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Récit de la conversion de Saul






Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume 4 (en opréparation) Library of New Testament Studies-LNTS

, E Barde : Commentaire en ligne




Paul à Jérusalem devant ses frères et pères


22,2 En entendant qu'en dialecte hébraïque, il s'adressait à eux
Le dialecte hébraïque était bien de l'Hébreu et non de l'Araméen. Sinon Luc eût utilisé l'expression de la Septante, la langue syrienne. L'hébreu est la langue d'un document sur 6 dans les mnuscrits de la Mer Morte qui ne sont pas des écrits bibliques.    cf dialecte hébraïque
22,3 aux pieds de Gamaliel instruit dans la rigueur .
Instruit est à l'aoriste - et non au parfait comme le participe précédent "élevé" - d'où la correction faite dans le texte alexandrin avec une harmonisation des temps au parfait.
Le nom du Rabbin favorable aux Chrétiens refait ici son entrée. Si Paul  avait été réellement à son écoute, se laissant pleinement instruire par lui, il n'aurait pas été le farouche persécuteur de ces mêmes Chrétiens. D'où le recul de Luc qui préféra l'aoriste au parfait.
Paul adaptait son discours à son auditoire Juif de Jérusalem : de même qu'Ananias au v12 était présenté par lui comme un Juif des plus observants, il faisait apparaître Gamaliel sous le même jour.

22,5 Comme le grand-prêtre m'en sera témoin ainsi que tout le collège des anciens;
Le futur attesté seulement en D ne sonne pas de manière harmonieuse; mais il n'est pas "impossible". Cette leçon disait l'attente de Paul d'être conduit devant eux, de manière à imiter le Christ. Des membres du collège devaient être dans la foule puisque Paul s'adressait à eux par ces mots "frères et pères".

Ayant reçu d'auprès d'eux des ordres écrits, d'auprès des frères.
Avec la préposition παρὰ, [au lieu de la proposition πρὸς], “d'auprès des frères” se trouve être en apposition à "d'auprès d'eux". Les frères ce sont donc les frères de sang auxquels Paul s'adressait .
Avec la préposition πρὸς du texte alexandrin, étaient considérés les frères chrétiens que Paul allait arrêter.

22,6 .resplendit autour de moi une lumière intense
La leçon du codex Bezae avec περιεστράψα με "je me retournai" ne convient pas et semble fautive. La lecture du texte alexandrin, est celle des parallèlles avec περιαστράψαι : une lumière reslendit autour de moi

22,7  Σαῦλε , Σαῦλε
conversion de Paul , chemin de Damas
C'est le vocatif du nom Σαῦλος (Act 8:1). Par contre le texte alexandrin avec Σαούλ a repris le nom tel qu'il était orthographié dans la Septante et qui est le calque de l'Hébreu (cf 1S 9,2) puisque la voix s'adressait à Paul en dialecte hébraïque et que celui-ci n'a pas de déclinaisons. Selon le codex Bezae, Luc n'avait pas cherché à restituer l'hébreu, mais il avait traduit en bon grec les paroles divines. Le traducteur a conservé en Latin le vocatif du Grec, au lieu de traduire par le vocatif Latin Saulus.
L'appel du nom deux fois de suite et sur un rythme rapide est un critère de l'appel divin.
 
Peinture de Carmen Valverde

22,8 Je su[is] Jésus le Nazoréen que tu persécutes.

ὁ Ναζοραῖος avec un o court se rapproche de nazir, le consacré à Dieu, nommé Ναζορηναί en Luc 4,34D, (Ναζωραῖος en Luc 24:19D). Dans les parallèles des chapitres 9,4 et 26,14 (malheureusement lacunaires dans le codex Bezae), le qualificatif Nazôréen n'est pas exprimé (sinon dans les manuscrits où une harmonie entre les différents récits avait été recherchée des copistes. Pourquoi cet ajout ici? Pourquoi était-ce à ses frères Juifs que Paul présentait Jésus comme le Nazoréen?
Que ce qualificatif ait revêtu un caractère messianique, était-ce suffisant pour justifier un ajout à une parole de caractère divin?
L'expression ἐγώ εἰμι“Je suis” en Luc 22,70 recouvre l'Hébreu “Ani Hu” qui signifie littéralement "Moi Lui". Avec Moi Lui Jésus le Nazôréen, l 'accent de la phrase se trouvait déporté sur le qualificatif messianique, faisant oublier "Ani Hu". Paul aurait ainsi procédé à un ajout de caractère diplomatique.
Sur le manuscrit, la lacune des deux dernière lettres de ἐγώ εἰ[μι] n'est peut-être pas involontaire. Elle participerait du caractère sacré conféré à l'expression ; c'était le principe des "Nomina Sacra" que les copistes n'écrivaient pas en toutes lettres, se contentant d'abréviations comme IHS, XRS etc . Le caractère intentionnel de cette abbréviation trouve confirmation au v 27 ci-dessous.
22,9 Or ceux qui étaient avec moi virent bien la lumière, et furent effrayés. Cependant ils n'entendirent pas la voix de celui qui me parlait.
L'effroi des hommes est retenu dans une grand nombre de mss comme dans les deux parallèles d' Actes 9:4 et 26:14 où ils sont cloués à terre. Il y a contradiction néanmoins avec le premier où il est dit que les hommes entendirent la voix mais ne virent rien. Mais selon Ac 9:27, ce premier récit était fait par Barnabé qui pouvait penser que Paul avait eu une apparition de Jésus, car c'est elle qui  habilite l'Apôtre en témoin du Christ  (cf 1 Co 15:7). Mais selon les récits mêmes de Paul, il n'est pas dit qu'il vit Jésus à ce moment là, mais qu'il entendit sa voix. La vision du Christ lui fut réservée pour un autre moment, en un autre lieu (cf v 22,18).
Comme lui, les hommes avaient été surpris et effrayés par l'irruption de la lumière. Mais ils n'avaient ni vu Jésus, ni entendu sa voix.

22,11 Comme je me relevai je ne voyais rien.
La Latin qui offre ut autem surrexi reprend Acts 9:8 : surrexit autem Saulus.

22,12 Or, un certain Ananias, homme pieux.
Les copistes ont hésité entre εὐλαβὴς de Luc 2:25 et son synonyme εὐσεβὴς.
Le premier, est plus marqué par la crainte et correspond donc au latin timoratus. Paul présentait Ananias comme un fidèle des fidèles du Judaïsme ainsi que le montre le verset suivant.

22,14 et Il me dit: Le Dieu de nos pères t'a destiné à connaître sa volonté, à voir le Juste, et à entendre les paroles de sa bouche; .
Des paroles qui ne sont dans aucun des deux autres récits, puisqu'elles sont adaptées à l'auditoire Juif de Jérusalem. Le Juste est à prendre dans le sens biblique du terme.

22,16 - Et maintenant, qu'attends-tu? Lève-toi, sois baptisé, et lavé de tes péchés,
en invoquant son nom.
Son nom: soit celui du Juste soit celui de Dieu au v 14.

22,17 Or il advint, de retour à Jérusalem, comme je priais dans le temple, que je fus ravi en extase.
De quel moment s'agissait-il, puisque Paul se rendit à Jérusalem à de nombreuses reprises? Vraisemblablement lors de son premier retour, lorsqu'il fut présenté par Barnabé aux Apôtres (Ac 9,27). C'était trois ans après sa conversion (Gal 1,18), en 36/37. Il ne put y rester longtemps et dut être protégé par les frères avant d'être reconduit à Tarse.

22,18a et je le vis me disant:
Paul n'avait, jusque là, qu'entendu la voix du Juste. La révélation de sa face lui fut réservée pour le moment où il entrerait dans le temple. Cette apparition du ressuscité allait l'habiliter auprès des Apôtres comme témoin.
Paul avait jusque là tenu un discours que les Juifs de Jérusalem pouvaient entendre. Mais en rapportant qu“'il l' avait vu”, n'allait-il pas les déchaîner? S'ils ne réagirent qu' à la phrase du v 21, celle-ci ne leur avait probablement pas échappée.
22,18b“Hâte-toi, et sors promptement de Jérusalem, parce qu'ils ne recevront pas mon témoignage”.
‘Mon témoignage”, soit les paroles dites par le Christ lui-même lorsque Paul était sur le chemin de Damas “Je Suis Jésus la Nazoréen que tu persécutes”, cf v 8.
Soit le témoignage que Paul voulait rendre au nom du Christ.
“Ton témoignage à mon sujet” selon le texte alexandrin.

22,20 et que, lorsque fut répandu le sang d'Étienne martyr, j'étais présent et consentant.
Première occurrence du terme martyr comme titre; le martyr, c'est celui qui porte témoignage jusqu'à la mort (cf Ap 2:13). Il n'est pa suivi du pronom "ton"; celui-ci fut ajouté dans le texte alexandrin que les traducteurs ont rendu par "ton témoin Étienne", ce qui n'a pa la même force. Luc se faisait l'écho de termes qui commençaient à prendre un sens nouveau dans la communauté des croyants.

22,21 Alors il me dit: Va, parce que moi vers des nations au loin je te députe.
Le présent est attesté par plusieurs manuscrits autres que D.
Paul, apparemment, ne s'était pas intéressé aux païens avant son retour de Tarse vers 40, soit près de trois ans après sa vision. C'est pourquoi fut préféré le futur "je t'enverrai" dans le texte alexandrin.

22,23 -  ils lançaient de la poussière contre le ciel.
Les Jérusalémites arrachaient leurs vêtements pour attester que Paul était un blasphémateur. Le geste de secouer la poussière de leurs sandales en témoignage contre Paul fut interprété par Luc comme un acte qui se retournait “contre” le ciel, une traduction qu'autorise l'accusatif qui suit la préposition εἰς.
"En l'air" selon le texte alexandrin.

22,27 Alors s'avançant, le tribun, l'interrogea: dis moi, tu es Romain toi?  Il dit alors: "suis".
À la question sur son identité, c'est en Grec que Paul répondit au tribun; en effet pour obtenir l'autorisation de donner son discours, il s'était adressé à lui dans cette langue (Actes 21,37).  Comme ils se parlaient à nouveau, la réponse de Paul fut : [ἐγώ] εἰμι qui signifie "[je] suis" selon une formule courante, cependant sensible puisque dans la Septante elle recouvre l'expression “Ani Hu” qui est un substitut du Nom divin, et qui fut reprise par Jésus lors de sa comparution devant le Sanhédrin (Luc 22,70b).

Le codex Bezae est seul a présenter cette leçon puisque le texte alexandrin lui a substitué Ναί qui signifie "oui"; ce qui est loin d'être anodin. Il faut noter que le pronom ἐγώ fait curieusement défaut, mais serait-ce involontaire?
Paul tout au long de sa montée à Jérusalem avait cherché à imiter Jésus. Toutefois il n'allait pas jusqu'à s'identifier à lui en reprenant sa réponse au Sanhédrin ἐγώ εἰμι telle qu'il avait pu la lire dans le texte de Luc; d'ailleurs c'était la traduction de la parole de révélation qu'il avait lui-même reçue en Hébreu sur le chemin de Damas   et qui en Grec devenait ἐγώ εἰ[μι] Ἰησοῦς ὁ Ναζωραῖος (Act 22,8).
Luc a respecté la réponse de Paul jusque dans son aspect tronqué.
Ce même ἐγώ εἰμι  n'avait pas de raisons d'être amputé du pronom au v3, au début du discours , puisque celui-ci était prononcé en Hébreu : “ich yeudi ani”; c'est Luc qui en assura la traduction en Grec.
Par contre la disparition du pronom en dans ce verset est bien significative du caractère sacré accordé à l'expression. Le codex Bezae Cantabrigiensis garderait la preuve écrite, formelle, que Paul accordait à ἐγώ εἰμι le même caractère sacré qu'à l'expression hébraïque “Ani Hu”, qui est un substitut du Nom divin.
En effet, dans ses épîtres Paul en fit usage une fois , une seule , avec l'inversion du pronom par rapport au verbe:
"Jésus Christ est venu dans le monde sauver les pécheurs dont le premier je suis - moi !
(“εἰμι ἐγώ”1Ti1:15).
Cette inversion inhabituelle mérite d'être remarquée.
Parce qu'il se reconnaisssait pécheur, Paul se laissait saisir par Celui qui s'était identifié à l'homme pécheur. En effet Jésus s'était laissé compter avec les sans-loi et devant Paul il s'était identifié aux disciples persécutéss par lui puisqu'il lui avait dit:
Saul Saul pourquoi me persécutes-tu?

 

Sylvie Chabert d'Hyères
21 Juin 2007