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Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume 4 (en préparation) Library of New Testament Studies-LNTS

, E Barde : Commentaire en ligne


De Macédoine à Césarée en passant par Milet; admonestation aux Anciens d'Ephèse


20,1 Alors après que le tumulte eut cessé, Paul appelant auprès de lui les disciples, et les exhortant longuement, se séparant avec effort   partit pour la Macédoine.
Les invectives de Paul contre la grande Artémis et son Artémision avaient causé des troubles à Éphèse.
ποσπασάμενος = se séparant avec effort; le verbe se trouve également en Luc 22:41 à propos de Jésus au mont des oliviers qui, avec effort, s'éloigna de ses disciples pour prier; ce verbe a été retouché dans le texte alexandrin avec ἀσπασάμενος = prenant congé (option également de d, le latin correspondant). Paul après deux années à Éphèse se trouvait dans l'obligation de quitter la ville que ses paroles avaient incendiée. Il la quittait comme à contre-coeur, notamment en raison des personnes qu'il y laissait et auxquelles il était attaché
La refonte de la phrase a effacé les sentiments de l'Apôtre que l'auteur a laissé transparaître tout au long du chapitre.

20,2 délivrant des paroles nombreuses,
χρήσ[αμενο]ς = rendant des oracles est en hapax dans le NT et la LXX; le Latin présente "exortatus" dérivé du texte alexandrin (παρακαλέσας). Paul devait être consulté sur des points précis et il se prononçait; peut-être est-ce cela qui aurait justifié l'emploi de ce verbe.
 
20,3 Il voulut prendre le large en direction de la Syrie. Or l'Esprit lui dit de s'en retourner à travers la Macédoine.
Selon le codex Bezae, devant les embûches posées par ses coreligionaires, Paul aurait décidé de se rendre directement en Syrie. L'Esprit vint à son secours pour l'exhorter à s'en retourner par la Macédoine.
Est-ce pour ne pas laisser entrevoir un moment de faiblesse assez inattendu chez Paul que des scribes auraient repris ce verset? Dans la leçon commune c'est le complot fomenté contre lui qui l'aurait empêché de se rendre en Syrie et pour déjouer les embûches il serait repassé par la Macédoine:“Au moment où il allait s'embarquer pour la Syrie, il apprit que les Juifs avaient formé un complot contre lui. Il décida alors de repasser par la Macédoine.”
 
20,4-5 Sur le point de s'élancer jusqu'en Asie, Sopater-Pyrrhus de Bérée, de Thessalonique Aristarque et Secundus , Gaïus de Dobérès , Timothée, les Ephésiens, Eutyche et Trophime, 5 s'avançant, l' attendirent à Troas.
ἐξιέναι, se rendre  ou se lancer est un hapax. Paul s'aprêtait à s'élancer à nouveau vers l'Asie, mettant entre lui et la Macédoine une distance suffisante. Il avait quitté Éphèse non sans effort et il cherchait à y retourner, pour la raison indiquée au v1. Aux nuances du codex Cantabrigiensis, le texte alexandrin a préféré: “ Il avait pour l'accompagner jusqu'en Asie : Sopater...” .
Θεσσαλονικέων: Thessalonique , forme du duel incluant les faubourgs avec la ville intra muros.  
Δουβ[έ]ριος: Dobérès autre ville de Macédoine corrigée en Derbé à côté de Lystres dans le texte alexandrin par référence à Ac 14:6 et 20
Ἐφέσιοι δὲ Εὔτυχος καὶ Τρόφιμος : Les Éphésiens Eutyque et Trophime. Deux Asiates - sachant qu'Ephèse était la capitale de l'Asie - selon le texte alexandrin qui a commué Eutyche en Tychique, pour éviter la confusion possible avec le jeune homme du même nom au v 9.
 
20,6 Après les jours des azymes, partant de Philippes nous les rejoignîmes le cinquième jour à Troas où nous passâmes sept jours.
La fête des Azymes commence avec la Pâque le 15 nisan et durait sept jours, soit jusqu'au 21 nisan ; partant le 22 nisan, le groupe serait arrivé le 26 à Troas où il demeura sept jours, soit jusqu'au 4 Iyar sachant que nisan a 30 jours.
En quelle année était-ce?
Paul se trouvait devant Gallion au printemps 51 et montait à Jérusalem pour une fête (Souccôt 51 ou Pâque 52?) avant de repartir pour Antioche puis Ephèse; y arrivait-il à l'automne-hiver 51 ou au printemps-été 52?
Il dit deux fois dans son discours être resté à Éphèse trois ans ou plus auxquels il faut rajouter les trois mois passés à Athènes; hésitation donc entre les années 55 à 57.
 

20,7 Et dans le [jour] un, première [semaine] des sabbats, nous étions réunis pour rompre le pain.
S’il y a hésitation sur l’année (55, 56 ou 57 ?), le calendrier de l’année 55 offre une correspondance avec les jours indiqués: la Pâque tombait le mardi 1er avril; l’arrivée à Troas le 5ème jour correspondait au samedi 12 avril et l’épisode 7 jours plus tard, quand les frères se réunissaient pour rompre le pain , dans la nuit du samedi au dimanche, le samedi 19 avril.
Selon le calendrier Boéthusien, le décompte des 7 semaines avant la Pentecôte avait commencé le dimanche 6 avril; (jour appelé premier des sabbats en Lc 24.1). La seconde semaine commençait le dimanche 13 et la troisième le 20 avril, dénommée ici en D “une première”. Si le premier chiffre correspond au jour de la semaine, on ne voit pas , par contre, à quoi ramener le second.

L'épisode s'inscrivait dans la période qui avait suivi la Résurrection du Christ . Etonnante maîtrise de Paul qui imposait aux personnes présentes de croire que le jeune homme n'était pas mort alors que son retour à la vie ne leur devint manifeste qu' à l'aube après le partage du pain eucharistique et le repas. Au verset 12 en effet le codex Cantabrigiensis précise que c'est au moment de se séparer, que le jeune homme revint à la vie. Le texte alexandrin a fait disparaître cette étrange détail du récit.


20,8 Il y avait bon nombre de lucarnes
Luc ne remarquait pas l'éclairage des lampes, mais les ouvertures : des lucarnes, selon les emplois de ὑπολαμπάδες. Le terme λάμπας , un flambeau désigne aussi le flamboiement des rayons du soleil, d'où le nom de ces ouvertures ; composées du préfixe ὑπο, elles devaient prendre jour par en-dessous. Eutyche était assis près de l'ouverture ,(ἐπὶ + datif = près de; ἐπὶ τῇ θυρίδι), peut-être celle d'une lucarne qui était au niveau du sol.
 
20,9 Or un jeune homme qui se tenait assis, près de l'ouverture, nommé Eutychus.
Peut-être Eutychus venait-il d'Ephèse avec Trophime? (cf Act 20,4).
Sa qualité de jeune homme est répétée au v.12 dans le codex Bezae, là où le texte alexandrin présente le terme "enfant" ; mais les deux n'étaient pas équivalents.
Aristophanes de Byzance au II siècle av JC donnait un catalogue des âges:
βρέφος: le nouveau-né
παιδίον: l'enfant allaité par la nourrice.
παιδάριον: celui qui commence à marcher et à dire des mots (1-2 ans)
παιδίσκος: l'étape suivante (3 - 6ans)
παίς: l'âge de la scolarisation jusqu'à l'adolescence (7-14 ans).
νεάνιας, le jeune homme (15-18 ans) qui n'est pas encore marié.
Eutyche pouvait avoir été le disciple de Paul nommé au v.4; cette possibilité , les scribes du texte alexandrin l'ont effacée.

20,15 Nous restâmes à Trogylia
Le Cap Trogylion est le nom antique de l'actuel cap Sainte Marie en Turquie. Il est situé à l'extrémité est du Mont Mycale qui plonge dans la mer Égée, face à l'île de Samos.

20,16 Paul avait pris le parti de naviguer au large d' Éphèse, de peur qu'il ne lui arrive d'être agrippé en Asie,
κεκρίκει = avait pris le parti, est un plus que parfait, assez rare pour être remarqué; Paul avait pris une décision sur laquelle il ne reviendrait pas.
κατάσχεσίς revêt deux sens très différents, voire contraictoires: l' empêchement et l'entrée en jouissance; ce dernier sens est celui de l'usage biblique (cf Ac 7:5). Luc jouant avec les deux , invitait à comprendre: "de peur que l'entrée en jouissance ne le retienne". Paul craignait de se faire retenir, "agripper” à Éphèse pour la raison soulignée au v.1.
Là encore les sentiments de l'Apôtre ont été gommés du texte alexandrin avec le changement de 'de peur que" par “de sorte que” et "agripper" par le verbe “s'attarder” .

20,16a car il se hâtait pour se trouver,[ si cela lui était possible], à Jérusalem le jour de la Pentecôte
Les mots entre crochets sont ceux du texte alexandrin qui atténue la détermination de Paul. Il semble que les copistes aient douté qu'il soit parvenu à Jérusalem à temps, car ils n'ont pas retenu le rassemblement à Jérusalem motivé par la fête de pèlerinage. Selon eux, Paul y serait arivé après alors que le codex Cantabrigiensis, sans insister montre que la ville sainte était en effervescence avec la fête. cf Ac 21,22 .

20,18a Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, alors qu'ils venaient à sa rencontre
La seconde phrase qui devait paraître faire double emploi, a été retirée du texte alexandrin.
Paul avait envoyé une délégation à Éphèse pour que les Anciens viennent le rencontrer à Milet. Avant même qu'ils n'aient reçus ses délégués, ils étaient partis à sa rencontre. Parmi eux pouvait se trouver la personne que Paul avait souhaité éviter et que l'affliction et les embrassements du v37 concernaient plus particulièrement.

20,18b comme une durée de trois ans et même plus.
Le “comme" introduit une comparaison et met l'accent sur le caractère symbolique du chiffre trois. Selon Ac 19: 8-10, Paul avait joui de l'école de Tyrannos durant deux années consécutives, trois mois après son arrivée à Éphèse; c'était en 54-55. Ayant amené ses sympathisants à brûler leurs livres d'ésotérisme, il avait du soulever une opposition qui amena un changement , la jouissance de l'école lui étant retirée; il ne quitta pas Ephèse pour autant mais s'intéressa davantage à sa région, la province d'Asie (Ac 19:20-22). Durant cette période, correspondant à sa troisième année à Éphèse en 56, éclata l'incident des orfèvres.

20,23 L'Esprit Saint m'adjure... que des tribulations m'attendent dans Hierosolyma
La répétition du nom Hiérosolyma a été effacée dans le texte alexandrin (qui a le nom usuel Jerusalem au verset précédent).
 
20,24a Mais je n'ai aucune parole en ce qui me concerne...le service de la parole que j'ai reçu du Seigneur Jésus.
Paul n'avait pas reçu de parole intérieure sur ce qu'il allait vivre à Jérusalem. Les avertissements venaient de son entourage qui l'exhortait avec le bon sens de l'Esprit Saint à ne pas poursuivre son voyage vers Jérusalem.
διακονία, c'est le service communautaire; avec Paul le terme évolue et tend à décrire des fonctions liées à l'enseignement, ce dont témoigne ce verset des Actes.

20,24b pour adjurer Juifs et Grecs de l'évangile de la grâce Dieu.
διαμαρτύρασθαι signifie protester en prenant les dieux et les hommes à témoin. De même que son entourage l'adjurait de ne pas se rendre à Jérusalem , il considérait le service qui lui était confié sous le même angle. Il lui revenait d'avertir et plus encore d'adjurer Juifs et Grecs de se convertir. En montant à Jérusalem, son désir était de s'adresser à ses frères Juifs. La tradition alexandrine a fait disparaître cette intention, préférant voir en Paul le champion des incirconcis.

20,25 “vous tous, au milieu de qui je suis passé en proclamant la Royauté de Jésus.”
Leçon attestée dans le grec et le latin du codex Bezae et par quelques autres témoins (gig, sa, Lcf). Elle fut comme “censurée” dans les autres manuscrits où le nom de Jésus a disparu quand il n'a pas été remplacé par celui de Dieu rejoignant l'expression familière : “la Royauté de Dieu”. Paul a parfois référé la Royauté non point à Dieu mais directement au Christ en Col 1,13 “la Royauté de son Fils bien-aimé”, et en 2Ti4,1“devant Jésus Christ...au nom de de sa royauté”. Luc gardait les paroles mêmes de Paul , sans les retoucher, selon ses principes.

20,26 Donc jusqu'au jour d'aujourd'hui je suis pur du sang de tous.
Revenait dans ses propos ce qui tenaillait intérieurement Paul, à savoir : se laver par la prédication de ce qu'il avait infligé autrefois aux Chrétiens. En affirmant que jusqu'à présent il s'estimait pur du sang de tous, ses actes passés avaient été effacés. La tradition alexandrine lui a substitué :“C'est pourquoi je vous déclare au jour d'aujourd'hui que je suis pur du sang de tous” Mais l'insistance “au jour d'aujourd'hui” ne trouve plus sa raison d'être.


20,27 car je ne me suis pas dérobé pour revenir annoncer l'entière volonté de Dieu pour nous.
Pour nous et non pour vous. Paul se mettait au nombre de ceux que concernait le plan divin: comme tous, le Christ se l'était acquis par son sang (cf v 28). Cette leçon s'accorde logiquement avec celle du verset précédent.

20,28 pour paître l'Église du Seigneur, qu'il a procurée à lui-même à travers son propre sang.
L'Église du Seigneur et non l'église de Dieu selon le texte alexandrin. Il l'a acquise pour lui-même. Cette insistance laisse entendre que Paul considérait Le Seigneur et le Seigneur Jésus, comme Un.
Le Nom Seigneur Jésus Christ dans les Actes

20,30 se lèveront des hommes aux propos pervertis, au point de retourner les disciples à leur suite.
Il s'agit d'un retour en arrière jusqu'à suivre des disciples pervers. A qui Paul pensait-il? Ce n'était plus à Apollos concerné par les épîtres aux Corinthiens, mais les disciples qu'il évoquait dans sa lettre au Galates (Gal 4:17) écrite en 56 et qui revenaient sur la circoncision.

20,32 à Celui qui a la puissance de vous construire et de donner un héritage parmi ceux qui sont les sanctifiés de tous.
Les "sanctifiés"= le participe est un parfait passif. Le verset a été simplifié dans le texte alexandrin: "parmi tous les sanctifiés".
Paul parlait de ceux qui avaient été sanctifiés par Dieu en vue du bien de tous; il faisait référence à ses Pères (Abraham, Moïse, Josué, David etc. ).

20,35  Il est heureux de donner plutôt que de recevoir.
C'est une parole des anciens (Thucydide II 97,4) que Paul prêtait à Jésus, comme une manière d'en résumer l'enseignement (notamment Lc 6,31-38). Le rédacteur n'a pas rectifié l'Apôtre (de même qu'il n'a pas rectifié Pierre en Ac 11,16). A savoir si Paul disposait d'un évangile écrit, comme le laisserait supposer Ac 18,3 n'est pas confirmé ici; néanmoins on sait que Paul emportait dans ses voyages des livres et des manuscrits (cf 2 Ti 4,13).