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Paul et l'Imitation de Jésus Christ






Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume 4 (en préparation) Library of New Testament Studies-LNTS

, E Barde : Commentaire en ligne



La montée à Jérusalem


21,1 après nous être arrachés à eux.

carte du second voyage de PaulMême formulation qu'en Actes 20,1 (   une formulation transformée dans le texte alexandrin par l'omission d'un simple sigma et signifiant: nous saluant").
Pour la seconde fois Paul se séparait des frères et soeurs d'Éphèse dont les plus anciens étaient Priscille et Aquila. Une séparation qui était une véritable épreuve.

τῇ δὲ ἐπιούσῃ = Le lendemain à Rhodes.
L'expression se retrouve au v 18, mais ici le texte alexandrin lui a préféré son synonyme τῇ ἑξῆς; les deux ont été traduits "et sequenti die" dans la Vulgate ou le Latin du codex Cantabrigiensis, d, au v5 et 18. Au v 5 : “le jour suivant en sortant...” correspond au huitième jour clôturant les sept jour passés chez les frères de Tyr. Les sept jours  évoquent la semaine s'achevant sur le sabbat , un jour où l'on s'abstient de voyager, le départ pour Tyr étant repoussé au dimanche. Le texte alexandrin lui a préféré "lorsqu'advint pour nous d'achever les jours".

21,4 Ceux-ci, par l'Esprit, disaient à Paul de ne pas entrer dans Hierosolyma.
L'auteur parlait d'esprit sans nommer explicitement l'Esprit Saint, comme en 19:21 à propos de Paul. Sans être prophètes les disciples de Tyr avaient pu entendre parler de Paul et savaient les dangers qu'il courait en montant à Jérusalem. C'est une forme du combat spirituel que les frères allaient livrer contre la détermination de Paul. Ils lui conseillaient de ne pas "entrer" dans Jérusalem; sans renoncer à y retrouver l'église, il devait se tenir en retrait, sans pénétrer intra-muros.

21,11 un prophète, nommé Agabus, 11 revint alors vers nous.
Agabus, n'était pas un inconnu de Luc et de Paul ; devant l'assemblée d'Antioche, il avait prophétisé une famine (Ac11,28). Luc qui avait vu s'étendre une famine sous Claude (celle de 48), en rajouta la mention à son texte, bien qu'entre la prophétie et la famine il y eut 6 ans d'écart. Agabus était un prophète à considérer avec sérieux. Luc n'avait pas à dire qu'il parlait dans l'Esprit Saint puisqu'Agabus lui-même prêtait ses paroles prophétiques à l'Esprit Saint. De même que Jésus avait porphétisé sa Passion, celle de Paul était annoncée également prophétiquement. Le parallèle entre la montée de Jésus à Jérusalem annoncée dès le chapitre 9 de l'Evangile et celle de Paul annoncée au chapitre précédent est souligné littérairement, et accentué plus encore dans certains versets du texte alexandrin

21,12 nous suppliâmes - nous-mêmes et ceux de l'endroit - Paul de ne pas marcher sur Jérusalem .
ἐπιβαίνειν = marcher sur, est plus fort que le simple βαίνειν et s'accorde davantage avec la détermination de Paul. Il ne se retrouve pas dans l'évangile.
Paul se trouvait à Césarée Maritime là où Pierre était entré, pour la première fois , sous le toit d'un incirconcis.
 
21,13 Que faites-vous, en pleurant et en troublant mon coeur? Car non seulement je veux être lié...
Le verbe "Troubler” rappelle la parole: Marthe, Marthe tu te troubles . Le texte alexandrin lui a préféré "amollir" que les traducteurs rendent par "briser le coeur". Mais Paul avait déjà vécu la séparation d'avec les frères et soeur d'Éphèse; c'est elle qui avait risqué de lui briser le coeur et non ceux de Césarée, qu'il connaissait peu. L' insistance de la maisonnée de Philippe, renforcée par celle de Luc , s'ajoutant à la prophétie d'Agabus, l'impressionnaient . Aussi leur reprocha-t-il de le tenter en voulant lui faire changer d'avis. Non seulement il ne voulait pas être remis en cause dans sa détermination, mais il envisageait d'être arrêté à Jérusalem, par imitation du Christ. Une détermination atténuée dans le texte alexandrin par l'omission du verbe vouloir.

21,14 Comme il ne se laissait pas persuader, nous cessâmes , eux se disant entre eux [ἡσυχάσαμεν οἱ εἰπόντες πρὸς ἀλλήλους] : Que la volonté de Dieu se fasse!
La présence des pronoms οἱ et ἀλλήλους laisse entendre que l'auteur qui était présent et qui avec les autres se tut ("nous cessâmes") ne s'incluait pas avec ceux du groupe qui concluaient: : que la volonté du Seigneur se fasse! Luc restait en désaccord avec paul, n'approuvant pas son projet.
Abrégée dans le texte alexandrin, la phrase y présenterait presqu'un illogisme :"nous cessâmes en disant : que la volonté du Seigneur se fasse! “
“Que la volonté de Dieu se fasse”: cette parole était dite par les frères de Césarée qui, à la différence de Luc et de Paul, ne considéraient probablement pas, ou pas encore, l'unité entre Le Seigneur  Dieu et le Seigneur Jésus. La correction du texte alexandrin a gommé cette nuance en remplaçant Dieu par Seigneur.

21,15 Quelques jours après, ayant pris congé, nous montâmes à Hierosolyma.
Prendre congé : en Luc 9,61 c'est inutilement se retarder et regarder en arrière.

21,16 Et ils nous accompagnèrent dans une certaine ville; nous nous rendîmes chez Mnason, un certain Chypriote .
De Césarée ils ne firent pas d'une seule traite le chemin jusqu'à Jérusalem, mais accompagnés de quelques frères de Césarée, ils s'arrêtèrent dans une ville que Luc ne nommait pas; là demeurait Mnason, Chypriote comme Barnabé. Il avait du faire partie comme Luc du groupe nommé en Ac 8:1, 11:19 et 13:1. Luc avait pu désirer revoir Mnason et inciter Paul à se rendre chez lui (raison pour laquelle le disciple était nommé plutôt que la ville).
La formulation s'est trouvée abrégée dans le texte alexandrin qui, de fait, n'est pas clair et donne à entendre que Mnason demeurait à Jérusalem; Paul et Luc se seraient rendus directement chez lui au lieu de retrouver tout de suite l'église, comme s'ils  souhaitaient instaurer une distance entre elle et eux.

21, 18 Le lendemain, Paul se présentait avec nous devant Jacques. Auprès de lui étaient rassemblés les anciens.
Le conseil s'était constitué en prévision de la comparution de Paul.
εἰσῄει= il se présentait, est empreint de solennité. La venue de Paul était annoncée et les anciens s'étaient préparés à l'accueillir. La réunion n'était pas spontanée comme le laisse entendre le texte alexandrin: "...devant Jacques, et tous les anciens arrivèrent".

21,20a ils glorifièrent le Seigneur en disant:...
Les paroles qui faisaient suite étaient les paroles de glorification du Seigneur : de même que Dieu avait agi au milieu des païens à travers Paul, en Judée le nombre des croyants manifestait la puissance du Seigneur.
Texte alexandrin: "Ils glorifiaient Dieu et lui dirent". Gramaticalement “lui” représente Dieu et non Paul.

21,20b Tu vois, frère, combien il y a de myriades de croyants en Judée, et tous ceux là sont zélés pour la Loi!
Vraisemblablement Jacques prenait la parole au nom de tous. Il  faisait référence aux croyants de Judée, soit les Pharisiens qui avaient adhéré à la foi et qui étaient évoqués en Ac 15:5. Le verbe croire, dans les Actes est toujours référé à la foi nouvelle dans le Christ. C'est encore le cas ici. Parmi les Juifs ceux qui avaient adhéré au Christ étaient des myriades.
La leçon du texte alexandrin "des Juifs devenus croyants" bien que synonyme, introduisait une autre lecture qui se confirme au v25 : on comprenait qu'il sagissait de fidèles Juifs zélateurs et non de Juifs croyants en Jésus.

21,21 - Or, ils ont répandu à ton sujet que vis à vis de Moïse, tu enseignes l'apostasie
aux Juifs qui sont parmi les païens : Ne pas circoncire les enfants et ne pas marcher dans ses coutumes.
Ils ont répandu: orthographe incertaine. Avec diffamauerunt le latin entend: répandre une rumeur diffamatoire.
Apostasie: l'éloignement, l'abandon, la défection.
Aux Juifs : orthographe incertaine.
Ses coutumes ou ses traditions: orthographe incertaine dans le codex Bezae et plusieurs autres manuscrits. Le débat porte sur les coutumes de Moïse comme en Actes 15,1 plutôt que sur la Loi elle-même (cf Ac 15,5).
Lors de son précédent voyage à Jérusalem, Paul n'avait pas été inquiété. Ce sont les Juifs Asiates qui cette fois s'émurent de sa présence. Ils connaissaient ses agissements puisque Paul venait de passer trois ans à Ephèse d'où il avait visité la plus part des villes d'Asie. L'abandon de la circoncision et des coutumes mosaïques (il s'agit bien des coutumes et non de la Loi) n'était pas au centre des préoccupations de Paul lorsqu'il était à Corinthe; mais cela l'était devenu au contact des populations d'Asie. Luc a suivi pas à pas l'évolution de la pensée de l'Apôtre et s'est appliqué à la rendre; celle-ci est bien sensible même à travers la sobriété des moyens choisis.

21,22 de toutes manières doit s'assembler la foule.
Paul était arrivé à Jérusalem pour une fête de pèlerinage, celle de la Pentecôte comme il l'avait signifié en Ac 20:16, alors qu'il se trouvait à Troas huit jours après la semaine de la Pâque, soit 15 jours après le 15 nisan. Il avait donc accompli le reste du voyage en 30 jours à peine : à pied de Troas à Assos, cabotage dans les îles jusqu'à Milet puis embarcation jusqu'à Tyr où il passait 7 jours pleins, un jour à Persépolis, quelques jours à Césarée Maritime et la montée à Jérusalem avec une étape chez Mnason. Sur les 30 jours de voyage une douzaine environ était passée auprès des frères rencontrés. Comparativement le repère de 5 jours de voyage entre Philippe et Troas, donné en Ac 20,6 atteste que le temps était largement suffisant pour atteindre Jérusalem pour la Pentecôte.
Cette phrase fut retirée du texte alexandrin : on devait douter de la faisabilité du programme donné par Luc comme en atteste la nuance apportée au verset 20,16  comme au verset 21,27

21,24 toi tu marches en observant la Loi .
πορεύου dans l'expression marcher dans la loi est Lucanien. στοιχεῖς , le choix du texte alexandrin qui signifie, tu te conformes, est par contre Paulinien. Son insertion s'ajuste mal à la phrase où lui manque un complément : "tu te conformes toi-même en observant la loi" .

21,25 “A l'égard des païens qui ont cru, ils n'ont rien à dire devant toi; nous mêmes avons écrit jugeant qu'ils n'avaient rien à observer de cela, sinon de s'abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, [des viandes étouffées] du sang, et de l'impudicité”.
Les Juifs devenus croyants, des Pharisiens pour la plus part, ne récriminaient nullement contre l'adresse aux Païens. La décision prise par l'assemblée rapportée en Actes 15 avait calmé les esprits mais les Chrétiens Juifs de Jérusalem en voulaient à Paul de préconiser l'abandon de la Loi, par eux, des Juifs.
Ils n'ont rien à dire devant toi: La suppression de cette phrase vient confirmer ce que la formulation du verset  20 dans le texte alexandrin laissait supposer: les "croyants de Judée" étaient assimilés à des “fidèles Juifs”; Paul aurait été interpellé par des Juifs zélateurs de la Loi, non par les croyants chrétiens de Judée.
En fait l e codex Cantabrigiensis témoigne que l'église de Jérusalem  ne se distinguait pas de la synagogue et faisait corps avec elle; ceux qui avaient adhéré à la foi ne s'étaient pas séparés de la synagogue.  Ce contexte correspond à celui décrit par Hégésippe à propos de la mort de Jacques, dépeint comme une personnalité connue et reconnue à Jérusalem parmi l'ensemble des Juifs.
Ils n'avaient rien à observer de cela : Autre suppression du texte alexandrin puisque cette mention n'apparaît ni dans le discours de Jacques ni dans la lettre de l'assemblée en Actes 15. Prononcée devant Paul elle a été gardée par Luc qui était présent (v18). Elle manifeste la hauteur aveclaquelle on regardait les croyants issus du paganisme.
[Les viandes étouffées]: là encore le texte alexandrin à ajouté la mention des viandes étouffées , soit l'obligation d'une viande casher (égorgée et délivrée de son sang), alors que ce n'était pas la préoccupation de l'assemblée de Jérusalem. Cette insertion contradictoire fausse le sens du récit. cf Actes 15:29
Jacques rappelait les consignes apostoliques que Paul a ignorées tout au long de ses lettres, ne s'y référant jamais et ne mettant pas d'intermédiaire entre lui et le Christ.
 
21,26, Paul s' étant purifié, entra dans le temple, annonçant solennellement l'accomplissement des jours
La purification présuppose le bain rituel. Paul ensuite entra dans le temple. Dans le texte alexandrin, et comme en Ac 3:3, le remplacement de εἰσῆλθεν par εἰσῄει - le verbe du v 18 qui signifie s'introduire auprès de , se présenter à, compraraître - ne se justifie guère.
L'accomplissement des jours de purification: inattendue chez Paul, l'expression rappelle le verset de Luc 2:22.
 
21, 27 A l'achèvement des sept jours, les Juifs venus d'Asie
Ces Juifs d'Asie n'étaient pas à Jérusalem en permanence. Ils y étaient montés pour le pèlerinage de Pentecôte et s'y trouvaient encore, sept jours après la fête. En supprimant "venus", un participe au parfait marquant la réitération d'une action dans le temps, le texte alexandrin donnait à entendre que ces Asiates étaient installés à Jérusalem de manière permanente. Les Juifs d'Asie faisaient déjà partie de la synagogue qui s'était élevée contre Étienne (Ac 6:9). Ce sont donc des Juifs de la diaspora, des Juifs non-chrétiens qui s'en prirent à Paul et non point les frères Juifs de l'église de Jérusalem.

21,29 ils avaient vu  en effet auparavant Trophime l'Éphésien avec lui dans la ville - lui dont nous avons pensé que Paul l'avait fait entrer dans le temple.
Les Asiates n'étaient pas seuls à redouter les agissements de Paul, mais l'auteur des Actes comme les anciens de la Communauté redoutaient tout de sa part. Ce “nous” laisse entrevoir une identité de pensée entre Luc et Jacques.  La période particulièrement troublée (cf v 37) invitait à se méfier de ses propres coreligionnaires.

21,36 car la foule qui suivait, criait de le faire disparaître.

Forteresse Antonia Le codex Bezae n'offre pas de paralèle direct avec la Passion de Jésus, notamment ce cri de la foule: "ôte le" mis en relief dans le texte alexandrin. Si Paul vivait une montée à Jérusalem calquée sur la vie du Christ, cela ne signifiait pas nécessairement que pour Luc le rapprochement s'imposât. (cf v14).
Paul avait été conduit dans la caserne militaire (εἰς τὴν παρεμβολήν) qui à Jérusalem ne pouvait être que l'Antonia, la forteresse Hasmonéenne reconstruite sous Hérode et qui commandait le temple. Elle n'est pas nommée dans l'évangile.

21,37 : "Tu sais le Grec?"
Le tribun paraissait surpris, ce qui laisse entendre qu'il n'était pas fréquent de rencontrer à Jérusalem des juifs parlant le Grec. Le tribun l'avait pris pour un égyptien dont Flavius Josèphe évoquait l'histoire en des termes semblables et qui avait agi sous Félix qui fut procurateur de 52 à 60 ( AJ 20, 167-172 et GJ, II,261-63).
σικαρίων, sicaires, un terme latin signifiant assassins. Flavius Josèphe précisait que ce nom venait des poignards romains recourbés ou sicae. Les sicaires avaient été utilisés par le groupe dénommé “sicaires” pour tuer le grand-prêtre Jonathan qui avait oeuvré pour faire nommer Félix( AJ 20, 162 GJ 2,254). La période était donc particulièrement troublée, la confiance en autrui quasi impossible.

21,39 Certes, je suis un homme Juif, mis au monde à Tarse en Cilicie;
Paul insistait sur sa naissance en dehors d'Israël se distançant ainsi du peuple auquel il allait s'adresser.
“..de Tarse de Cilicie, citoyen d'une ville sans renom” ajoutait le texte alexandrin en commentant les origines de Paul dans un parallèle avec la ville de Jésus, Bethléem le plus petit des clans de Juda.
Je te prie de me rapprocher pour parler au peuple. Au moment d'entrer dans la forteresse où il avait été porté par les soldats il serait revenu vers le haut des marches qui en donnait l'accès, pour s'adresser au peuple.

21,40 il adressa la parole en dialecte hébraïque.
Le dialecte hébraïque était bien de l'Hébreu et non de l'Araméen. Sinon Luc eût utilisé l'expression de la Septante, “la langue syrienne”.