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Maurice Denis:  "Assomption“ de Marie à la Pentecôte







Actes Des Apôtres,
Annotations,   chapitre II


Bibliographie:
Josep RIUS-CAMPS :Las variantes de la recension occidental de los hechos de los apostoles (Hch 2,14-40): Filología Neotestamentaria 8 (1995) 63-78

2,1 "Et il advint "

Cette phrase serait à relier aux derniers mots de l'évangile, en continuité avec lui; en effet le début du premier chapitre des Actes ne paraît pas du même auteur et la seconde partie correspond à un déplacement du chapitre 4 au chapitre 1. Le premier chapitre inscrit une rupture entre les deux ouvrages qui initiallement offraient une continuité entre la promesse de l'Esprit par Jésus et sa réception par les Apôtres.

Les Apôtres et les disciples se retrouvaient continuellement dans le temple où ils louaient  Dieu dans la joie. L'introduction à la fête de Pentecôte s'offrait en continuité avec ces jours là.
 
en ces jours là
Avec ἐκείναις revient l'expression messianique de l'Evangile (cf note sur 1,15); mais elle disparaît à nouveau en 3,1 et 6,1 où ταύταις a été privilégié, comme si les temps messianiques étaient à lire en pointillés... Pentecôte, le nom grec donné à la fête de Shavouot était déjà en 2 Ma 12:32.

au point qu' était pleinement rempli le jour de la Pentecôte.
[et comme s'accomplissait le jour de la pentecôte]
L'expression avec τοῦ suivie de l'infinitif marque un point culminant. Elle est à rapprocher, en outre, de Lv 8:33 “ἕως ἡμέρα πληρωθῇ ἡμέρα τελειώσεως ὑμῶν ” (au singulier dans la LXX, mais au pluriel dans le texte hébreu) pour les jours durant lesquels Aaron et ses fils ne devaient pas s'éloigner de la tente d'assignation tant que les sept jours de leur consécration à Dieu ne s'étaient pas achevés. En parallèle Jésus avait recommandé aux disciples de ne pas s'éloigner de Jérusalem mais d'y attendre d'être revêtus de la Puissance d'En Haut selon sa promesse (Lc 24:49); l'attente s'achevait le cinquantième jour après sept semaines vécues dans la prière, et à l'image d'Aaron et de ses fils, emplis d'Esprit Saint, ils étaient prêts à former un peuple sacerdotal.
L'auteur s'intéressait-il au décompte opéré entre la Pâque et Shavouot? Selon les Pharisiens le décompte commençait au lendemain de la Pâque (une fête chômée considérée comme un "sabbat") tandis que selon les Boéthusiens du parti des Sadducéens, le décompte commençait au lendemain du sabbat qui suivait la fête de la Pâque. D'après les expressions rencontrées dans l'évangile, (Lc 4:16; 6:2; 24:1) il semblerait qu'il ait suivi un calendrier liturgique sacerdotal , plus proche des Boéthusiens que des Pharisiens, auquel cas, la Pentecôte était selon lui, le dimanche.

“tous étant ensemble".

Le grec ἐπὶ τὸ αὐτό semble indiquer un même lieu; néanmoins il est fréquemment utilisé au sens figuré, notamment dans les Psaumes où il traduit l'hébreu "yarad", qui veut dire ensemble (Ps2,2; 41,8; 49,3) ; la tournure revient à plusieurs reprises dans ces chapitres.
bibliogr: b-greek

2,2 advint soudain du ciel un bruit
La Pentecôte , déjà à cette époque, devait commémorer le don de la Torah fait par Dieu à Israël; nombre de termes et d'images du récit sont à mettre en lien avec la révélation et le don de la Loi à Moïse sur la montagne du Sinaï.
L'auteur établissait-il également une connexion avec la voix céleste entendue sur la montagne au moment de la "transfiguration" ? La réapparition du verbe συμπληροῦσθαι en Lc 9:51 au lendemain de la transfiguration qui avait eu lieu dans la nuit même de la pentecôte, un an auparavant, le laisse entendre. ; cela se passait sur la montagne d'Elie et d'Elisée "la montagne de la transfiguration”, et le bruit du vent n'est pas sans rappeler celui entendu par Elie (1 R 19:11-12). Jésus s'était manifesté à trois de ses Apôtres en la fête de Pentecôte alors que la voix céleste disait: "Celui-ci est mon fils bien-aimé écoutez-le". Et dès le lendemain Luc ajoutait que s'accomplissaient (συμπληροῦσθαι) les jours de son "analempsis” , ce moment où il allait se séparer de ses disciples. Ce temps allait précéder de peu la nouvelle Pentecôte, avec la réception de la Parole par ces mêmes Apôtres. Il y avait eu le don de la Parole et sa réception un an plus tard, de même que la liturgie juive célèbre le don de la loi à la Pentecôte et sa réception par le peuple à Rosh ha-Channa .
 
2,2 "l' “oikos” où ils se tenaient'
En référence à l'écriture lucanienne , serait attendu ici οἶκια la maison faite de murs, au lieu de οἶκος , qui désigne plutôt la demeure avec ses habitants ou encore la famille...A moins qu'il ne s'agisse du temple, οἶκος Θεου. C'est en effet le terme du verset d'Isaïe repris par Jésus "ma maison est une maison de prière", Lc 19:46. Ainsi les Apôtres se tenaient dans les parvis du temple, un espace susceptible de recevoir une foule nombreuse en ce jour de fête.  L'auteur avait recours à des tournures connues à travers laquelle se lisait l'unité de la communauté elle-même en harmonie avec le peuple réuni au temple.
 

2,5 "à Jérusalem étaient établis des Juifs pieux, hommes de toutes les nations".

Avec le préfixe kata, le verbe indique un établissement durable (Lc11,26 et 13,4), plutôt qu'un simple séjour (avec le préfice para Lc 24,18). Le verset fait problème, à moins de considérer en eux des Juifs de la Diaspora - et dont l'origine juive pouvait être peu ancienne - venus s'installer à Jérusalem.

2,9-11 Parthes et Mèdes...Prosélytes de Crète et Arabes.

À part l'absence de plusieurs τε ou καὶ, la liste des nationalités est identique dans les divers manuscrits. Les contrées, au nombre de 16, sont énumérées selon un schéma géographique d'Est en Ouest puis du Nord au Sud. Un rapprochement a été fait par B Metzger avec l'énumétation de Paulus Alexandrinus dans sa géographie.   N'ont pas été nommés les pays où était parlé communément l'Araméen (Syrie, Abilène, Nabatène) ou le Grec (Macédoine et Grèce). Enumération symbolique évoquant ce qui s'était passé lors de la construction de la tour de Babel en Mésopotamie?

 
2,14 Pierre joint aux dix Apôtres
Pourquoi le codex Bezae et lui seul ne comporte-t-il pas les Onze Apôtres alors que Matthias depuis le verset 1,26 en remplacement de Judas était compté au nombre des Douze Apôtres? C'est là une preuve que le récit du remplacement de Judas n'est pas à sa place originelle au chapitre 1 et qu'il est à reporter bien après la Pentecôte n.

2,14 Pierre le premier.

Pierre prenait la parole devant tous et de la part de tous. C'était vraisemblablement la première fois. Cet adjectif est présent également dans le codex Bezae en Luc 6,14 lors de l'élection des Douze. Cet adjectif aurait du apparaître plus tôt au ch 1 lors du discours prononcé pour le remplacement de Judas ; son absence manifeste que cet épisode a été déplacé.
 

2,17-21,citation de Joël 3,1-4.

La citation n'est pas indiquée comme celle de Joël mais du "prophète". Elle est incomplète, les signes apocalyptiques, sang feu, colonne de fumée, sont absents. Chairs au pluriel paraît incongru etc.

A croire que Luc cherchait à rendre ce que Pierre n'avait qu'imparfaitement cité de mémoire, tandis que les scribes remanieront le texte en fonction de la LXX pour en offrir une citation exacte.
 

2,23 selon la prescience de Dieu livré, en le prenant...vous l'avez supprimé.

Que Jésus ait été "livré" semble directement rapporté par Pierre à la prescience divine. Dieu aurait lui-même livré son fils. Cette leçon du codex Bezae, plutôt déconcertante, a été corrigée ailleurs : dès que disparaît le participe "en le prenant", livré devient le fait des Jérusalémites; c'est eux qui ont livré Jésus et l'ont supprimé par la main des sans loi.
 

2,24 Les affres de l'Hadès

Il est vraisemblable que ce soit là, la leçon originale (au lieu des affres de la mort), puisque l'image de l'Hadès est dans la citation de David que commentait Pierre au v27. Elle serait à la source de la croyance en la descente de Jésus aux enfers , comme paraissait le confesser Paul (Eph 4,9) et plus tard le “symbole des Apôtres” .

 
2,29 son tombeau
C'est effectivement μνημῖον qui désigne en Luc le tombeau tandis que μνῆμα décrit le mode d'ensevelissement, la sépulture. Elément de continuité avec le vocabulaire de l'Evangile.
 

2,30 "Dieu a juré à David que du fruit de son coeur, selon la chair il ferait se lever le Christ".

Du fruit de son coeur n'est pas à lire comme un euphémisme pour “du fruit de ses reins” du texte alexandrin. Pierre intériorisait les paroles de David qu'il venait de citer au v.26: “c'est pourquoi mon coeur s'est réjoui”. Le coeur de David avait porté un fruit d'allégresse et de joie. Cette espérance Pierre cherchait à la faire passer dans son discours. En ajoutant selon la chair, il affirmait que la promesse faite par Dieu n'était pas seulement spirituelle mais qu'elle concernait la nature humaine dans sa nature charnelle. Or Pierre ne pensait pas à la génération - comme le laisseront entendre les copistes qui retoucheront le texte - mais à la résurrection.
 
Il ferait se lever le Christ : pour annoncer la Résurrection , Pierre s'appuyait sur les Ecritures en suivant le conseil même de Jésus ; il rappelait ainsi la promesse faite à David par le prophète Nathan :
"et je ferai se lever ta semence après toi, lequel sera issu de tes entrailles" (2S 7,12-13 ). Je ferai se lever, n'était-ce pas l'image même du Christ ressuscitant? Derrière la promesse d'une descendance perpétuelle Pierre entrevoyait un accomplissement spirituel; qu'il y ait un successeur sur le trône de David n'était peut-être pas sa préoccupation, car il lisait dans le verbe "se lever" l'annonce même de la Résurrection du Christ, une Résurrection accomplie par Dieu. Du "fruit du coeur", de la descendance davidique avait jailli l'espérance fondée sur la promesse divine. Et celle-ci s'était accomplie dans la Résurrection du Christ.
Or ce verset fut refondu: "Dieu lui a juré que du fruit de ses reins il ferait asseoir sur son trône". Cette leçon privilégiée dans nos bibles est grammaticalement incomplète puisqu'il manque un accusatif complément d'objet; plus dommageable, l'articulation de la réflexion engagée par Pierre n'est plus saisissable et sa lecture spirituelle de la prophétie de Nathan n' est plus perceptible; on préférait souligner que le Christ était de la descendance du roi (de ses reins), et qu'il siégeait désormais à la droite de Dieu en tant que successeur de David.
 

2,31 Résurrection du Christ!

Ce membre de phrase se retrouve comme isolé dans le grec et dans le latin correspondant ; il peut être lu comme un génitif d'apposition, un génitif absolu, rebondissant sur l'expression du fruit de son coeur au v 30. Du coeur de David avait jailli un fruit: l'espérance de la Résurrection, cette résurrection promise par Dieu à travers la parole du prophète Nathan.

Un scribe a ajouté dans l'interligne le verbe προ-ὁράω. Suivi du génitif, ce verbe ne signifie pas voir par avance, mais prendre soin de, un sens qui ne convient pas ici.
Les autres manuscrits ont la leçon: " (David) ayant vu d'avance la Résurrection du Christ, a dit  que...." . Ce n'est pas la prophétie de Nathan qui était prise pour une annonce de la Résurrection, mais le psaume que David avait chanté dans l'espérance de ne pas être abandonné à la mort et la décomposition. Pourtant - et c'est ce qu'appuie le codex Bezae - la promesse de Dieu était première; le chant du Psaume n'était que le signe d'espérance qui avait animé David suite à cette promesse.

32 - Ce Jésus donc, Dieu l'a ressuscité de cela tous témoins nous sommes.

C'est de la Résurrection que Pierre avec les Apôtres se déclarait témoin; l'exaltation du Christ à la droite du Père, avec son corollaire l'Ascension, était exprimée ensuite comme une confession de foi et d'espérance, mais non comme objet du témoignage.
 
2,36 "Dieu l'a fait seigneur et Christ"
A travers ces mots, Pierre reprenait la parole du Psaume 110 sur lequel Jésus avait interrogé scribes et sadducéens : "comment dit-on le Christ fils de David, lui-même le dit Seigneur, comment est-il son fils?" A cette question Pierre tentait de donner une réponse spirituelle (cf Ac 2,30) en mettant en parallèle la Seigneurie de Jésus et sa Résurrection. Une première approche des paroles de Jésus sur lui-même (cf Lc 20,37-38 et 42)
 
2,38 que chacun se fasse baptiser au nom du Seigneur Jésus Christ
Le nom Seigneur Jésus Christ est entier en D et nombreux autres manuscrits. L'hébreu sous-jacent à κύριος est le titre Adon, qui signifie maître . La proximité de l'énoncé du v 36, "Dieu l'a fait seigneur et Christ“, empêche d'identifier κύριος à YHWH. Aurait-t'il été effacé des autres manuscrits pour cette raison?