Dieu évoquée par Pierre au v 2. Elle a son parallèle en Luc 10:39 D où “Marie aux pieds du Seigneur écoutait la Parole“.
La leçon standard avec la parole de Dieu, qui paraît en retrait , est due peut-être à une erreur, les "nomina sacra" étant écrits en abrégé Θυ et Κυ . A moins que la difficulté de lecture rencontrée au chapitre suivant, 7:55, ait incité les copistes à effacer le titre "le Seigneur"  donné à Jésus.

Une foule nombreuse de prêtres obeissait à la foi.
Unique mention de la présence de prêtres au sein de la communauté des croyants. Le rédacteur la mettait en relation avec la progression de la parole du Seigneur.
Ensuite la présence des prêtres est à entrevoir sosu l'appellation "les Anciens”.

6,8 A travers le Nom, Seigneur Jésus Christ
La préposition διὰ commande le génitif ; “Seigneur Jésus Christ” , sans article, est en apposition au “Nom”.
Par l' ajout de l'article devant Seigneur, des copistes (mss 88,1270, 614, etc) ont retrouvé la tournure habituelle , "à travers le nom du Seigneur Jésus Christ” qui se lit en 2:21D, 2:38D, 8:16.
Dans cette leçon du codex Cantabrigiensis “le Nom” et “Seigneur” peuvent être compris l'un et l'autre comme substitut du tétragramme YHWH; à moins que "le Nom" ne soit, pour le rédacteur, une abréviation du “Nom du Messie” qui, selon la spiritualité Juive, était dans la pensée de la création avant que le monde ne fut créé. À nouveau le sens du nom Seigneur se pose au chapitre suivant (7:55).
Le Nom Seigneur Jésus Christ dans les Actes des Apôtres

6,10,ils n'étaient capables de s'opposer ni à la sagesse qui était en lui ni à l'Esprit Saint par qui il parlait, se trouvant réfutés par lui avec beaucoup de liberté. N'étant pas à même de regarder la vérité en face, ils soudoyèrent des hommes...
Cette phrase additionnelle n'est pas propre au codex Bezae (cf notamment E h t w mae syhmg). Elle met sur un même plan la sagesse habitant Etienne et l'Esprit Saint .
 
6,15 le visage d'un ange, se tenant au milieu d'eux.
Stéphane était présenté comme plein de foi et d'Esprit Saint (v.6), de grâce et de puissance (v.8) de sagesse (v.10) avec ce visage d'ange. Aucun autre disciple ne recevra de qualificatifs semblables de la part de l'évangéliste. Il l'élevait au niveau de Moïse et d'Elie, ces deux envoyés (anges) de Dieu dont il faisait l'apologie dans son discours. Somme toute, au milieu du Sanhédrin, Étienne manifestait la présence divine. Même expression en Luc 24:39, à l'aoriste cette fois, quand Jésus se tint au milieu des Onze: αὐτὸς ἐστάθη ἐν μέσῳ αὐτῶν. Cette fin de la phrase a pu être retirée dans le TA car elle paraisssait superflue.