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Césarée Maritime, port “Hérodien”

 

 

Voiles à quatre empointures d'un trirème de la vision de Pierre
trireme arche de Noe

 

La Nouvelle Alliance , un rappel de l'alliance avec Noé








Commentaire des Actes des Apôtres selon le codex Bezæ Cantabrigiensis Chapitre X



Bibliographie:

- J Rius Camps & Jenny Read-Heimerdinger: The Message of Acts in Codex Bezae: A Comparison With the Alexandrian Tradition . Volume 2 Library of New Testament Studies-LNTS 302
- Chapitre 8, v 1 à 40: Article en ligne en Anglais (pdf) dans Filologia 2002.
- Chapitre 9, v 1 à 30 (lacunaire en D) : Article en ligne en Anglais (pdf) dans Filologia 2003
Bruce M. Metzger: Commentaire en ligne

S Chabert d'Hyères : Corneille et les centurions de l'Évangile


Le texte grec du codex Bezae comporte une importante lacune entre les chapitres VIII,29 et X,14. La traduction des versets 10 1 à 10:13 est faite d'après le texte Latin.

10,14 je n'ai jamais mangé quoi que ce soit de profane ou d'impur...ce que Dieu a purifié pour toi, ne le profane pas.
Cette affirmation de Pierre rejoint 1Macc1:62. «plusieurs en Israël se montrèrent fermes et furent assez forts pour ne pas manger de mets profanes.» L'expression concernait les aliments. Ce qui est “koinos” n'est pas “casher”. Mais les animaux présentés à Pierre avaient été purifiés par Dieu, avait dit la voix qui lui avait parlé. En R 14,14, Paul développa ce thème en écrivant : « Je le sais, j'en suis convaincu, dans le Seigneur Jésus rien n'est profane en soi. Mais si quelqu'un considère profane quoi que ce soit, cela est profane pour lui.»
En considérant telle nourriture impure Pierre en reportait inévitablement les conséquences sur la personne qui s'en nourrissait; c'est ce qu'il exprimait en rendant compte de sa vision au v 28: “Et Dieu m'a fait comprendre qu'il ne fallait dire aucun  homme profane ou impur”. Et si Dieu avait purifié les animaux, à plus forte raison, il avait purifié les humains. Pierre ne rapportait plus les paroles entendues mais leur interprétation.
On comprend de fait ce qui a pu pousser Luc à garder les différentes étapes du récit , avec les apparentes redites qui, à l'examen, s'avèrent riches d'informations.

10:16 le gréément fut emporté vers le ciel
τὸ σκεῦος, le gréément.
- Le neutre σκεῦος et le féminin σκευή son deux termes génériques synonymes désignant tel ou tel objet utilitaire; mais l'un et l'autre apparaissent avec un sens plus restreint ailleurs dans les Actes, σκεῦος  pour les apparaux d'un navire en Ac 27:17 et σκευή pour l'accastillage du voilier (sinon les agrès) en Ac 27:19 . En outre le Latin “Linteum splendidum" au v 11 signifie "une voile splendide" .
En effet dans le grec correspondant (Ac 11:5), “σκεῦός τι ὡς ὀθόνην μεγάλην”, ὀθόνη désigne une toile de lin et  plus particulièrement la voile des navires.: un gréément , quelque chose comme une grande voile. Cette voile était gréée aux quatre empointures comme celles des trirèmes romaines.
Pierre se trouvait alors au port de Joppé (Jaffa, Yaffo) ; depuis la terrasse de la maison du corroyeur Simon - qui se trouvait en bord de mer - il contemplait les vaisseaux romains, galères birèmes, trirèmes et quadrirèmes. Il ne s'agissait plus des barques de pêche du lac de Gennésareth mais de navires à l'apareillage fantastique.
 
Peuplé d'animaux, le vaisseau de sa vision rappellait ostensiblement l'arche construite par Noé et son chargement d'espèces animales qu'il y avait fait entrer:
Gn 6: 14- Fais-toi une arche de bois de gopher... 6:19 De tout ce qui vit, de toute chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce, pour les conserver en vie avec toi : il y aura un mâle et une femelle. ..Gn .7:14 eux, et tous les animaux selon leur espèce, tout le bétail selon son espèce, tous les reptiles qui rampent sur la terre selon leur espèce, tous les oiseaux selon leur espèce, tous les petits oiseaux, tout ce qui a des ailes”

Au sortir du déluge, Dieu faisait alliance avec Noé :
«Et Dieu dit : C’est ici le signe de l’alliance que j ’établis entre moi et vous, et tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à toujours: 13 j’ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d’alliance entre moi et la terre.» Cénèse 9:12-13
La vision de Pierre, avec une voile chargée d'animaux, réactualisait l'alliance conclue par Dieu avec Noé après le déluge.
À Noé comme à ses fils, Dieu donnait l'animal et le végétal pour s'en nourrir , tout en leur commandant de ne pas boire le sang avec la chair de l'animal et de ne pas verser le sang des autres humains (Gn 9:3-6).
Une Loi Noahide fut édictée dès le second siècle avant l'ère chrétienne à l'intention des craignants-Dieu qui n'allaient pas jusqu'à la circoncision; elle est connue par le  livre des Jubilés (7:20) :
« Noé prescrivit à ses enfants :
- d'accomplir la justice,
- de se couvrir pudiquement
- de bénir le Créateur,
- d'honorer père et mère,
- d'aimer son prochain,
- de se prémunir de toute débauche
- et de toute violence.»

Contrairement aux commandements de Dieu donnés à Noé dans la Génèse, cette loi ne detenait pas l'interdit de boire le sang.
Cette loi a inspiré la communauté de Jérusalem lors de la rédaction de la lettre apostolique selon le codex Cantabrigiensis.
Corneille observait cette loi en sept points, puisqu'il lui avait été dit dans la vision : “tes prières et tes aumônes sont montées en réminiscence devant Dieu” (Ac 10:4). En faisant l'aumône il accomplissait le premier commandement , celui de la justice, puisque l'aumône (en Hébreu Tsedaka) n'est pas considérée comme "superflue" mais comme un partage nécessaire qui relève de la justice.
À travers sa vision de l'arche, Pierre comprit qu'il lui était demandé de ne considérer aucun homme profane ou impur (v28). Il comprit qu'il pouvait même se nourrir à leur table (Ac 11:3) .
Avec la règle d'or, les recommandations apostoliques offrent un parallèle avec ces commandements de la loi de Noé du livre des Jubilés. Les Apôtres s'y étaient référés dans leur recommandation aux frères incirconcis : s'abstenir des viandes offertes aux idoles, de l'impudicité, [des viandes étouffées] et du sang, ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il vous advienne (Ac 15,20 et 29) .

Une loi Noahide, mais plus tardive, se trouve énoncée dans les livres du Talmud en des termes et selon un ordre différent (cf Sanhedrin 56a/b, citant Tosefta Sanhedrin 9:4)
1 interdit du meurtre
2 interdit du rapt.
3 contre l'idolâtrie.
4 contre l'impudicité
5 ne pas blasphémer
6 pratiquer la justice
7 ne pas boire le sang
L'interdit de boire le sang ordonné à Noé était substitué à celui d'honorer père et mère. Cette loi a inspiré les copistes du texte alexandrin lorsqu'ils modifièrent la rédaction de la lettre apostolique, ch. 15 .

dont rend témoignage toute la nation des Juifs .
Corneille était un personnage reconnu dans toute la Judée et pas seulement à Césarée puisque la nation lui rendait témoignage ; on va comprendre au cours du recit, que lui-même était en mesure de témoigner de Jésus.


10,23 Des frères de Joppé se joignirent à lui.
Pierre se retrouvait seul depuis qu'il était arrivé à Lydda, Jean ne l'accompagnait plus, De nouveaux frères prirent la relève à Joppé.
 
10,24 le jour suivant il entra à Césarée.
Ce verset est là un peu tôt puisque le récit revient , un verset plus loin, sur ce qui s'était passé avant l'entrée dans la ville. Les corrections n'ont pas été apportées à ce verset mais au suivant.
 
10,25 Comme Pierre approchait de Césarée, un des esclaves courut prévenir qu'il arrivait; alors Corneille s'élança et vint à sa rencontre.
[Quand Pierre arriva, Corneille vint à sa rencontre]
Le codex Cantabrigiensis raconte les étapes une par une, montrant l'entente entre Corneille et ses serviteurs, comme sa déférence à l'égard de Pierre. Ces détails ne sont pas sans rappeler l'épisode du centurion qui avait envoyé une première délégation auprès de Jésus à Capharnaüm; prévenu qu'il était en train de venir jusqu'à lui, il envoya des esclaves lui dire de ne pas se déplacer mais de prononcer une parole pour que son serviteur soit guéri. Ces deux centurions ne seraient-ils pas un seul et unique personnage?
Le Centurion Corneille dans l'Évangile et les Actes
 
10,25b Corneille...se prosterna devant lui.
Ni de Pierre, ni du lépreux, ni du chef de synagogue, ni du Samaritain qui étaient tombés aux pieds de Jésus, Luc n'avait écrit qu'ils s'étaient prosternés devant lui. La leçon initiale avec le pronom à l'accusatif dans le grec comme dans le latin correspondant, obligeait à traduire: "il l'adora"; elle était suffisamment éloquente. La correction par un datif laissait la place à une attitude, intermédiaire, de révérence: il se prosterna devant lui; la tradition alexandrine a simplifié par la suppression du pronom.
Homme pieux et craignant Dieu, Corneille ne connaissait-il pas les préceptes de la loi Noahide? Il tomba aux pieds de Pierre et celui-ci prit son geste pour un acte d'adoration; le fait est souligné dans le codex Cantabrigiensis par le pronom et au verset suivant dans la réaction même de Pierre.
 
10,26 Que fais-tu? moi aussi, je suis un homme comme toi même!
[lève-toi! moi aussi je ne suis qu'un homme]
La question posée, comme la comparaison qui suivait, était une protestation de Pierre; il ne voulait pas être adoré. On peut comprendre à travers ces péripéties les raisons de sa méfiance à l'égard des Païens.
Confrontés à une situation semblable, le Lévite Barnabé et Paul avaient déchiré leur vêtement (cf Ac 14:14).
Par une moindre insistance le texte Alexandrin laissait entrevoir de la part de Corneille une profonde déférence et de l'humilité de la part de Pierre sans que l'adoration de sa personne soit en jeu.
 
10,30a - Corneille dit: “depuis le troisième jour j'étais à jeûner précisément jusqu'à l'heure ,  et à prier dans ma maison pendant la neuvième.
La phrase n'est pas vraiment claire, mais traduite très litéralement, elle n'est pas inintelligible: Corneille observait un jeûne depuis le troisième jour; et à l'heure, la neuvième où son jeûne prenait fin, il était en prière.
Mais que signifiait ici le troisième jour : le troisième jour de jeûne, de la semaine? Ou bien le troisième jour anniversaire de la résurrection?
Les copistes ont compris qu'il s'agissait des jours séparant la vision de la venue de Pierre, car Luc avait indiqué la succession des évènements avec une précision particulière: les serviteurs de Corneille partis le jour de la vision, arrivèrent à Joppé le lendemain vers midi (Ac 10:9); Ils s'en retrournèrent le surlendemain, emmenant Pierre (Ac 10:23). Et le jour suivant, Pierre entrait dans Césarée, ce qui faisait le 4ème jour après la vision de Corneille. Aussi les copistes du texte Alexandrin remplaçèrent le troisième jour par le quatrième; mais comme le temps entre la vision et l'arrivée de l'Apôtre était de trois jours, ce fut souvent le chiffre retenu par les traducteurs:
“ Il y a maintenant trois jours, j'étais en prière chez moi à la neuvième heure”(BJ).

De fait le jeûne avait été exclu du texte alexandrin alors qu'il était important et signifiant; il avait pour corollaire la faim de Pierre, survenant au moment où il se mettait en prière à l'heure de midi ; il demanda à ce qu'on lui prépare à manger(v10:10). La veille, à la neuvième heure, Corneille, qui jeûnait depuis le troisième jour d'un jeûne purificateur, était en prière. Il allait ainsi susciter la vision et obtenir que Pierre ne se laisse pas arrêter par les considérations cultuelles sur la nourriture casher, mais accepte de se rendre auprès de lui.
Le jeûne comme la prière étaient préalables aux visions qui survinrent en réponse à la piété de Corneille. Heure et jour laissent entendre que Corneile n'était autre que le centurion qui se trouvait au pied de la croix au moment de la mort de Jésus et qui sut affirmer son innocence en le déclarant juste; cette supposition trouve confirmation au v 37.

 
10,30b voici qu'un homme dans un vêtement étincelant se tint devant moi
C'étaient les paroles mêmes de Corneille; il ne disait pas avoir vu un “ange”, mais bien un homme; son vêtement était splendide, voire étincelant. Il n'était pas fait d'éclair comme celui des deux personnages entrevus dans le tombeau par les femmes (cf Lc 24,4) mais λαμπρᾷ comme celui dont Hérode avait revêtu Jésus (Lc 23,11). Ce manteau là avec le troisième jour , la sixième et la neuvième heure, la voix entendue par Pierre et sa réponse avec "Seigneur" sont significatifs du Christ lui-même. C'est lui , ressuscité qui apparut à Corneille qui l'avait vu crucifié; c'est lui qu'aurait entendu Pierre.
 
10,32a Simon un tanneur (corroyeur)
Simon avait une tannerie en bord de mer, probablement à l'écart de la ville en raison du traitement des peaux d'animaux. Le tanneur, de par son métier, était considéré comme impur, de même que sa demeure. Pierre s'était laissé recevoir par un correligionnaire marginalisé par son métier. Corneille devait connaître Simon-Pierre par ouïe dire et le considérer comme un Juif observant. Le savoir logé par un tanneur pouvait le rassurer.
Et c'est dans ce cadre très particulier que Pierre eut la vision de quadrupèdes que la loi interdisait de consommer. Cette vision allait encourager la démarche qui le conduisait vers ceux que les lois de pureté marginalisaient.

10:32b En arrivant auprès de toi il te parlera.
Cette phrase était une précision donnée à Pierre pour lui expliquer ce que Corneille attendait de lui; elle était déjà présente dans le rapport des envoyés au v 22; elle est ici dans le codex Cantabrigiensis et de nombreux autres témoins. Toutefois elle n'était pas dans le rapport du v 6 qui pourrait avoir été donné directement à l'auteur des Actes; c'est pourquoi elle a pu être supprimée des codicii Vaticanus et Sinaiticus. Or dans le chapitre suivant Pierre la développait à l'intention de la Communauté, et donnait une synthèse du message qu'il avait alors transmis (11,14); or il apparaît que ni l'apparition ni la voix n'avaient précisé à Corneille ou à Pierre qu'un message était à délivrer. C'est eux qui l'ont déduit; mais le but assigné par l'apparition et la voix était la réception réciproque des envoyés de Corneille par Pierre puis de Pierre et de ses compagnons par Corneille; c'est alors que la prière en langues dans le Saint Esprit leur permit d'atteindre une pleine communion, au-delà même du discours. 
En rapportant les visions telles qu'elles furent reçues, puis les paroles prononcées entre les différentes parties avec les gloses explicatives, le rédacteur des Actes permettait à son lecteur de percevoir cet aspect, sans atteindre à ce que Pierre et Corneille avaient compris quant à eux.
 
10,34 Ouvrant la bouche :
Une expression réservée au prophétisme.(cf Luc 1:63-64)
Le discours de Pierre qui vient ensuite, est fait , dans le codex Cantabrigiensis, de phrases hachées , qui ne s'enchaînent pas les unes aux autres, ce à quoi les copistes du texte Alexandrin ont remédié , mais non sans hésitations.
 
10,37 Vous, vous savez ce qui est arrivé en Judée...
Pierre s'adressait à des personnes qui étaient au courant des faits et gestes de Jésus ; celui-ci n'était pas un inconnu pour elles. Pierre résumait à grands traits ce qu'elles savaient déjà.
Le nominatif "en commençant" est adverbial (cf Metzger); (c'était peut-être aussi le cas en Luc 23:5).
 
10,39 a - Et vous, ses témoins, de ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem.
Cette phrase commençait-elle bien par “et vous” ? Le scribe ne se serait-il pas trompé d'une simple lettre, avec “vous” au lieu de “nous”?
Bien que le Latin correspondant presente le pronom “nos”, il n'y a pas eu de correction apportée dans la marge au texte grec; le codex Alexandrinus suit ici le codex Cantabrigiensis qui ne fait qu'appuyer le verset 37.
Le texte Alexandrin a substitué ‘tout" au pronom "ses", de manière à introduire correctement la seconde phrase par "et nous, témoins de tout ce qu'il a fait...” .

Selon les Codicii Cantabrigiensis et Alexandrinus, Pierre s'adressait à des personnes qui connaissaient la vie de Jésus jusqu'à en avoir été les témoins. Se confirme ce que laissait déjà entrevoir le v 25: Corneille n'était autre que ce centurion qui envoya une délégation à Jésus en Galilée pour la guérison de son serviteur malade; c'est lui probablement encore, qui après l'avoir vu mourir le déclara Juste.
Le Centurion Corneille dans l'Évangile et les Actes.
 
10,40 Celui-ci, Dieu l'a relevé après le troisième jour.
Ce comput est en harmonie vec les annonces faites par Jésus sur sa Passion.
cf  Lc 9,22
 
10,41a - nous les témoins élus d'avance par Dieu.
Pierre qui au v. 39 avait reconnu en Corneille et ses compagnons des témoins de la vie de Jésus, se présentait à son tour comme témoin mais se distinguait d'eux par l'élection. Le parfait, προκεχειροτονημένοις , un hapax, est un terme juridique impliquant une élection à main levée ; il est pris dans la littérature au sens d'un choix fait par avance.
 
10,41 nous nous sommes rassemblés, après le relèvement d'entre les morts , pendant 40 jours.
συνεστράφημεν, de συστρέφω , rassembler , se retrouve en Ac 11:28D . Un correcteur a rajouté 2 lettres pour former συνανεστράφημεν qui signifie “vivre à nouveau parmi”, “se retrouver”.
Ces quarante jours se rapportent au rassemblement des Apôtres après la résurrection. Ceux qui avaient partagé la vie quotidienne de Jésus, participé au dernier repas buvant à la coupe et rompant le pain avec lui, après sa résurrection se tinrent dans le temple à louer Dieu de manière constante, jusqu’à la Pentecôte. Le chiffre symbolique de 40 était approprié car il évoquait le don de la loi à Moïse qui était commémoré à Shavouot (Pentecôte); mais Pierre n'avait pas dit que Jésus s'était manifesté durant 40 jours après sa résurrection; c'est apparemment ce qui fut compris par le tardif rédacteur du 1er chapitre des Actes qui introduisit un temps de 40 jours entre la Résurrection et un “départ officiel” de Jésus présenté comme une “Ascension”.
Dans le TA, la suppression du rassemblement des apôtres reportait l'accent sur le fait que les Apôtres mangèrent et burent avec Jésus après sa résurrection. Comme il était douteux qu'ils l'aient fait quotidiennement durant 40 jours, cette notion temporelle fut, elle aussi, supprimée.
 
10,42a Il nous a enjoint d'attester
διαμαρτύρασθαι signifie: élever une protestation ou une invective, adjurer, admonester publiquement, menacer en prenant la divinité à témoin, faire une déclaration solennelle. Ce sens est bien celui rencontré en Lc 16,28 à propos de ce riche qui souhaitait que ses frères soient admonestés et avertis contre l'enfer; en utilisant ce verbe à propos de Pierre (Ac 2,40, 8,25) et de Paul (Ac 18,5, 28,23), Luc laissait percevoir la tonalité atteinte dans l' évangélisation.
10,42b qu'il est celui qui a été établi par Dieu, juge des vivants et des morts
Pierre ajoutait une nouvelle affirmation à sa confession de foi: Jésus était établi par Dieu juge des vivants et des morts. C'est ce que laissait déjà entendre la lettre de Jacques (J 4:11 et 5:9) mais pas encore la Lettre aux Hébreux qui réfère le jugement à Dieu (He 12:23). Par contre Paul confessera lui aussi en Jésus Seigneur, le juste juge (2 Ti4:8). Pierre la donnait-il parce qu'il s'agissait de Corneille, un centurion romain?

10,43 De tout cela les prophètes témoignent
Ce verset 43 se rapporte bien à ce qui précède (et non à ce qui suit). En effet selon Isaïe 11:1-4, le jugement était conféré au Messie: “ un rameau sortira du tronc de Jessé, et un rejeton naîtra de ses racines.2. L'Esprit du Seigneur reposera sur lui: Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte du Seigneur.3. Il respirera la crainte du Seigneur; Il ne jugera point sur l'apparence, Il ne prononcera point sur un ouï-dire. 4. Mais il jugera les pauvres avec équité.”
 
10:47 Pierre dit alors : Quelqu'un peut-il empêcher que d'eau ceux-ci ne soient baptisés ?
Corneille et ceux de son entourage étaient croyants en Jésus, bien avant d'appeler Pierre (cf v 36-39. Ils avaient déjà été purifiés puisque les animaux eux-mêmes, selon la vision, l'avaient été. Si l'Esprit Saint venait sur eux comme il venait sur Pierre, était-il nécessaire qu'ils soient plongés dans l'eau pour une nouvelle purification?
Si Pierrre tenait à ce qu'ils soient baptisés alors que le don de l'Esprit manifestait que le pardon leur était acquis, c'est parce que dès cette époque le baptême était un rite à travers le quel les uns et les autres confessaient leur foi en Jésus mort et ressuscité. Ce n'était plus seuleement la manifestation de repentance qu'avait instaurée Jean Baptiste.

 
10,47b eux qui ont reçu le Saint-Esprit tout comme nous.
ὥσπερ est insistant ; le don de l'Esprit était donné indifféremment à des circoncis comme à des incirconcis. Et c'est pourquoi Pierre put accepter de demeurer quelques jours sous le toît de Corneille.

Luc a été amené à conserver l'ensemble du récit avec ses redites, de manière à exposer les visions selon le témoignage de chaque ptotagoniste; il a retranscrit la manière dont ces visions avaient été répercutées par les rapporteurs avec leurs interprétations. Corneille avait reçu l'ordre de faire venir Pierre et celui-ci fut poussé à recevoir sa délégation. Corneille pensait que c'était pour entendre un enseignement de Pierre et celui-ci lui fit un discours kérygmatique; mais il semble que Corneille et ses compagnons savaient déjà ce dont Pierre les entretenait. Le texte Alexandrin a atténué cet aspect qui semblait déranger.
S'étant mutuellement reçus , partageant nourriture et logement, Pierre et Corneille faisaient ainsi tomber les barrières relatives aux règles de pureté alimentaire. L'Apôtre avait accompli un geste que Jésus n'avait qu'esquissé.