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Les voyages de Paul






Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume III Library of New Testament Studies-LNTS
, E Barde : Commentaire en ligne
, Bruce Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, The Acts of the Apostles




Paul et la sanctification du Nom Christ, Seigneur, Jésus

18,1 - Se retirant,
ἀναχωρήσας au sens premier signifie "revenir sur ses pas". Ce ne peut être le cas ici puisque Paul se rendait à Corinthe pour la première fois. Il se retira d'Athènes, battant en retraite pourrait-on comprendre. Le verbe est utilisé dns ce sens en Act 23:19 et 26:31Ce n'était pas seulement un éloignement pour une autre destination, mais un changement de programme. Paul n'attendit même pas Silas et Timothée, il se retira à Corinthe après son discours devant l'aréopage. Bien qu'aucun procès ne lui ait été intenté, bien qu'il n'ait pas été inquiété, il vécut l'épisode d'Athènes comme un échec comme le laissait déjà supposer le chapitre 17 selon le codex Cantabrigiensis.


18,2 - προσφάτως
L'adverbe est rare (littér. récemment occis). Accidentellement, fatalement, inopinément.

18:2b - aussi Ils s'établirent en Achaïe - Paul s'approcha de lui.
Cette phrase, comme la mention de Priscille, est en apposition; elle rompt la continuité du récit; n'étant pas indispensable elle fut supprimée du texte alexandrin. La particule κὲ est le seul emploi biblique; avec l'indicatif aoriste elle marque la conséquence. L'Achaïe était le nom de la province romaine créée en 27 av JC par Auguste et regroupant au sud de la Macédoine L'Attique et le Péloponèse. Paul s'approcha de lui, c'est à dire d'Akulas (lat= Aquila, l'aigle) pour la raison donnée au verset suivant. Sa femme était nommée à l'occasion, mais ce n'est pas à elle que Paul s'intéressait. Les copistes du texte alexandrin ont adopté  le pluriel "il s'approcha d'eux", en raison de l'importance prise peu à peu par Priscilla. Mais ils ne respectaient pas la progression du texte initial.
3 en raison même de leur identité d'artisan. Il resta auprès d'eux et il travaillait
Le métier de Paul et d'Aquilas n'est pas indiqué dans le codex Bezae ni dans l'Itala (gig). Selon le texte alexandrin ils étaient “fabricants de tentes” (σκηνοποιοὶ).  Mais le terme est rare. Faut-il tenir l'information pour vraie ou s'agit-il d'un ajout littéraire? Étant donné le sens biblique du terme tente, et la proximité avec l'expression de Dt 31:10 ἐν ἑορτῇ σκηνοπηγίας en la fête des tentes, il n'est pas impossible qu'on ait voulu donner à Paul un métier à connotation spirituelle; comme selon Ac 20:34 il avait éxercé un métier manuel (cf également 1Co4:12, 2 Th3:8), ce qu'il avait créé matériellement, il le réalisait spirituellement à travers l'Église. 

18,4 -5 - Il disputait, incluant aussi le nom du Seigneur Jésus... Il était pressé par la parole, déclarant aux Juifs “Etre le Christ Seigneur Jésus”.
Ces deux versets détiennent des informations précieuses, que le rédacteur des Actes cherchait à transmettre mais que les remaniements dont ils ont été l'objet dans le texte alexandrin ont effacées.
ἐντιθεὶς , litt. ayant posé dedans. Ainsi dans son enseignement aux juifs et aux grecs Paul “incluait” ou "introduisait" le nom du Seigneur Jésus. En quoi était-ce nouveau par rapport aux discours précédents ? En Ac 13,32-42 , 17,3 et 31, il avait annoncé en Jésus, le Christ, le Messie, celui qui était ressuscité d'entre les morts. Ici l'accent était mis sur “le nom du Seigneur Jésus”. La suite du texte permettrait-elle de saisir ce qu'il y avait là de particulier?

συνείχετο: dans tous ses emplois lucaniens ce verbe a son sens habituel, presser, oppresser; ici il semble faire écho à une parole où Jésus se disait lui-même oppressé (Lc 12,50) . Paul à l'image de Jésus se trouvait oppressé par le désir de répandre la parole qui le consumait intérieurement; de quelle parole était-il question: de la bonne nouvelle en général ou bien de l'inclusion du nom du Seigneur Jésus?

διαμαρτυρούμενος, à la forme moyenne (déjà rencontré en Ac 2,40 et 10,42) ce verbe revêt le sens fort d'adjurer, avertir, prendre le ciel et la terre à témoin, faire une déclaration solennelle.

εἶναι τὸν Χριστόν ΚύριονἸησοῦν: le Christ Seigneur Jésus;
actes18,5 Le nom Seigneur est au centre de l'expression tandis que dans les autres emplois des Actes était privilégiée la confession “ Seigneur Jésus Christ”.
Puisque l'attribut en grec ne prend pas d'article, τὸν Χριστόν est donc sujet, Κύριον attribut. Aussi εἶναι τὸν Χριστόν ΚύριονἸησοῦν se traduit: « Le Christ Jésus est le Seigneur» sinon « le Christ c'est le Seigneur Jésus».
actes18,5Le copiste du texte latin a observé un intervalle entre Christ et Seigneur Jésus, comme pour dire: le Christ c'est le Seigneur Jésus.
A Corinthe, Paul qui parlait vraisemblablement en Grec avec les Juifs s'appliquait à garder une cetaine ambivalence dans l'expression employée, de manière à ne pas braquer son auditoire. Les blasphèmes émit par celui-ci (v6a) ne faisaient que rappeler ceux des Juifs d'Antioche de Pisidie(Ac 13:45)
Toutefois en raison de l'importance du verbe Être en rapport avec le nom Seigneur dans l'oeuvre de Luc, l'auteur des Actes - si ce n'est Paul lui-même - semblait identifier Κύριον à Adonaï. C'est ce que semble indiquer la suite avec la dissension entre Paul et les Juifs de Corinthe.

18,6 la traduction des écritures
διερμηνευομένων, selon 2 Mac1,36 ou Ac 9,36, signifie plutôt traduire qu'expliquer. On s'attachait donc à passer d'une langue à une autre, de l'hébreu au grec, mais peut-être aussi du grec à l'hébreu.
 
 
18,6a Paul ayant secoué son manteau leur dit: "Votre sang sur votre tête, je suis pur de vous".
Secouer son manteau : par ce geste Paul affirmait son innocence; ayant averti solennellement ses frères en religion il ne pouvait plus être tenu pour responsable de ce qui pouvait leur arriver
Le sang retombant sur la tête du coupable était une image empruntée à Ez 33,3-9: la personne qui avait été avertie mais n'en tenait pas compte allait être rendue responsable de son sort; son sang était sur elle. Paul ayant annoncé la parole de Dieu il était tenu quitte. Le sort de ces Juifs ne pouvait lui être imputé. La restitution par ἀφ᾿ ὑμῶν du texte grec lacunaire a été faite à partir du latin correspondant; sa disparition du texte alexandrin est compensée par les traducteurs avec "j'en suis pur" et où "en" se rapporte au “sang”.
 
18,7-8 Or Crispus
Les noms sont latins. Peut-être tous deux étaient-ils venus à Corinthe en même temps que Priscille et Aquila. Un certain Jésus surnommé Justus est mentionné par Paul en Col 4:11). Mais ce n'était pas le même car il était Juif , celui des Actes étant un craignant-Dieu incicrconcis.
 
18,8b Il mit sa foi dans le Seigneur...
pour avoir mis leur foi en Dieu à travers le nom de notre Seigneur Jésus Christ.
9 - Or le Seigneur dit à Paul dans une vision nocturne
La seconde partie du verset a été retirée du texte alexandrin pour des raisons liturgiques.
À travers ce verset l'auteur établissait-il une équivalence entre la foi dans le Seigneur, la foi en Dieu et la confession du nom Seigneur Jésus Christ?
Cette équivalence se retrouve fréquemment dans les Actes , entre la parole de Dieu et la Parole du Seigneur comme ici au verset 11.
τοῦ κυρίου ἡμῶν , Adonenou, en Hébreu signifie notre Seigneur, notre maître; ce qualificatif est donné aussi bien à David qu'à Dieu.
Si l'auteur des Actes avait souhaité identifier sans ambiguïté Jésus à Adonaï (Ha-Shem) à travers le nom Kurios, ce verset lui en donnait l'occasion , mais apparemment il ne l'a pas saisie puisqu'il l'a fait suivre du possessif "notre" qui n'accompagne jamais le nom divin. Aussi dans la denière phrase le Christ apparaît comme simple intermédiaire entre Dieu et l'humanité.
Mais cette conclusion est à nuancer; le nom évoque “la sanctification du Nom” qui est au centre de la spiritualité juive. En outre "Seigneur" revient dans la phrase suivante, lors d'une vision nocturne, impliquant de lui conférer des arrtibuts divins.
L'auteur des Actes s'est refusé à dogmatiser sur l'identité de Jésus, mais il a laissé percevoir les questionnements et l'évolution de la réflexion apostolique sur ce point .
 
18,10 “Car Je Suis avec toi!”.
Cette parole reçue par Paul dans sa vision nocturne rappelle la révélation faite à Moïse sur le Sinaï (Ex 3, 12,14). Non seulement cela mais l'Annonce à Marie: Le Seigneur avec toi. Car qui parlait à Paul ? “Le Seigneur” dit le texte. Il convient donc d'établir un lien avec les différentes occurrences du nom Seigneur dans ce chapitre comme avec la parole de Jésus à Paul sur le chemin de Damas (cfAc 9,5 22,8 et 26,15): “Je Suis Jésus que tu persécutes”.
Ainsi dans ce chapitre 18 des Actes Luc donnait à entendre que dans la pensée de Paul coïncidaient ces trois entités: Le Seigneur, Je Suis, et Jésus.
 
18,12 Gallion étant alors proconsul de l'Achaïe
Le proconsulat de Gallion d'une durée d'un an est daté en fonction du règne de Claude, du printemps (mai) 51 au printemps 52 (vers mai/juin date limite extrême 1er août 52) .
“Tibère Claude César Auguste Germanicus, 12e année de puissance tribunicienne, acclamé empereur pour la 26e fois, père de la patrie, envoie son salut à ... Comme me l'a rapporté récemment mon ami et proconsul L. Iunius GALLION et désirant que Delphes retrouve son ancienne splendeur...".
Texte grec de l'inscription de Gallion, le frère de Sénèque ,
bibliographie: Laura Boffo, Iscrizioni Greche e Latine per lo studio della Bibbia, Paideia 1994, p 247-256.

Luc établissait un lien direct entre ce proconsulat et le soulèvement qui se produisit contre Paul; ce serait à l'arrivée de Gallion que les juifs auraient tenté de se défaire de Paul ; citoyen romain, celui-ci était en général assez bien vu des autorités (cfAc13,7 et 19,31), et il se pourrait qu'il ait su mettre de son côté le proconsul qui venait de laisser sa place à Gallion; avant que Paul n'ait pu s'entretenir avec lui, les juifs se seraient dépêchés d'agir. C'est pourquoi l'évènement serait à situer dans les premiers mois de l'arrivée du proconsul au milieu du printemps 51.

Un peu plus d'un an et demi plus tôt, aux fêtes d'automne, Paul se trouvait effectivement sur les rives du Gangitès à Philippes, cf Act 16,13.
 
18,13 d'une manière contradictoire à la loi, il incite les humains à adorer Dieu
παρὰ τὸν νόμον οὗτος ἀναπείθει
πείθει signifie persuader; précédé du préfixe ἀνα, le verbe se charge d'une connotation négative ; la personne qui persuade induit en erreur, provoque ou incite à l'insurrection (cf IMb1:11, BJ 7,438). παρὰ+accusatif peut signifier "contrairement à". Le conflit ne portait pas comme à Thessalonique sur la royauté du Christ et les implications politiques possibles (Ac 17,7), mais sur une question de théologie en rapport à la loi juive. Le fond de la question allait être évoqué par Gallion

18,15 “si vous avez une recherche sur une parole, et des noms...”
Dans l'invective des juifs contre Paul une question sur les noms avait frappé l'oreille de Gallion; de quels noms était-il question pour que les Juifs pensent la Loi en danger? La Sanctification du Nom ou “qidouch hachem” est un thème central de la spiritualité Juive; tellement central que Jésus en faisait la première demande de la prière donnée à ses disciples : Père que ton nom soit sanctifié (Luc 11,2). Aux yeux des Juifs, Christ et Seigneur, les titres de Jésus évoqués tout au long de ce chapitre avec une récurrence significative, ne mettaient-ils pas la Loi en danger ?
Ainsi à Corinthe où Paul avait traduit et commenté les écritures, les Juifs ne le citaient pas en justice parce qu'il incitait à voir en Jésus un rival de l'empereur, mais parce que sa confession de foi en Jésus Christ Seigneur était pour eux contraire à la loi. Seigneur avait pris un sens nouveau dans l'enseignement de Paul, plus précis, plus spécifique depuis qu'il avait été en contact direct avec l'évangile écrit par Luc (cf Acts 17,3). Dans son annonce de Jésus Kurios il laissait dévoiler l'identité de Jésus.
 
18,17 Les Grecs, prenant (en échange) Sosthène...(D E L P Ψ 049 056 0120…)
“Les Grecs” : le terme a disparu de quelques grands onciaux (A B P74 Sinaïticus) , donnant à penser que ce furent les Juifs qui humilièrent, sans raison, Sosthène. Pourtant ce ne furent pas les Juifs qui s'en prirent au chef de synagogue, mais les Grecs .
Qui étaient-ils? Ceux qui assistaient à cette séance du tribunal et qui souhaitèrent à travers le chef de synagogue punir les Juifs. ἀπολαβόμενοι signifie recevoir en échange, en contrepartie. Pour venger Paul d'avoir été cité inutilement devant leur tribunal, ils infligèrent un affront à Sosthène, chef de synagogue, responsable de la communauté juive, en le frappant publiquement devant Gallion. La fin du verset qui est lacunaire dans le texte grec est traduite d'après le vis à vis latin.
Ce verset fut remanié car Paul en ouvrant sa première épître aux Corinthiens parlait au nom d'un frère qu'il nommait Sosthène:«Paul, appelé, par la volonté de Dieu, à être un apôtre de Jésus-Christ, et le frère Sosthène, saluent l'Eglise de Dieu établie à Corinthe.»1Co 1:1-2.
Afin que les Chrétiens de Corinthe ne soient pas assimilés aux Grecs qui avaient humilié Sosthène, les copistes du texte alexandrin firent disparaître ce nom, laissant entendre que les Juifs eux-mêmes s'étaient vengés de leur échec sur leur propre chef de synagogue. Quoiqu'il en soit celui-ci serait devenu chrétien suite à cet épisode mémorable.
[alors que Gallion feignait de ne pas voir]
Le verset lacunaire en grec a été restitué d'après le latin et le papyrus P41; Gallion n'avait rien ordonné, mais il laissait les citoyens de Corinthe réprimer le chef de file pour avoir engagé inutilement un procès.
Le texte alexandrin en disant que “rien de cela n'importait à Gallion”, continuait dans sa logique puisqu'il laissait entendre que c'étaient des Juifs qui frappaient Sosthène, leur propre archonte synagogal.  L'affaire étant interne , Galion n'avait pas à s'en mêler.
 
18,18 Or Paul après être resté encore suffisamment de jours.
Un temps à prendre en compte en plus de l'année et-demi du v.11. Ce temps estimé en jours ne devait pas être d'une année mais de plusieurs semaines sinon de quelques mois.
 
après s'être fait raser la tête à Cenchrées car Il avait fait une prière;
Au lieu du voeu (εὐχήν), le codex de Bèze inscrivait ici le terme prière (προσεὐχήν), donnant un sens spirituel au voeu de Naziréat fait par Paul. Paul se dépêcha ensuite de monter à Jérusalem (pour offrir l'agneau correspondant à son voeu, selon les usages du Temple qu'il suivait alors rigoureusement). À quelle intention avait-il fait ce voeu? Luc ne l'a pas dévoilé. Néanmoins par ses lettres Paul disait devoir son salut à Priscilla et Aquilas de même qu'à Phoebé diaconesse de la communauté de Cenchrées qui avait été sa "protectrice" soit pour l'avoir reçu et caché, soit pour l'avoir défendu (R 16,1). Il avait peut-être fait un voeu pour échapper à un danger. Ce voeu de Naziréat, qui était une prière intervenant alors que sa vie avait été mise en danger, devait être lié, d'une manière ou d'une autre, à la sanctification du Nom (cf v 15) de celui que Paul nommait "le Seigneur de Gloire" (1Co2,8).
 
18,21 Il faut absolument , la fête prochaine, la faire à Jérusalem
Paul montait à Jérusalem pour y accomplir le sacrifice prescrit par la loi du naziréat, à l'occasion d'une fête; laquelle? L'incident devant le tribunal de Gallion étant daté du printemps 51, la fête pouvait être celle de Souccôt 51 ou de la Pâque 52. Après sa conversion en 33/34, Paul était retourné à Jérusalem en 36/37 (Gal 1,18),puis vers 42/43 (Ac 11,30) puis en 47/48 (Ac 15) et enfin pour y accomplir son voeu en 51/ 52.
Je reviendrai vers vous, Dieu le voulant.
Le génitif absolu Dieu voulant, n'est pas conditionnel; Paul posait une affirmation: je reviendrai vers vous (parce que) Dieu le veut. Luc ajoutait en Ac 19,1 qu'au moment où il était en train de réaliser son dessein d'aller à Jérusalem, l'Esprit lui disait de se rendre en Asie, ce qu'il ne lui avait pas permis un an et demi plus tôt (Ac 16,6).
 
18,25 Apollonios...d'esprit bouillant se prononçait librement et enseignait avec rigueur...
Apollonios porte le nom d' Apollos dans les autres manuscrits et surtout dans les épîtres Pauliniennes (1,Co1,12; 3,4-6, 16,12, Tt 3,13). Gageons que Luc donnait le nom véritable de ce beau-parleur qui se faisait donner le nom d'Apollon. Avec l'éloquence ne jouissait-il pas de l'agrément de la beauté? Selon les autres manuscrits, au v.27, “Appolos ...fut d'un grand secours aux fidèles par grâce”. Grâce de Dieu, de l'éloquence ou de l'aspect physique?
ἀπελάλει: dans ses emplois les plus connus ce verbe signifie parler à tort et à travers plutôt qu'avec pondération. Mais Luc ajoutait à cela qu'Apollonios enseignait avec rigueur ; cette contradiction subtile ne serait-elle pas le signe d'une critique déguisée en louange? Apollonios avait trouvé un grand crédit auprès des églises et il n'était pas question de le critiquer ouvertement. Mais on peut se demander si ce n'est pas lui qui était en cause dans les sous-entendus de la première épître de Paul aux Corinthiens (1 Co1/12,19-20,31-2/1) et les remarques plus qu'acerbes de sa seconde épître ( 2 Co 10/12,16;11/4-6, 12-15). On objectera à cela 1Co16,12 et Tite 3,13 qui se veulent favorables à Apollo[nio]s.
Apollonios aimait les joutes publiques où il savait confondre les Juifs; cela ne signifie pas qu'il ne s'adressait qu'à eux.Il aimait leur démontrer que Jésus est le Messie. Il y aurait eu rivalité entre lui et Paul, car il récoltait là où l'Apôtre avait longuement semé.

18,26 Aquilas et Priscille
Comme lors de leur présentation en Ac18,2, Aquilas est nommé en premier dans le codex Cantabrigiensis. En tant qu'homme il pouvait s'adresser à Apollonios pour examiner sa doctrine; mais il ne le fit pas sans Priscilla. Au v 18 Priscilla est nommée en premier; il semble qu'elle ait été en faveur auprès de Paul pour lui avoir sauvé la vie avec son mari :«Saluez Priscilla et Aquilas, mes collaborateurs dans le service du Christ Jésus. Ils ont risqué leur vie pour sauver la mienne. Je ne suis pas seul à leur en devoir gratitude. C'est aussi le cas de toutes les Eglises des pays païens.»Ro16,3-4, «Salue Prisca, Aquilas, et la famille d'Onésiphore»2Ti4,19). L'initiative revenait à Priscilla; peut-être avait-elle la première était attentive aux discours de Paul jusqu'à accueillir le Christ dans sa vie. si Aquilas revenait en premier, c'est parce qu'il importait de nommer le chef de maisonnée: «Aquilas et Prisca vous envoient leurs salutations au nom du Seigneur, ainsi que l'Eglise qui se réunit dans leur maison.»1Co16,19. Paul écrivait d'Ephèse où il resta deux années pleines à leurs côtés. L'ordre dans l'énoncé de leurs deux noms n'est pas anodin comme on l'a vu pour Barnabé et Paul et Luc ne faisait que suivre le mouvement de l'Apôtre.

18,27 Or résidant à Ephèse, des Corinthiens en l'entendant lui demandèrent de faire la traversée avec eux jusque dans leur patrie. Leur ayant alors donné son assentiment, les Ephésiens écrivirent aux disciples à Corinthe, de manière à ce qu'ils accueillent l'homme.
Lui résidant en Achaïe, échangea beaucoup dans les églises;

[texte alexandrin: Comme il avait l'intention de se rendre en Achaïe, les frères l'y encouragèrent vivement et écrivirent aux disciples de Corinthe de lui faire bon accueil. Dès son arrivée là-bas, il fut, par la grâce de Dieu, d'un grand secours pour les croyants,]

Le codex Cantabrigiensis dénote une certaine défiance vis à vis d'Apollonios, un beau parleur qui avait su séduire un groupe de Corinthiens. Il n'est pas appelé frère mais homme, et la lettre de recommandation était peut-être une mise en garde. La refonte du verset dans la tradition alexandrine, favorable à Apollonios qui était originaire de chez elle, visait a effacer la défiance des Éphésiens à son égard.

18,28 avec vigueur il confondait les juifs dans des disputes publiques soutenant à travers les Écritures que Jésus est le Christ.
Apollonios avait été instruit du baptême de Jean, c'est à dire du repentir en vue de la venue messianique à Alexandrie, et Aquilas avec Priscilla l'avaient mis au courant de la voie. Il annonçait que Jésus était le Christ, le Messie tandis que l'annonce de Paul était d'une autre nature. Avec Apollonios s'inscrivait un retour en arrière, là même où Paul à travers son voeu de naziréat s'était engagé dans la sactification du Nom.