Commentaire des Actes des Apôtres selon le codex Bezæ Cantabrigiensis, chapitre 12







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Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume 4 (en préparation) Library of New Testament Studies-LNTS

, E Barde : Commentaire en ligne


Paul à Éphèse contre la Grande Prostituée

 
19,1 Or Paul voulant selon son propre dessein aller à Hierosolyma.
Luc manifestait dès ce moment son opposition au retour de Paul à Jérusalem car il y voyait une volonté de l'apôtre et non de l'Eprit Saint.
La phrase fut refondue dans le texte alexandrin “ce fut pendant le séjour d'Apollos à Corinthe que Paul arriva à Ephèse”. De cette manière on laissait entendre que Paul et Apollos avaient pu se rencontrer. Mais d'après les Epîtres de Paul on ne saurait l'affirmer.
Paul était sorti du récit avant la fin du chapitre précédent sur ces mots: Puis descendant à Césarée, montant ensuite [à Jérusalem] et saluant l'Église, il descendit à Antioche. Après avoir passé quelque temps il partit parcourant successivement la contrée Galate et Phrygienne.”Ac18/22-23. Est-ce arrivé dans ces régions montagneuses qu'il aurait eu dessein de retourner à Jérusalem d'où il venait? Il s'en serait alors dérouté pour se rendre à Ephèse.
Mais ne serait-ce pas plutôt pendant qu'il allait de Corinthe à Jérusalem accomplir son voeu, que l'Esprit lui aurait dit de se rendre en Asie? Son séjour dans la villle sainte y fut si bref qu'il aurait décidé d'y retourner.

19:2 mais pas même que l' Esprit Saint certains l'aient reçu, nous n'avons entendu.
Enseignés par des frères comme Apollos, la communautés d'Ephèse n'avait qu'une approche fragmentaire de l'Evangile, tandis que par la Bible elles connaisssaient l'Esprit Saint,  (très présent dans les documents de Qumran). Mais elles ignoraient que cet Esprit Saint , répandu largement, pouvait être reçu à titre personnel.
La refonte dans le texte alexandrin “qu'il y a un Esprit Saint nous ne l'avons pas entendu” , suppose que Paul se soit adressé à des frères ignorants de la Bible.

19,4, en disant au peuple qu'en celui qui vient après lui, ils croient  , c'est à dire en Christ
Leçon adoptée également dans le Latin, d05.
En Jésus Christ selon la majorité des minuscules.
“En Jésus” selon le texte alexandrin; au IIIème siècle la confession de foi dans le Christ était celle des confirmants, après qu'ils aient reçu le baptême. Ainsi s'explique aussi dans les mêmes manuscrits la disparition du nom Christ au verset suivant.
,Le titre Seigneur Jésus Christ dans les Actes

19, 5 - ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus Christ en vue de la rémission des péchés.
La dernière phrase est appuyée par D et quelques manuscrits en minuscules; la rémission des péchés est un thème lucanien (Lc1:77; 3:33,4;18; 24:47; Ac 2:38, 5:31; 10:43; 13:38; 26:18) directement associé au baptême en Ac 2:38. Le baptême de Jean que ces frères d'Ephèse avaient reçu était un baptême de repentance; celui-ci, dans l'évangile préparait à recevoir le pardon des péchés apporté par Jésus. Or la justification que Paul donnait d'un nouveau baptême semblait opposer la repentance au pardon des péchés, ce qui était pour le moins paradoxal. On comprend donc que la phrase ait disparu du texte alexandrin. Soit que Luc se soit mal exprimé soit que la justification de ce second baptême n'ait pas été très claire. Selon la lettre que Paul adressait aux frères de Corinthe(1Co 1:12-17) où se trouvait Apollos auquel revenait peut-être le premier baptême de frères d'Ephèse, le baptême permettait d'entrer dans le cercle de celui qui le donnait. Était-ce la raison véritable ou bien la rivalité entre Paul et Apollos? Toujours est-il que le premier baptême fut invalidé.

19, 6 Et Paul ayant posé la main sur eux, l'Esprit Saint aussitôt tomba sur eux.
L'imposition des mains se faisant à plusieurs l'expression est le plus souvent au pluriel (Ac 8:17). Refusant l'anthropomorphisme, les copistes du texte alexandrin ont préféré le sens figuré et dire que l'Esprit Saint était venu sur eux.

19,7 Or tous ces hommes étaient comme douze; Le nombre intéresse par son sens symbolique, c'est pourquoi on attendrait ὡς = “comme” au lieu de ὡσεὶ qui signifie plus souvent “environ” (même remarque en Ac 1,15). Ce nombre , rappel des douze Apôtres, était la noyau permettant d'envisager un nouveau démarrage de la communauté chrétienne à partir d'Éphèse Paul donnant à ses disciples une orientation nouvelle cf v 9.

19,8 - Paul entrant alors dans la synagogue, parla librement avec une grande puissance.
La disparition de la dernière expression dans le texte alexandrin s'explique moins que son insertion dans le codex Cantabrigiensis.

 19,9 Alors, Paul se retirant de chez eux, mit à part les disciples.
La menace faite à de nombreuses reprises d'aller vers les païens plutôt que vers les juifs allait se concrétiser d'une manière particulière à Éphèse.
ἀφώρισεν, il mit à part; ce verbe est construit sur la racine qui signifie horizon. La ligne d'horizon des disciples, dorénavant ne serait plus celle de la synagogue. Ephèse allait marquer un tournant dans l'enseignement de Paul. La prise de conscience que “Jésus est le Seigneur” avait marqué le voyage en Macédoine et en Achaïe. À Éphèse Paul admettant qu'une ligne de démarcation séparait l'enseignement donné par Jésus de celui de la Synagogue n'hésitait plus à diriger la communauté des croyants vers une nouvelle étape.

19,9b “disputant chaque jour dans l'école d'un certain Tyrannos de la cinquième à la dixième heure.”
Tyrannos est un nom grec;
ἐν τῇ σχολῇ : dans l'école (l'un des sens du terme qui plus couramment signifie repos, détente); seul emploi dans le NT. Était-ce un lieu institué, reconnu assurant un enseignement public? Paul se félicitait de cette “porte ouverte” lorsqu'il écrivait aux Corinthiens:
" Je vais rester à Ephèse jusqu'à la Pentecôte, car une porte s'y est ouverte grande et incitative , en même temps que beaucoup d'adversaires.”(1Co,16,8-9).Cet accueil de Tyrannos ne fut peut-être pas sans conséquences sur le développement de la réflexion de Paul dans la mesure où se perconnage tenait une école - de réflexion philosophique . Il prêtait son école à Paul durant les heures creuses (11h-16h), les heures de chaleur. Une précision attestée par D et plusieurs minuscules. Mais Paul avait trouvé un cadre officiel pour ses enseignements qu'il considérait comme une porte grande ouverte vers les Païens. Et pour cette raison Paul allait rester deux années à Éphèse (v10), contrairement à son projet de retourner à Jérusalem.

19:11 Et Dieu faisait des actes de puissance, non liés au hasard, par les mains de Paul.
οὐ τὰς τυχούσας: qui ne relèvent pas du hasard. Luc différenciait les signes réalisés par les exorcistes et magiciens qui hantaient Éphèse de ceux accomplis par Dieu à travers la sainteté de Paul. Ceux-là agissaient "au hasard", sans conscience, alors que Paul respirait la sainteté même de Dieu, comme le sous-entend le verset suivant. La traduction par “extraordinaires” ou “peu banal”, ne rend pas compte de l'expression employée par Luc.

19,12 σιμικίνθια est la retranscriprion en grec du latin “semi-cinctia” ; ces linges, suaires et ceintures, avaient été longuement en contact avec le corps de l'Apôtre. Ces linges qui avaient été siens détenaient quelque chose de sa personnalité.
 
19,14, Parmi eux également, les fils d'un certain prêtre Sceva ,  voulurent faire de même; ils avaient l'habitude d'exorciser de tels; aussi entrant chez le démoniaque
ils commencèrent à invoquer le Nom en disant: Nous te commandons en Jésus que Paul proclame, de sortir!
D , (P38 , it, Syrhmg)
Texte alexandrin: "Ceux qui agissaient ainsi étaient les sept fils d'un certain Scéva, un chef des prêtres juifs.”
 Scéva était un prêtre (plutôt qu'un grand-prêtre comme on le lit ailleurs). Σκευᾶ est la transcription de l'hébreu Sheva qui signifie sept. Le fait qu'il ait eu sept fils exorcistes selon le texte alexandrin est une corruption. En effet on voit mal sept hommes à la fois pratiquer un exorcisme. Ils n'étaient que deux puisque le démoniaque les maîtrisa “l'un et l'autre" selon la formulation du v 16 (supprimée dans le texte alexandrin).
Le verset fut refondu de manière à n'avoir qu'un groupe d'exorcistes, celui des sept frères confondus par le démoniaque lui-même, ce qui ridiculisait leur capacité à chasser les démons. Selon D, ces frères n'étaient qu'un groupe parmi les Juifs itinérants qui s'inspiraient des agissement de Paul. L'exorcisme existait avant Jésus. Il est attesté dans le livre de Tobit ; Flavius Josèphe témoignait que c'était une pratique courante(AJ 8, 2, 5, 45-48) . La littérature de Qumran détient des prières d'exorcisme.

temple d'artemis 19,19 -après avoir même collecté leurs livres, les brûlérent devant tous: et ils estimèrent leur valeur: Ils atteignirent cinquante mille pièces d'argent. 
Éphèse était un haut-lieu des pratiques magiques consignées dans les traités connus sous le nom de γράμματα Ἐφέσια répandus dans le monde Romain. Au v 35, le chancelier qui prend la parole pour calmer l'assemblée est d'ailleurs un γραμματεὺς.
    Bibliothèque de Celsus à Éphèse (135AD)

19,20 - De sorte qu'avec force s'affermit aussi la confiance en Dieu : elle augmentait et mûrissait.
Le verbe est séparé du sujet par un kai supplétif . La confiance est le sujet des trois verbes. Dans le texte alexandrin le sujet du premier verbe est l'introduction de l'expression: la parole du Seigneur.

19,21a Alors Paul se proposa dans l'Esprit de parcourir la Macédoine et l'Achaïe

C'était un projet que Paul faisait alors qu'il se trouvait à Ephèse, dans la province d'Asie. Le participe aoriste "ayant parcouru" du texte alexandrin, pourrait suggérer qu'il venait de traverser ces régions et se proposait de monter à Jérusalem.

19,21bHierosolusoluma Erreur de scribe? Ce n'est pas certain vu les autres allongements du nom de la ville dans l'Evangile (cf Lc 23,28 et 24,13). λυσω qui est le futur de λυω, signifie “je délierai”. Paul s'apprêtait à remonter à Jérusalem en sachant qu'il y serait lié pieds et poings. En pratiquant l'exorcisme il avait délié les personnes, mais il allait se prendre lui-même dans les liens à Jérusalem. Mais sous les liens sont intention était d'apporter comme Jésus la libération. La reduplication de la syllabe disait l'intention de Paul. Elle est à mettre en rapport avec l'appel de Jésus aux femmes de Jérusalem:
cf Jérusalem et Hierosoluma

temple d'artemis19, 24 Car un nommé Démétrius, était un orfèvre, qui produisait des temples d'Artémis en argent. L'orfèvre était de par son nom voué au culte de Démeter la déesse de la fécondité de la prospérité et des moissons.

19,26 -non seulement jusqu'à Éphèse, mais même dans presque toute l'Asie. Ἐφέσιου l'adjectif et non point Ἐφέσου la ville. Ce qui peut se comprendre: jusqu'aux limites du territoire d'Ephèse. L'économie de l'orfèvrerie s'étendait au delà de la ville et de sa région à toute l'Asie dont elle était le chef lieu.

19, 27 -que de cette grande déesse le temple d'Artémis ne soit compté pour rien, mais soit abattu, elle que toute l'Asie et le monde habité vénèrent. Le correcteur a remplacé l'artilce ἣ par un pronom ἣν; il ne semble pas que le sujet du second verbe "doit être abattu" ait été la déesse, mais bien plutôt le temple. En effet Démétrius s'inquiétait d'un commerce qui reposait sur l'édifice plus encore que sur la divinité. Mais avec l'ajout "de toute sa grandeur" - les copistes du texte alexandrin on considéré l'écroulement de la déesse, exaltée dans la littérature  classique pour sa grandeur.

19,28 -courant dans la rue ils se mirent à crier en disant: Grande l'Artémis des Ephésiens!  .
τὸ ἄμφοδον est une rue bordée de maisons des deux côtés. Les artisans rassembléss par Démétrius s'étaient répandus dans les rues en criant  pour ameuter la foule ; la disparition de ces mots ne permet pas de comprendre, dans le texte alexandrin comment ils rassemblèrent la foule au théâtre.














Μεγάλη Ἄρτεμις Ἐφεσίων: La grande Artémis des Éphésiens, symbole de fertilité, cette grande prostituée d'Ap17,1, et l'Artémis grecque de Praxitèle, la vierge chasseresse: deux faces d'une divinité mi-orientale mi-grecque que le culte Marial est venu supplanter à l'époque Byzantine.

19,29 - Et toute la ville fut soulevée d'indignation.
Luc n'a pas rapporté les semonces de Paul contre la ville si ce n'est la remarque du v14, mais l'Apôtre n'avait pas du y aller de main morte contre l'Artémisium , son trésor monétaire, ses pratiques magiques (v19), et sa prostitution sacrée. La ville lui rétorquait par un semblant de vertu indignée.
La platitude de la refonte "la ville fut dans la confusion" jette un éclairage sur la réaction des copistes du texte alexandrin qui faisaient semblant de ne pas comprendre.

19, 33 -Alexandre.
Il était Juif. Ce nom grec était déjà celui d'un grand-prêtre membre du sanhédrin (Ac 4:6) . Il est vraisemblable que ce soit le même personnage. Son appartenance à la classe des grands-prêtres lui valant une certaine notoriété parmi les Éphésiens, la communauté Juive d'Éphèse, craintive devant une émeute qui pouvait se retourner contre elle, pensait pouvoir s'abriter derrière lui. C'est pourquoi les Juifs le mirent en avant. Il devait être reconnaissable parmi la foule, à son vêtement.

temple d'artemis19,35 -Hommes Éphésiens, quel est l'homme qui ne sait pas que notre ville est la gardienne du temple de la grande Artémis et de sa représentation tombée du ciel " “Notre ville” au lieu de la redondance “la ville des Éphésiens” dans le texte alexandrin;
νεωκόρον: qui assure l'entretien; νεωκόρος τῆς ᾿Aρτέμιδος était un titre que la ville se donnait à elle-même selon l'épigraphie et la numismatique. Le neokoros auxiliaire des prêtres avait sous sa gouverne les eunnuques au nom perse de "megabyzes", et les hiéro-doules ces esclaves prostituées.
La représentation tombée du ciel devait être une aérolithe noire similaire à celle de Paphos.

19, -39 Et si vous avez quelque requête sur un autre point, dans la loi de l'assemblée , elle sera résolue.
Texte restitué et traduit d'après le Latin correspondant : in legem ecclesiae.