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Paul à Athènes






Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume III Library of New Testament Studies-LNTS
, E Barde : Commentaire en ligne


Paul en Macédoine et à Athènes


carte du second voyage de Paul17:1 ils descendirent à Apollonide. La ville de cette région de Macédoine était Apollonia.
Apollonida était en Lydie non loin de Thyatire entre Sardes et Pergame. Ἀπολλωνίδα a été corrigée dans le Latin correspondant en Apolloniam. Si les dittographies sont nombreuses dans ce chapitre, il s'agit néanmoins ici d'une confusion de deux noms, l'auteur ou le copiste projetant ses souvenirs de l'une sur l'autre.

17,2 - Selon la coutume
(εἰσωθὸς pour εἰωθὸς) Selon la coutume que les juifs avaient de se réunir à la synagogue notamment en sabbat ; selon la coutume que Paul, fidèle à sa religion, observait lui aussi. Même remarque en Luc 4,16

2-3 “Il dialogua avec eux à partir des Ecritures, en ouvrant et en mettant en parallèle que...”
Paul se basait sur les Ecritures consignées sur les rouleaux gardés dans le tabernacle de la synagogue; et qu'ouvrait-il? Soit dans un sens figuré l'intelligence pour comprendre les Ecritures (cf Lc24,45 dont tout le verset est proche), soit les rouleaux eux-mêmes. Puis il établissait un parallèle; avec quoi? avec les paroles de Jésus qui viennent à la suite ; n'aurait-il pas détenu alors un rouleau des paroles du Maître?
“qu'il fallait, pour le Christ, souffrir et se lever d'entre des morts”.
Pour la première fois Paul, reprenait dans son enseignement les paroles mêmes de Jésus issues de Lc 9,22 (ou 24,46) avec δει, il faut mis à l'imparfait ἔδει il fallait par nécessité littéraire. S'impose l'évangile lucanien plus que les deux autres synoptiques dans la mesure où Luc affirmait sa présence auprès de Paul depuis le départ pour la Macédoine. N'aurait-on pas ici le symptôme d'un écrit que l'évangéliste avait emporté avec lui et auquel Paul pouvait se référer?
Sous sa plume, alors que depuis Corinthe Paul écrivait à ces mêmes Thessaloniciens quelques temps plus tard, apparaissait un verbe très "sensible” dans l'évangile de Luc: “Nous croyons que Jésus est mort et qu'il s'est levé “ (1 Th 4,14); il affirmait ainsi, avec Luc, que Jésus s'était de lui-même levé de la mort, de sa propre volonté et puissance. Partout ailleurs et même au début de son épître (IThess1,10), reprenant la formulation apostolique adoptée dès la Pentecôte, il écrivait que le Père avait réveillé Jésus d'entre les morts. Sa première épître aux Thessaloniciens confirmerait qu'il avait eu accès, momentanément du moins, aux paroles de Jésus gardées dans l'Évangile. C'est en 2 Co 8,12 qu'il parlait directement de l'évangéliste et de son oeuvre: “Nous avons envoyé avec lui le frère dont toutes les églises chantent la louange au sujet de l'évangile”. Luc qui ne disait pas explicitement avoir accompagné Paul au-delà de Philippes aurait circulé dans les différentes communautés en faisant connaître son écrit. Les faits et gestes de Paul lui seraient ensuite revenus par le bouche à oreille, comme la comparution devant l'aréopage.

17,3b Celui-ci est le Christ Jésus
Paul annonçait aux Juifs de la synagogue que Jésus était le Christ, le Messie attendu. Alors qu'à Chypre (cf 13,32), il avait annoncé en Jésus “le Seigneur”.

17,4 - Furent adjoints à Paul et Silas, par l'enseignement, beaucoup de craignant-Dieu, et de Grecs en grande multitude et des femmes des élites.
προσεκληρώθησαν : un hapax signifiant "attribuer, assigner par le sort" ou bien "adjoindre à l'héritage"; en effet κλήρος désigne non seulement l'objet servant à tirer au sort mais aussi la part d'héritage obtenue par tirage au sort. Ainsi les craignants-Dieu entraient dans l'héritage de Paul et Silas. Paul écrivait en Gal 2:7 que lui avait été confiée l'évangélisation des incirconcis.
Le codex Bezae distingue explicitement les “craignant -Dieu” , ces païens venus à la foi juive, des simples Grecs sacrifiant à leurs propres dieux. Les femmes des premiers, avaient pour époux des représentants de l'autorité. Parmi ceux-ci, certains pouvaient être des Juifs (cf v5 et 11). Toujours est-il que l'enseignement de Paul débordait les frontières religieuses de la synagogue.

17,5 Mais des juifs qui ne s'étaient pas laissés convaincre.
"Pris de jalousie" selon le texte alexandrin. C'était la raison déjà donnée à la persécution d'Antioche de Pisidie (Ac 13,45) Mais à Thessalonique (comme à Iconium en Ac 14:2), ceux qui n'ajoutaient pas foi aux paroles de Paul s'insurgèrent contre lui en faisant appel aux vagabonds de service. Pour agir ainsi, ils appartenaient probablement à l'élite de la ville.

17,11: bien-nés de ceux [qui sont] à Thessalonique
Avec εὐγενεῖς, Il s'agissaitt des gens de noble origine; le caractère succinct de la formulation oblige à lire entre les lignes: ainsi les Juifs de Bérée appartenaient aux familles de l'élite Juive de Thessalonique, la capitale de Macédoine, toute proche. C'est pourquoi leurs concitoyens de Thessalonique en apprenant qu'ils adhéraient aux propos de Paul vinrent semer le trouble à Bérée.
Avec le comparatif εὐγενέστεροι , la tradition alexandrine forçait à prendre le terme au sens moral "plus courtois", ou "plus généreux".

17,12 Or donc, certains d'entre eux crurent, mais d'autres n'ajoutèrent pas foi; et parmi les grecs et les gens de distinction des hommes et des femmes suffisants (en nombre) crurent.
Comme au verset 5, Luc faisait la part entre ceux qui ajoutaient foi aux propos des Apôtres et ceux qui demeuraient incrédules.

17,13 Lorsque les Juifs apprirent que la parole de Dieu était annoncée à Bérée
Comme à la synagogue était enseignée, ordinairement, "la parole de Dieu", serait attendue ici "la parole du Seigneur" , relative à l'enseignement de, ou sur Jésus. Cette occurrence manifeste que les deux expressions étaient équivalentes pour l'auteur.
Cf La parole du Seigneur, parole de Dieu

17, 15 Ceux qui accompagnaient Paul le conduisirent jusqu'à Athènes; il passa outre la Thessalie, car il s'était empêché , pour eux, de proclamer la parole; s'étant alors chargés d'une recommandation de Paul pour Silas et Timothée de manière à ce qu'ils viennent en hâte jusqu'à lui, ils se mirent en route.
Paul quittant Bérée pour Athènes aurait souhaité accoster en Thessalie. Mais pour ceux qui l'accompagnaient, il y renonça, afin qu'ils rentrent plus vite à Bérée. Il leur remit une letttre à l'intention de Silas et Timothée, leur demandant de le rejoindre.

17,18a des philosophes stoïciens se rassemblaient [autour de] lui.
συνέλαβον = se rassemblaient n'est pas une dittographie (pour συνέβαλλον= ils échangeaient); en traduisant Paul devant l'aréopage, les philosophes grecs n'étaient pas vraiment informés de ce qu'il enseignait. Selon le codex au verset 19, ils l'interrogèrent pour s'informer. Ils n'avaient donc pas encore échangé ou dialogué avec lui, mais l'avaient simplement jaugé.

17,18 éjaculateur verbeux.
σπερμολόγος (sperme-parole). Dans le latin du codex Bezae, le terme fut latinisé en “spermologus”. Bavard est un euphémisme. Éjaculateur de mots, éjaculateur verbeux correspondrait mieux à la critique athénienne.

17,19 cette nouvelle doctrine prêchée
καταγγελλομένη: “prêchée contre”, “annoncée contre” (λαλουμένη = “énoncée”, selon le texte alexandrin). L'enseignement de Paul entrait en contradiction avec celui des philosophes si bien qu'il leur paraissait empreint d'animosité. À Thessalonique Paul avait inspiré de la méfiance bien plus que de la jalousie (v5), à Athènes il inquiéta plus qu'il n'intéressa. Il y eut tendance , dans le texte alexandrin, à minimiser cet impact par le seul jeu du vocabulaire, et de retourner la situation en faveur de Paul. Déjà l'auteur des Actes en se moquant de la nonchalance des Athéniens (cf v.21) , tendait par contraste à rehausser la valeur des intentions de Paul.

17,20 des propos étrangers tu portes à nos oreilles, nous voulons donc savoir
ce que cela veut être
;
ξενίζοντα : étranger, venu d'ailleurs ou extérieur à la pensée philosophique plutôt qu'étrange, incongru ou inquiétant puisque précédemment il était fait allusion aux divinités étrangères v18 et aux étrangers résidant à Athènes au v 21. Ils avaient entendu cet étranger déclamer, mais n'avaient pas encore saisi ce qu'il prêchait sinon que son enseignement était empreint d'animosité (v19).

17,23 Car, en parcourant et en scrutant vos monuments sacrés
δι-ιστορῶν: examiner à travers. Paul avait donc déchiffré les inscriptions grecques des monuments.

17,23b un autel sur lequel était écrit: Au Dieu inconnaissable!
Non pas écrit, mais "inscrit" selon le texte alexandrin, ce qui convient mieux puiqu'il s'agissait d'une inscription sur pierre.
Ἀγνώστῳ θεῷ peut se lire de deux manières, soit "à un dieu inconnu", soit "au Dieu inconnaissable". C'est le premier sens qu'a retenu Paul appuyé par la tradition car s'il pouvait y avoir à Athènes des autels dédiés par les résidents étrangers à des dieux inconnus des Grecs, il semblerait que certains aient été dédiés à des dieux inconnus pour éviter de se les rendre défavorables (cf Philostrate Vie d'Apollonius de Thyane 6,3,5; Pausanias I, 1, 4, 17). À moins qu'il ne s'agisse d'un autel dédié au "Dieu inconnaissable" que le philosophe ne saurait appréhender par le langage, tant la réalité échappe à la connaissance (Platon, Théetete 202b). L'adjectif a donné en français “agnostique" derrière lequel se regroupent ceux qui se refusent à "dire" Dieu.

17,24 le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas dans des temples faits par des mains.
κατοικοῖ pour κατοικεῖ; dittographie.
Ce verset rappelle le discours d'Étienne qui répercutait l'attente Samaritaine d'un temple reconstruit à l'initiative divine , sans recours aux mains humaines. Paul semblait considérer la religion des Athéniens d'une manière qui les infantilisait et ses propos entraient en contradiction avec son attitude personnelle puisqu'il n'avait pas, lui-même cessé d'offir des sacrifices au temple de Jérusalem.

17,26 - Parce que Celui qui a donné à tous la vie, le souffle et toutes choses, 26 a fait à partir d'un seul sang toute race d' humain.
αἵματος , le sang . Ce terme présent également dans un grand nombre de manuscrits en cursives a été omis dans le texte alexandrin où l'on ne lisait plus qu'“un seul”, sous-entendu un seul homme.
Dans la Genèse aux chapitres 1 à 4 , celui que Dieu créa était appelé “ha-adam” non point un individu en particulier mais le genre humain en général. Dans le second chapitre de la Génèse, Dieu conférait au genre humain, ha-adam, un souffle, une âme, dont le sang était porteur. Le verset du codex Cantabrigiensis selon lequel Dieu avait créé les humains à partir “d'un seul sang” s'appuie sur une lecture hébraïque des quatre premiers chapitres de la Génèse.
Par contre à partir du verset 4,25 - à l'extérieur du jardin d'Eden - survenait tout à coup Adam, l'homme historique père de Seth et dont étaient issues les générations de la Bible. Par le simple jeu de l'article étaient ainsi différenciés ha-adam, le genre humain de l'Adam historique.
La retouche apportée par la tradition alexandrine visait à rendre le verset plus conforme à sa théologie. En faisant disparaître le mot "sang" elle donnait à entendre que Dieu avait créé la race humaine à partir d'un unique homme, un homme historique identifié à Adam.

17,26 définissant des temps fixes et des limites à leur habitat, 27 pour rechercher surtout  ce qui est divin, à moins qu'ils ne l'aient palpé ou atteint ,  n'étant pas loin de chacun de nous .
τὸ Θεῖόν ἐστίν, ce qui est divin. La tradition alexandrine lui a préféré τὸν Θεόν, Dieu, qui prête moins a confusion.
ψηλαφήσαισαν, un aoriste optatif actif (cf Job 5,14 et 12,25), de même que εὕροισαν qui le suit. La première limitation rencontrée par les humains est liée aux astres et au temps; la nuit leur impose le sommeil pour qu'ils puissent vivre et agir de jour. Ce déterminisme qui est le fruit d'un dessein intelligent devrait les pousser à rechercher la cause initiale, c'est-à dire le divin. L'atteindre n'est pas impossible puisque cette limite imposée, jouxte un divin qui ne se tient pas loin des humains. A l'intérieur même de cette organisation du temps les humains vivent agissent et se meuvent; s'ils peuvent y trouver le divin c'est bien parce qu'ils s'originent en lui; c'est ce qu'ont dit les philosophes grecs “nous sommes de cette origine” puisque par la pensée ils s'élèvent jusqu'à lui.

28 Car en elle nous vivons, nous nous mouvons et nous existons chaque jour.
Le pronom féminin elle, représente soit la terre, soit la demeure. La terre semble indiquée au niveau du sens. Le latin correspondant s'est aligné sur le texte alexandrin avec un pronom masculin "en lui"  et qui représentant Dieu, s'harmonise avec la fin du verset.

17,30 les temps de cette ignorance, Dieu, les dédaignant,
À παριδὼν, dédaigner, regarder de côté, le texte alexandrin a préféré ὑπεριδὼν, voir au-delà, ne pas tenir compte.

17, 32 Lorsqu'ils entendirent "résurrection des morts".
Paul venait de leur dire que Dieu avait ressuscité Jésus d'entre les morts. Mais les Athéniens entendirent "résurrection des morts". Si les deux expressions étaient équivalentes Luc n'aurait pas pris soin de marquer la différence. La résurrection des morts implique le relèvement du cadavre dans sa matérialité, mais non la résurrection d'entre les morts.

17,34 Ils crurent; et parmi eux Denys , un certain Aréopagite, personne de condition, et d'autres avec eux.
“Avec eux”, paraissant illogique le Latin lui a substitué un pronom au singulier "cum eis". Mais il se pourrait toutefois que Denys d'une part, l'aréopagite et la personne de condition d'autre part aient été deux sinon trois personnages différents.
Le texte Alexandrin adjoignait à Denys une femme, Damaris, inconnue par ailleurs.