Accès aux pages du manuscrit
      code : "any"




Barnabé à Chypre avec Paul






Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition. Volume III, Library of New Testament Studies-LNTS

Bruce M. Metzger: Commentaire en ligne

E Barde : Commentaire en ligne


Comment à Chypre Saul devint Paul
Le premier discours de Paul à Antioche de Pisidie

13,1 Parmi eux Barnabas et Siméon et le surnommé Niger, Lucius Cyrénéen,
L'auteur ne donnait pas tous les noms des enseignants prophètes, mais peut-être les plus anciens et dans leur ordre d'ancienneté. Barnabas le disciple de Jean Baptiste avait été envoyé à Antioche par l'église de Jérusalem.
Venait ensuite Symeon Niger, le nègre, qui serait à identifier avec Syméon le Cyrénéen. En effet selon Ac 11:20 , c'est un groupe de Cyrénéens et de Chypriotes - dont Barnabé - qui s'était rendu à Antioche après la mort d'Étienne. Niger (nègre) était évidemment un surnom (d'où la justesse devant le verbe du préfixe "sur", préfixe éliminé dans le texte alexandrin)-.
Puis Loukios, le traducteur et rédacteur des Actes, très vraisemblablement. Si l'auteur se nommait ici, c'est peut-être bien parce qu'à partir de ce chapitre, la rédaction lui revenait en propre, alors qu'il n'était que le traducteur des précédents.
cf : Loukas et Loukios

et Manahen d'Hérode et frère de lait du tétrarque.
Sous cette formulation ambiguë, Luc donnait à entendre que frère de lait du tétrarque, Manahen était aussi le fils de leur père commun, Hérode le Grand.
Avec le nom d'Hérode au génitif s'inscrivait un lien de dépendance ou d'appartenance : Manahen était-il l'un de ses fils ? Aucun n'était connu sous ce nom là. Fils naturel il n'aurait pu porter le nom de son père.
Les deux propositions sont réunies par un τε ... καὶ, qui les soude entre elles et qui a été respecté dans le Latin correspondant.
Si par le génitif Luc n'indiquait pas le lien filial était-ce le lien fraternel comme tend à le supposer Lc 6:16? Au quel cas était précisée ensuite sa nature exacte: Ils avaient été, littéralement, "nourris ensemble", "frères de lait" selon l'expression française.
L e tétrarque était Hérode Antipas qui avait exercé le pouvoir sur la Galilée et la Pérée de 4 av JC à 40AD. De fait Manahen qui était de sa génération, était le doyen d'un groupe aux origines très variées et dissemblables.
Et Saul:
Nommé en dernier , il était le plus récemment venu à la foi; en outre il était le plus jeune. Son nom hébreu signifie "demandé", mais aussi ”schéol”.

13,2 : l'Esprit Saint dit :
Par qui l'Esprit Saint avait-il parlé? Forcément par un des prophètes présents et précédemment nommés. Vraisemblablement Loukios lui-même qui gardait l'anonymat tout en laissant des indices permettant de l'identifier. Il n'était pas pour rien dans la conversion et la vocation de son parent Saul.

13,5a : ils annoncèrent la parole du Seigneur dans les synagogues des Juifs.
Comment s'y prenaient-ils pour prendre la parole publiquement? À Antioche de Pisidie, dans une synagogue que Luc disait "nôtre", il leur fut demandé d'adresser la parole à la foule. Arrivant d'Antioche, il faut imaginer que dans ces petites synagogues, ils étaient invités à se présenter et qu'ils saisissaient alors l'occasion d'annoncer "la parole du Seigneur" en parlant de Jésus Christ d'une manière ou d'une autre. Ils n'avaient pas à se donner le rôle d'y annoncer la "parole de Dieu" (texte alexandrin), puisque l'enseignement de la Torah y était dispensé de manière habituelle.
Cette occurrence de "la parole du Seigneur" gardée par le codex Cantabrigiensis est plus logique que l'autre et s'insère mieux dans le contexte. Elle est la preuve que le nom Κυρίος = Seigneur, désignait bien dans les Actes des Apôtres, Jésus lui-même, dont la parole était identifiée à la parole de Dieu.
Chistos Xurios Ihsou dans les Actes
13:5b Ils avaient alors Jean qui les assistait.
Jean surnommé Marc selon Ac 12: 12 et 25 . Le surnom n'était pas redonné. Ne l'aurait-il pas cependant reçu de son séjour à Chypre comme Barnabé avait reçu celui de Justus et Saul, Paulus?
Il les assistait: le terme   ὑπήρετης , un rameur à l'origine, a fini par désigner tout individu subordonné à un autre; il semblerait que Luc ait restreint le terme au rôle de gardien (Ac 5:26) et gardien de la parole au sens figuré (Lc 1:2 et 4:20 et Acts 26:16); Marc n'était peut-être pas simple auxiliaire des deux Apôtres; il se pourrait que lui ait été confié le rappel mnémonique de l'évangile. En effet, celui-ci transparaît dans les propos de Paul qui  , au verset 10 "les voies du Seigneur qui sont droites" - s'appuyait sur le début de l'évangile de Marc "Préparez le chemin du Seigneur, rendez-droits ses sentiers" (Mc 1:2); certains éléments de la Passion également étaient vus par Paul sous son angle de vue (v 29) .

13:6 -Et ayant fait le tour de l'île entière jusqu'à Paphos.
Débarqués à Salamine dont le site jouxte Famagusta à l'Est, ils contournèrent l'Ile, par le Sud Jusqu'à Paphos. L'adjectif "entière" donnerait à entendre qu'ils avaient remonté auparavant la péninsule. Paphos était la résidence des Ptolémée jusqu'à la colonisation romaine en 58 av JC où elle devint chef-lieu de province avec la résidence du proconsul qui, au troisième siècle de notre ère, était pavée de mosaïques.

Appelé du nom Bariesoua.
Luc gardait la phonétique araméenne du nom, bar - Yéshua  signifiant "fils du sauveur".

Sergius Paulus ayant convoqué auprès de lui Barnabas et Saul, chercha même à entendre la parole de Dieu.
Le nom Sergius Paulus est attesté à Paphos par deux inscriptions du milieu du premier siècle, l'une datée de 54AD. Ayant entendu parler de Barnabé et de Paul, et les ayant fait venir, le proconsul alla jusqu'à leur demander de lui parler de Dieu. Il était en quête de présages puisqu'il avait un mage à ses côtés.
13,8 - Or s'opposait à eux Étoimas le mage - car ainsi se traduit son nom.
Le nom du mage est illisible dans le texte grec; il avait été transcrit Etoemas par le traducteur latin . Scrivener et Swanson ont restitué Etoimas dans le grec.

[gr. Autois....mas o Magos] [ lat. Autem Eis Etoemas]

Ἐτοίμας, signifie: celui qui se tient prêt, disposé, résolu.
“Car ainsi se traduit son nom”, Ἐτοίμας était une traduction en Grec d'un nom issu de l'Araméen ou de l'Hébreu; dans certains manuscrits de l'Itala il fut retraduit en Latin "Paratus".
Les copistes du texte alexandrin ont lu Ἔλυμας; ce nom ne signifiant rien en Grec, certains se sont appliqués à trouver dans quelle langue il voulait dire "mage" (cf dic. BDAG); mais ce n'est pas ce que disait le texte de Luc.
D'autres, avec Ramsay, ont rapproché Etoimas du magicien Atomos de AJ XX,142. Ce nom, signifie l'indivisible (d'où le mot "atome"); c' était une caractéristique de la pierre noire du temple d'Aphrodite à Kouklia près de Paphos; la pierre noire, liée au culte d'Astarté introduit dans l'île par les Phéniciens, a été conservée dans l'ancien château des princes de Lusignan. La religion de la Bible luttait contre l'idolâtrie des aérolites que sont ces pierres noires, répandues dans le pourtour méditerranéen, comme à la Mecque. Le mage Atomos était vraisemblablement adonné au culte de la déesse, car il avait été choisi par Félix pour décider Drusilla à l'épouser.
cf : voyage de Barnabé et Paul

Et aussitôt.
Ce n'est plus l'adverbe de la coïncidence inattendue, choisi pour la mort d'Ananias, saphira et Agrippa. Par contre le texte alexandrin l'y a repris ici.

Puisqu'avec plaisir il les écoutait .
L'imparfait laisse entendre que le proconsul les avait fait venir plusieurs fois, trouvant de l'intérêt à leurs paroles. Au cours de ces entretiens, Saul allait même changer de nom.

13,9 - Alors Saul, qui [est] aussi Paul
Survient le nom latin de l'Apôtre Paulus qui signifie "petit"; c'était celui du proconsul, Sergius Paulus qui allait le parrainer en le recommandant à sa famille à Antioche de Pisidie. Paul était vraisemblablement petit de taille. À partir de là, Paul allait prendre la direction des opérations; c'est pourquoi il était nommé avant Barnabas. Paphos dans l'île de Chypre fut l'occasion d'un nouveau tournant dans la vie de Paul.
 
13,11- tu seras aveugle, ne voyant pas le soleil jusqu'au moment opportun.
Une punition non définitive; ce châtiment du mage (un homme versé dans les sciences occultes), rappellerait, mais à l'inverse, les trois jours d'obscurité que vécut Paul suite à la lumière trop forte entrevue sur le chemin de Damas.
 
13,12 Il crut en Dieu, frappé de l'enseignement du Seigneur.
Le proconsul mit sa foi dans le Dieu de Paul et de Barnabé suite à l'enseignement "de la parole de Dieu" (v.7) qui lui était donné. Ne se laissant pas abuser par les artifices du mage, il aurait adhéré à la foi (v8), la foi au Christ, il s'entend.
Nouvelle identification très subtile du Christ à Dieu en qui le proconsul avait mis sa foi , grâce à l'enseignement du Seigneur qui lui était dispensé (cf v 13,5) .

13,14- Et entrant dans la synagogue, la nôtre, en sabbat.
Une leçon déroutante du seul texte grec du codex Bezae. εἰς τὴν συναγωγὴν τὴν ἡμέτερα[ν] τῷ σαββάτῳ ; cette synagogue était en sympathie avec les chrétiens ; c'était une synagogue "judéo- chrétienne". En effet Paul et Barnabas considérés par les responsables comme des" frères" y furent appelés à commenter la paracha. Paul lui-même se sentait réellement parmi des frères (cf v 26).
En sabbat est au datif singulier selon la ligne observée dans l'évangile pour un sabbat ordinaire, septième jour de la semaine. Par contre l'expression le jour des sabbats selon Lc 4,16 inclue avec le septième jour de la semaine les fêtes chômées et les néoménies. Elle pourrait être moins appropriée ici.
 
13,17 le Dieu de ce peuple Israël a choisi nos pères à cause du peuple.
Les guides sont là à cause du peuple et pour lui. Le peuple est premier. Ses chefs sont des témoins, non des intermédiaires obligés auxquels un culte serait à rendre. Une constante de la pensée hébraïque et juive.
Le choix du texte alexandrin "...a choisi nos pères et le peuple" dénote le caractère hiérarchique déjà adopté dans l'église.
Le discours de Paul apparaît comme une reprise des discours de Pierre devant l'assemblée de pentecôte et d'Etienne. La première partie est un historique de l'histoire du peuple dont se dégagent les principaux personnages envoyés par Dieu pour le délivrer et le conduire, puis passant de David à Jean Baptiste qui n'est jamais nommé dans les lettres de Paul mais qui est présent en filigranes de l'Épitre aux Hébreux (He 6:1-3 épître présumée de Barnabé). La facture de ce discours apparaît à première vue plus Lucanienne que Paulinienne mais l'analyse des détails révèle un contexte historique précis et des grands thèmes de la spiritualité paulinienne:
  • Le début du discours reprend , avec son thème, des termes rares non seulement de la paracha lue à la synagogue ce jour là (cf v 18)  mais aussi de la haphtara correspondante (cf v 17)
  • Leitmotiv Paulinien de la justification par la foi (v 38-39);
  • Jésus est issu charnellement de la lignée Davidique (v 23 et 33b)
  • Thème de la prédestination (v48)
  • Par sa résurrection Jésus est Seigneur (33c)
  • Paul voyait le procès du point de vue de l'évangéliste Marc qui les avait accompagnés sur l'ile de Chypre (v 5 et 29)
 
13,18 Pendant 40 ans il supporta leur façon d'être dans le désert.
jeu de mots entre τροφοφόρεω = nourrir et τροποφόρεω = suppporter le mode ou la façon d'être d'autrui, un verbe retenu par le codex Bezae et le codex Vaticanus ici comme en Dt 1,31; “ἐτροφοφόρησεν et κατεκληρόνομησεν (v. 19)  se rencontrent en Dt 1.31,38, dans la version des LXX. Paul, dit-on, aura très naturellement reproduit ces deux mots aussitôt après les avoir entendus, et la Parascha du jour (Dt I, 1 à Dt III, 22 : discours de Moïse). A cette section de la loi correspond aujourd'hui dans le service public du sabbat l'Haphtara Esaïe ch. 1(ISAÏE I, 1 - 27 : La grande accusation) ; dans ce fragment-là, les Septante se servent du verbe ὑψόω, avec le sens particulier d'élever pour dire éduquer (Esaïe 1.2) ; l'apôtre s'en sert avec le même sens au verset 17. Ces deux péricopes, enfin, se lisent actuellement dans le jour anniversaire de la ruine de Jérusalem. Etait-ce le cas au temps de notre apôtre ? Cela expliquerait bien son discours.” (E. Barde).
Paul effectivement devait parler en Grec puisqu'il s'adressait non seulement à des Juifs mais à des craignants-Dieu (v 16).
Cette paracha est lue le shabbat "hazone" précédant le 9 du mois de Av qui commémorait le retour des explorateurs en Canaan avec leur rapport alarmiste et la destruction du premier temple en 586 av. JC. Le traité Ta'anit 4:6 y ajouta la destruction de 70 et de 135.
- L'épisode d'Antioche de Pisidie se passait donc en juillet, peu après l'an 43. En 45, le 9 av (dimanche 11 juillet) tombait le lendemain de la lecture de la paracha "hazone".
- Article sur la correspondance entre la lecture hebdomadaire de la paracha et les enseignements de Jésus:
 
13,19 La terre d' autres tribus;
Le terme déjà présent en Ac 10,28, a été rendu dans la transcription latine par un barbarisme, "allophoelorum". Le choix du codex Bezae met davantage en relief que la terre, avant d'être leur, avait été occupée par d'autres. Le premier chapitre du Deutéronome retrace la crainte du peuple, sortant d'Egypte , à l'idée  d'affronter les peuplades de Canaan.

13:20 et comme quatre cents cinquante ans.
ἕως, étant suivi du génitif, non du datif, il convient de lire ici ὡς , à la place de ἕως : et comme quatre cent cinquante ans... jusqu'à Samuel. Les 450 ans sont référés à la période des Juges ; ce chiffre est cohérent avec les données de Flavius Josèphe (cf E. Barde), mais non avec le décompte des livres bibliques (331 ans en référence à 1 R 6:1).
Des copistes lui ont substitué : après cela environ quatre cents cinquante ans (E H L P etc), tandis que dans les grands onciaux, la suppression du καὶ devant ἕως a permis de rattacher les 450 ans à la période précédente, en remontant jusqu'à Isaac.


13,21 Saul
Regard positif sur le premier roi d'israël dont l'Apôtre tirait son nom Juif mais qu'il venait de perdre au profit d'un surnom Latin.
Le temps de ses quarante ans de règne est donné par Josèphe en A. J. VI. 14, 9.
Il n'est pas invraisemblable que les Actes, terminés à Rome au tournant des années 60, aient consitué une des sources d'informations de Flavius Josèphe.
 
13,23 Dieu donc, de sa semence a suscité pour Israël un sauveur, Jésus: 
La semence de qui?
“De David” nommé au verset précédent?
Ou bien “de Dieu”?
Pour Paul, les deux réponses n'étaient pas exclusives l'une de l'autre:
- Jésus était un descendant de David selon la chair , comme il l'écrivait en R 1:3: "au sujet de son fils, issu de la lignée de David selon la chair".
- En outre, et en rapport avec le v 33, un “engendrement divin” lui avait été conféré de par sa résurrection, comme il l'écrivait dans la même épître: "Établi selon l'Esprit Saint fils de Dieu, avec puissance, de par la résurrection d'entre les morts”R 1:4.
Dans le TA, au verbe de la résurrection, ἤγειρεν a été substitué ἤγαγεν, amena, qui vise à s'accorder avec l'entrée de Jésus dans le monde , au verset suivant, tandis que la suppression du pronom dans “sa semence” a évité le questionnement sur l'origine.
Un parallèle peut être fait avec le discours de Pierre en Ac 2:30 .

13,24 Jean ayant prêché par avance, en vue de son introduction.
Rappel de Lc 1,76 .
τῆς εἰσόδου αὐτοῦ: son introduction; il s'agit du début du ministère de Jésus préparé par Jean avec le baptême; son introduction ou son entrée a pour corollaire sa sortie ; Jésus s'était entretenu de ”sa  sortie“, avec Moïse et Élie sur la montagne (cf Lc 9,31).

 
13,25a comme Jean accomplissait sa course
Une expression que Paul reprit dans ses écrits pour parler de lui-même (2 Tim4,7); mais s'il avait connu un ministère d'au moins vingt ans, Jean baptiste pour sa part, n'eut pas le temps d'achever l'année qu'il avait commencée, et il mourut à 30 ans. Cette sublimation de la mort de Jean avait-elle été dans la pensée de Jésus? A lire Luc, il ne semble pas, car les tentations dans le désert exprimaient ce qu'il avait été amené à ressentir dès son emprisonnement. Cette phrase reflète donc la pensée de Paul,non celle de l'évangéliste.
 
25b “après moi vient celui dont je ne suis pas digne de délier les sandales de ses pieds”.
D'après quel rapport Paul citait-il ces paroles de Jean Baptiste?
Il l'appelait seulement Jean sans le qualificatif de Baptiste; dans sa citation il insérait une chronologie , “après moi vient celui...”, qui se retrouve chez trois des évangélistes, Marc Matthieu et Jean mêlée à l'espace “vient derrière moi celui qui...”, tandis que Luc gardait la parole prononcée par Jean alors qu'il n'avait pas encore était arrêté : “ il vient celui qui est plus fort que moi et dont..."(Lc 3:16). En effet Jean Baptiste était simplement dans l'attente de Jésus et il ne s'apprêtait pas à disparaître.
Paul utilisait aussi l'adjectif évoquant le mérite“digne de” que l'on retrouve en Jn 1,27, là où la tradition synoptique avec “suffisant”, indiquait simplement une limite (Lc 3,16).
En outre Paul omettait la courroie alors que ce n'étaient pas les sandales qu'il pouvait délier. Peut-être citait-il des paroles reçues oralement de Marc et mémorisées, et non d'après un écrit auquel il se serait voulu fidèle.
 
13,27 ne comprenant pas les écritures des prophètes qui sont lues chaque sabbat...
Dans le Latin correspondant, la lacune du grec a été rendue par: "n'ayant pas l'intelligence des écritures...". Le grec pouvait être μὴ συνιεντες = ne comprenant pas.  Le texte alexandrin lui a substitué le verbe ignorer au sens "ne pas vouloir prêter attention à". L'ignorance est une faute que dénonçait Pierre (cf Ac 3:17), tandis que l'incompréhension est une limite humaine. Paul était donc très indulgent à l'égard des citoyens de Jérusalem et de leurs chefs.

13:27b ils ont accompli les écritures des prophètes en [le] condamnant.
Cette manière de voir les choses est conforme à l'interprétation faite par Pierre puis par l'assemblée (Ac 4:27-28) en voyant dans la Passion un dessein divin. De fait les autorités de Jérusalem devenaient des instruments de la volonté divine; Paul y lisait un accomplissement des écritures. Mais l'accomplissement des écritures tel que l'envisageait Jésus est exprimé en Luc 22:37

13, 28 Et n'ayant trouvé en lui aucune raison de mort.
L'innocence de Jésus était clairement énoncée par Pilate à plusieurs reprises et dans ces termes dans l'évangile de Luc dont l'influence est directe sur ce verset (cf Luc 23:22) . Elle ne vient pas de Marc qui ne l'a pas affirmée.

13,28b-29a après l'avoir jugé ils le livrèrent à Pilate en vue de sa suppression...
Ils demandèrent à Pilate qu'il soit crucifié.

- Ceux qui , après l'avoir fait comparaître, avaient livré Jésus à Pilate étaient les membres du sanhédrin, accompagnés d'une foule (Luc 23:1 et 4).
- Ceux qui réclamèrent sa mort étaient les grand-prêtres, le peuple et ses chefs (Luc 23,13);
C 'étaient les mêmes en quelque sorte. En les rassemblant au v 27 sous la dénomination "les habitants de Jérusalem et ses chefs", Paul ne commettait pas d'erreur. Ils pouvait donc écrire qu'après être parvenus à le faire comparaître devant Pilate ils réussirent à le faire juger et condamner à mort, obtenant gain de cause une fois encore.
Selon Marc ils avaient demandé qu'il soit crucifié, selon Luc, qu'il soit supprimé.
La refonte de ces versets dans le texte alexandrin par la suppression partielle du v 29 visait a éliminer ce qui paraissait faire double emploi et à supprimer la demande de la crucifixion en accomplissement des écritures; car si la souffrance du serviteur souffrant était rapportée au Messie, il n'était pas annoncé par les prophètes qu'il serait crucifié. Cette refonte n'a pas atteint la dernière partie du verset qui, étrangement , attribue aux mêmes la descente de croix et la mise au tombeau.
ἵνα εἰς ἀναίρεσιν: même tournure idiomatique en Luc 5:14D05

13,29b Et l'ayant descendu du bois, ils le déposèrent même dans un sépulcre
Luc qui avait relaté minutieusement les différentes phases du procès et de la Passion, n'a pu lui-même commettre l'erreur d'attribuer la mise au tombeau aux habitants de Jérusalem et à ses chefs. Dans ce discours, il reprenait les propos mêmes de Paul qui n'était pas présent au moment des faits.
Toutefois cette erreur n'en est pas une dans la mesure où Paul se référait à ce qu'il avait entendu rapporter par Marc qui a noté l'ensevelissement opéré par Joseph d'Arimathie, sans dire qu'il n'avait pas joint son suffrage à la décision prise par le Conseil de livrer Jésus à Pilate. Étant membre du sanhédrin, il pouvait à lui seul représenter leur groupe.


13:31 durant un plus grand nombre de jours
Il s'agit des jours pendant lesquels les apôtres qui avaient suivi Jésus à Jérusalem y demeurèrent un nombre de jours qu'ils ne mesurèrent pas. Dans le texte alexandrin l'expression est mise en rapport avec les 40 jours durant lesquels le Seigneur se serait montré après sa résurrection (Ac 10:41).

13,33a - Pour nos enfants.
Même expression en Ac 2:39D.
Une leçon qui n'est pas le fait d'une erreur de copiste puisqu'elle se retrouve non seulement dans le vis à vis latin, mais dans les quatre grands onciaux et le Papyrus Bodmer; le texte standard lui a préféré "pour leurs enfants", en réponse à la promesse faite aux pères.
Paul avait peut-être eu des enfants comme les autres apôtres (cf Ac 1,14D et 2,39D). À lire 1Co7:8 on ne sait s'il était non marié ou veuf.
 
33,b: Ainsi qu'il est écrit au Psaume Premier: Tu es mon Fils aujourd'hui je t'ai engendré.
La citation elle-même est empruntée au Psaume deuxième de nos psautiers actuels. Actes s'appuie ici, non sur la Septante, mais sur les livres hébraïques, dans lesquels, initialement, les psaumes I et 2, dépourvus de titre, constituaient l'introduction du livre et ne formaient qu'un seul psaume.
La citation était la parole rapportée par Luc lors du baptême (dans le codex de Bèze et l'Itala). Paul établissait un lien entre elle et la résurrection: Jésus ressuscité par le Père, était nouvellement engendré par lui et recevait le nom “Seigneur Jésus Christ”. Il considérait en effet le Christ comme le "premier-né" d'entre les morts (Colossiens 1.18). Ainsi ce discours des Actes reflète bien la réflexion personnelle de Paul, qui différait de celle de l'évangile:
En Luc 3,22D, la citation n'était pas une anticipation de la résurrection, mais une onction messianique et une reconnaissance par le Père de la Personne du Fils (ce dont se rapproche He 1.5). En outre, le verbe de la résurrection tout au long de l'évangile et selon D05 est à la voix active , la résurrection étant accomplie par Jésus lui-même.


33,c : Demande moi et je te donnerai des nations pour ton héritage et pour ta propriété les extrémités de la terre.
Cette partie de la citation ne fut pas gardée dans le texte alexandrin. Elle reflète la préoccupation missionnaire de Paul.
 
13,38 - vous est annoncée : - le pardon des péchés 39 - et la repentance vis à vis de tout ce dont vous n'avez pu être justifiés dans la loi de Moïse.
“Et la repentance” : un concept essentiel de la spiritualité Juive qui s'interroge sur l'initiative personnelle du repentir: le repentir et la conversion s'originent-ils dans le coeur de l'homme ou bien sont-ils d'initiative divine? Selon la réponse à cette question, le repentir précèdera ou suivra le pardon des péchés. Paul devait considérer que le repentir était une grâce de Dieu. Et en effet il devait à Dieu sa conversion fulgurante.
Jésus ressuscité avait demandé à ses disciples d'annoncer le repentir et le pardon des péchés (Luc 24:47). Le repentir n'est pas une notion très développée dans les écrits de Paul dans la mesure où le terme apparait cinq fois. Sa suppression dans le texte alexandrin sert à mettre l'accent sur la réflexion paulinienne du salut par la foi, qui s'est progressivement substitué au repentir.

La loi de Moïse :  Une expression reprise une fois par Paul en I Co 9:9, alors qu'il citait le livre du Deutéronome (Dt 25:4) . Deutéronome signifie "seconde loi"; c'était la loi de Moïse comparée à la loi du Seigneur. Néanmoins ailleurs sous la plume de Luc, l'expression "loi de Moïse" désigne soit les coutumes attachées à la loi (Luc 2:22), soit les cinq livres de la Torah ( Lc 24:44).

13, 39 En lui donc, tout croyant est justifié auprès de Dieu.
Le thème de la justification par la foi , un leitmotiv paulinien (R 1:17; 3:21-22,28 , G 2:16 etc) . Il n'y a pas encore d'allusion à la théologie de la rédemption issue de l'épître aux Hébreux.

13,41-Et ils se turent
On s'attendrait à lire que Paul s'arrêta et se tut, ménageant son effet, laissant son auditoire sur sa faim puisqu'il n'allait pas dire ce jour là ces choses incroyables qu'il annonçait.
Mais le verbe est au pluriel dans le grec et son correspondant latin. Pourquoi? Quand Paul s'arrêta de parler, l'assemblée garda le silence, un peu stupéfaite et interloquée. À moins qu'il n'y ait simple erreur de copiste et qu'il faille lire ἐσείγησεν, il se tut.

13:43 Or il advint que dans toute la ville se répandait la parole de Dieu.
Le verset, qui n'a pas été gardé dans la tradition alexandrine permet de comprendre pourquoi la ville était aux portes de la synagogue le sabbat suivant. Paul avait achevé son discours sur une prophétie d'Habacuc 1:5 détenant une promesse divine ; il invitait ceux qui le questionnaient à rester  atttachés à la gràce de Dieu. De fait, dans ce verset, "la parole de Dieu" paraît ajustée au contexte. Le verset suivant précise néanmoins que l'intérêt des foules se portait vers Jésus.

13;44 pour entendre Paul qui avait fait un long discours au sujet du Seigneur
Dans le texte alexandrin le verset se réduit à : "pour entendre la parole de Dieu".
Pourtant, ce qui avait frappé les personnes présentes concernait “le Seigneur”, c'est à dire Jésus. Nouvelle identification par le rédacteur de l'enseignement de Jésus à la parole de Dieu (cf v 5 et 12) .
 
13,45 - Et les Juifs, voyant la multitude, furent remplis de jalousie;
De quels Juifs s'agissait-il? Ceux de la synagogue “judéo- chrétienne” où les deux apôtres avaient été accueillis et avec lesquels il s'était entretenu après l'assemblée? Le discours de Paul aurait-il scindé l'assemblée en deux clans, Juifs d'un côté, prosélytes de l'autre?
 
13,47- Je t'ai établi lumière pour les nations;
Changé en “lumière des nations” dans le texte alexandrin pour s'aligner sur Is 49,6; ce changement s'est répercuté en Luc 2,32.
 
13,48 - tous ceux qui étaient déjà ordonnés à la vie éternelle.
Croyance en la prédestination exprimée par Paul en Romains 8.28 :«tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein». L'expression au parfait  être ordonné, être établi, être destiné à, est paulinienne (R 13:1 et Ac 22:10).

13,50 - les premiers de la ville
L'expression se retrouve à de nombreuses reprises chez Flavius Josèphe où elle désigne les gens haut placés et responsables.
Les Juifs...  provoquèrent une grande tribulation et une persécution contre Paul et Barnabé.
La tribulation était celle de la division à l'intérieur de la synagogue.