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Site archéologique de la ville de Philippes






Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume III Library of New Testament Studies-LNTS

Bruce M. Metzger: Commentaire en ligne
, E Barde : Commentaire en ligne


Luc, Paul, Silas et Timothée à Philippes

 
16,1 - Traversant ces nations.
Un verset modifié dans le texte alexandrin pour ne pas faire double emploi avec le dernier verset du chapitre précédent.
Du nom de Timothée
Timothée n'était pas un seul et même personnage avec Tite puisque Paul parlait de Tite dans une de ses lettres à Timothée (2 Tim 4:10). Alors que Timothée signifie "qui craint/honore Dieu", Tite  qui vient du Latin Titus a pour homonyme grec l'adjectif Titos qui signifie: "qui mérite vengeance". Timothée parce que de mère Juive était Juif, à la différence de Tite qui était d'origine païenne. Quand Paul fit sa connaissance, Timothée s'appelait déjà de ce nom puisque Luc écrivait qu'en arrivant à Lystre: "Et voici, il y avait là un certain disciple du nom de Timothée”; en lui administrant la circoncision, Paul n'a pas changé son nom de Tite en Timothée. Les deux sont des personnages différents même si Paul s'adresait à chacun comme à un fils spirituel.
16,3 - Il le circoncit.
Paul à Jérusalem n'avait pas fait circoncire le grec Tite qui était considéré comme simple craignant-Dieu puisqu'il était d'origine païenne. Par contre Timothée qui relevait par sa mère de la condition juive se devait de manifester son appartenance dès lors qu'il se mettait à fréquenter des frères Juifs, dont Paul, avec lesquels il entrait dans les synagogues. Il n'y avait pas contradiction entre la position prise par Paul et les Apôtres à l'égard de Tite et celle prise par Paul envers Timothée. L'appartenance au peuple depuis Esdras était donnée par la lignée maternelle. L'appartenance à une tribu venait de la reconnaissance paternelle.
Cet acte de Paul est cohérent avec les différentes nuances du codex Cantabrigiensis relevées au chapitre précédent et qui témoignent de la pensée de Paul à cette étape.
Actes 15,2 et 15,41.
 
16,4a - En traversant les villes, ils proclamaient et leur transmettaient avec beaucoup de liberté le Seigneur Jésus Christ
Paul qui était accompagné de Silas (Acts 15,40) venait de s'adjoindre Timothée inclus dans ce "Ils".
La première action était la libre proclamation avec pour objet: le Seigneur Jesus Christ. Mais comme la confession du Christ était réservée par la tradition alexandrine à ceux qui avaient reçu le baptême, le verset a pu être modifié, faisant disparaître la nouveauté de la proclamation aux nations ; ce dernier mot du v 1, également a disparu du texte alexandrin .
Cf "le titre Seigneur Jésus Christ dans les Actes".

16,4b transmettant en même temps  les lettres des apôtres et des anciens, ceux [qui sont à ] Hierosolyma.
Telle était le second objectif: transmettre la lettre confiée par l'église de Jérusalem (cf Act 15:30). Le pluriel τὰς ἐντολὰς suggère qu'ils étaient porteurs de divers exemplaires de la même lettre à l'intention des diverses communautés rencontrées. Paul n'éprouvait pas de difficulté à communiquer une missive qui ne détenait pas de de contradiction avec son enseignement.
Dans toutes les villes où ils passaient, ils leur transmettaient de garder les décisions prises par les apôtres et les Anciens, ceux [qui sont] à Hierosolyma.
Comme en 15,41 la tradition alexandrine ne disait pas que Paul et Silas étaient porteurs de la lettre apostolique. L' expression employée παρεδίδοσαν αὐτοῖς φυλάσσειν τὰ δόγματα = transmettre de garder les décrets, est peu claire; elle suggère qu'ils transmettaient le devoir de se conformer aux décrets de l'église de Jérusalem, sans préciser que c'étaient eux qui leur en apportaient le texte.

16,6 empêchés par le Saint-Esprit d'annoncer à quiconque la parole de Dieu en Asie
La parole de Dieu et non la parole du Seigneur selon le texte alexandrin. Subtile glissement de l'annonce du Seigneur Jésus Christ v4a à la parole de Dieu.
Cf "la parole du Seigneur parole de Dieu ".

16,7 - ils voulaient se rendre en Bithynie; mais l'Esprit de Jésus ne le leur permit pas.
L'Esprit de Jésus: expression unique, présente dans tous les grands onciaux.
- Est-elle l' explicitation de ce que l'auteur des Actes pensait lorsqu'il parlait de l'Esprit Saint: l'esprit de Jésus, sa présence invisible?
- Ou bien est-elle un rappel de l'épisode des Samaritains que Jacques et Jean souhaitaient mater apr le feu du ciel? Ce à quoi Jésus rétorqua: “vous ne savez pas de quel esprit vous êtes” Lc 9:55-56. Les deux frères en reçurent le nom de "fils du Tonnerre" .
Le verset est à relier au v10b

16,9 - comme un homme macédonien quelconque, qui se tenait en face de lui.
Fut émise l'hypothèse que cet homme était un macédonien connu de Paul, l'auteur des récits en nous qui parsèment les Actes; il aurait été originaire de Philippes (cf Ernest Renan, St Paul, p130, L Ramsay et Wendt). Mais pourquoi Paul avait-il besoin de voir Luc dans une vision s'il était de ceux qui se trouvaient avec lui à Troas?
Le codex Cantabrigiensis avec "comme un homme quelconque" laisse entendre que Paul reconnaissait l'origine Macédonienne du personnage mais non son identité.
 
16,10a Il nous racontait sa vision
Le nous réapparaît une phrase plus tôt dans le codex Bezae. L'auteur des Actes était à Troas avec Paul au moment où celui-ci s'apprêtait à quitter la Mysie pour la Macédoine. D'Antioche il les avait rejoints, peut-être par mer.

16,10b et nous comprîmes que le Seigneur nous appelait à évangéliser ceux de Macédoine.
L'appel venait du Seigneur, c'est-à dire de Jésus dont l'esprit évoqué au v 7 avait empêché qu'ils se rendent en Bythinie.
La refonte du verset dans le TA attribuait l'appel à Dieu: “ À la suite de cette vision de Paul, nous avons aussitôt cherché à nous rendre en Macédoine, déduisant que Dieu nous appelait à les évangéliser” (grammaticalement “les” -gr αὐτούς - ne renvoie à aucune entité).

16,12 De là à Philippes, laquelle est tête de la Macédoine,(en tant que) ville colonie.
Ville colonie au nominatif est en apposition au pronom sujet de la phrase représentant Philippes; le français supplée à cette règle courante par l'insertion de en tant que. Comme κεφαλὴ, tête, désigne souvent la capitale d'un pays et que Philippes n'eut jamais ce rang là, mais Thessalonique, la phrase fut remaniée: "Philippes est première d'une partie de Macédoine (en tant que) ville colonie ”.
Retient l'attention le terme κολωνία, colonie , un latinisme que Luc aurait pu éviter puisqu'existait le grec κaτοικία qui désigne la colonisation d'une terre. Mais avec le latin, Luc gardait à la ville son statut spécifique de colonie romaine, différent de celui d' autres villes; il établissait une comparaison , non avec les autres cités de Macédoine, mais avec les colonies romaines qui s'y étaient établies.
La particularité de Philippes est d'avoir été fondée en 42 par Antoine au lendemain de sa victoire remportée avec Octave contre Brutus et Cassius. Cette agglomération qu'il peupla de vétérans des cohortes de prétoriens paraît bien avoir été la première colonie romaine de Macédoine; elle servit douze ans plus tard de tête de pont aux nouveaux colons venus de la Péninsule, pour avoir été dépossédés de leurs terres par Octave en 30. Cette ancienneté et ce rôle seraient les raisons pour lesquelles Luc présentait la colonie comme “tête” de Macédoine, ou tête de pont. La leçon du codex Cantabrigiensi fait sens, tandis que son remaniement dans le texte alexandrin est très obscur.
 
 16,13 - Le jour des Sabbats
Cette expression rencontrée en Lc 4,16 incluait avec le septième jour de la semaine, les jours de fête chômés (et les néoménies dans les temps plus anciens). Elle fut utilisée sans connaissance de cette acception en Ac 13,14 par les copistes , excepté le codex Bezae.
“Le jour des Sabbats” n'indiquait donc pas forcément un sabbat mais ici, plutôt un jour de fête. ce que semblerait confirmer la suite du texte.
 
Nous sortîmes, à l'extérieur de la porte, auprès du fleuve.
Plutôt qu'une des portes de la ville, Paul Collart a pensé voir sous le mot πύλης l'arc construit à l'ouest, près du fleuve, en commémoration de la victoire de Philippes. La redondance ἐξήλθομεν ἔξω indiquant qu'ils sortirent pour se retrouver à l'extérieur de la ville et assez loin d'elle (comme en Lc 24, 50) pourrait accréditer ce fait.
Bibliogr: Paul Collart, Philippes ville de Macédoine, E.Boccart, 1936, t.II pl 43

Philippi war
 Carte de la Bataille de Phillippes entre les armées d'Octave et d' Antoine contre Brutus et Cassius. La via Egnatia qui reliait Byzance aux ports de l'Adriatique, traversait la ville de Philippes et le petit fleuve Gangitès à l'Ouest.


16,13 où se tenait une prière
προσευχὴ désigne une prière privée ou publique, mais jamais un édifice, d'autant qu'une salle de prière à l'extérieur de la ville au bord du fleuve n'aurait guère lieu d'être .
Le Gangitès coule à 2km à l'ouest de la ville; Paul pensait y trouver un rassemblement de fidèles soit à l'occasion des fêtes de soukkot qui célébraient le don de l'eau, soit lors de rites de purification. En AJ 14/10,23 Flavius Josèphe parlait d'un décret pris sous Marcus Alexander pour permettre les réunions festives et les rassemblements de prière (προσευχὴ) au bord de l'eau selon les coutumes des Patriarches.

Et nous étant assis, nous parlâmes aux femmes qui s'y étaient réunies.
Il semblerait que les femmes grecques jouissaient d'une plus grande liberté d'aller et venir que leur consoeurs de Judée ou des autres provinces traversées par Paul. Le verbe se réunir étant au parfait (experiential perfect), il faudrait comprendre que ces femmes s'y réunissaient selon leur habitude.

16,14 Une certaine femme du nom de Lydie,  marchande de pourpre, de la ville de Thyatire.
Lydie qui était originaire de Thyatire dans la province d'Asie devait son nom à la province limitrophe de Lydie. La pourpre était extraite de la glande du murex recueilli sur les rivages de Tyr. Son coût prohibitif la réservait aux empereurs.

16,15 Si vous me jugez être fidèle à Dieu,
à Dieu et non au Seigneur (cf la correction du Latin correspondant et de la tradition alexandrine). Lydie était une femme attirée par la religion Juive qui tout en accueillant le Christ, se voulait fidèle au Dieu d'Abraham Isaac et jacob. L'épisode, sous certains aspects, évoque le psaume 136.
16,16 un esprit pythonien
La pythie de Delphes qui rendait des oracles au nom d'Apollon devait son nom au serpent python vaincu par le dieu. Un esprit pythonien était un esprit d'oracle se recommandant de celui de Delphes.
Apollon de Praxitèle, copie romaine du Louvre.
 
16,18 Paul se retourna vers l'esprit avec exaspération et dit.
L'expulsion de cet esprit de divination causa une exapsération chez Paul qui avait patienté jusque là ne souhaitant pas procéder à un exorcisme qui pouvait lui attirer des ennuis.
 
16, 19 Lorsque les maîtres de la servante, virent que disparaîssait le profit qu'ils avaient par elle
Le texte alexandrin a préféré "l'espoir de profit", atténuant le caractère systématique du don auraculaire de la jeune fille.

16,20 les stratèges,
Ce terme générique servait dans l'épigraphie grecque à désigner les Duumviri romains des colonies (Cf P Collart , op. cit.p263). Et en effet ils se diront Romains au v 20.



Forum de la colonie romaine de Philippes.


16,21 ils annoncent des coutumes
le codex Cantabrigiensis présente une erreur de copiste avec le substantif τὰ ἔθνη= des nations au lieu de τὰ ἔθη= des coutumes. Le latin correspondant n' en a pas corrigé car il offre l transcription "praedicantes gentes" = prêchant les nations.

16,26 les liens furent défaits.
Verbe ἀναλύω au lieu de ἀνιήμι

16,30 puis les ayant conduits dehors après s'être assuré de ceux qui restaient
Même verbe qu'au verset 24; le garde s'assurait de la mise en sûreté des prisonniers en plaçant leurs pieds dans les ceps de bois.

16,31 crois au Seigneur Jésus Christ
Christ est absent de la tradition alexandrine qu i en réservait la confession à ceux qui ayant déjà reçu le baptême se voyaient imposer les mains pour que leur soit donféré l'esprit Saint.
< Cf "le titre Seigneur Jésus Christ dans les Actes".

16,35 “Relâche ces hommes que tu as reçus près de toi hier
La seconde phrase est nécessaire littérairement; sa disparition du texte alexandrin ne s'explique guère.

16,36 σὺν τῷ αὐτοῦ = avec sa maison
Tournure idiomatique avec élision de οἶκος déjà présent dans la première phrase du verset( cf Luc 2:49 )

16,39 - "Nous ignorions , ce qui vous concerne, que vous êtes des hommes justes"
La réplique des stratèges n'a été gardée que par quelques manuscrits de la tradition occidentale; ils étaient justes, puisque Romains.
 
" Sortez de cette ville de peur qu'à nouveau, avec nous ils se retournent en criant contre vous".
Ils se retournent : de qui parlaient les stragèges ? Vraisemblablement des gens du peuple qui leur avaient amené Paul et Silas; mais aussi peut-être les dieux que l'on considérait cause du séisme. Les retournements soudains chez les habitants de Philippes étaient la preuve de leur attitude superstitieuse.